Diogène en banlieue
Invasion

par Gilles Pétel
L’exercice du métier de professeur est plus varié, plus amusant, plus pénible aussi quelquefois que ne l’imagine la plupart des gens. Une anecdote me revient à l’esprit. La rentrée scolaire avait eu lieu depuis une huitaine de jours quand les élèves d’une terminale technique me demandèrent de déplacer mon cours de philosophie du vendredi au mardi. Mal placé en fin de journée, celui-ci alourdissait inutilement leur emploi du temps. Je me rendis le jour-même au bureau du proviseur-adjoint où une secrétaire en fin de carrière me pria de coucher ma requête par écrit. Désormais, afin de désengorger les services, les demandes étaient reçues et traitées par courriel : un système de communication moderne, rapide et efficace…
“Diogène en banlieue” : une chronique sur les heurs et malheurs d’un prof de philo aux confins du système scolaire… (Lire la chronique)

Ordonnances littéraires
Tous cannibales !

par Victoire de Changy
Aux obtus qui pensent qu’on peut difficilement faire du beau avec de l’apparent dégueulasse et aux cannibales, présents et à venir ! À ceux qui grignotent les bulbes de leurs cheveux, à ceux qui picorent les peaux mortes de leurs bouches et se régalent de leurs cuticules, à ceux qui se rongent tout ce qu’ils peuvent se ronger, aux meurtriers victimes d’eux-mêmes, pris de troubles obsessionnels compulsifs des plus divers et des plus inavouables et particulièrement“du calvaire de l’auto-dévoration”, aux self-eaters et fiers de l’être, un conseil de lecture : Rose Envy, de Dominique de Rivaz. (Lire l’article)

Architecture et graphisme
Chaumont persiste et Signe

par Anne-Marie Fèvre
Le Signe (Chaumont) © Michel DenancéLa préfecture de la Haute-Marne attendait ce Centre national de graphisme, elle qui depuis 1990 organise, obstinée et cahin-caha, un Festival international des affiches. Cet édifice, bien situé et bien nommé Le Signe, a été conçu par l’architecte Alain Moatti. La première exposition, “La Collection” de 276 affiches sélectionnées par le graphiste Vincent Perrottet, donne le ton. Entre passé riche d’un fonds de 50 000 oeuvres et futur plus prospectif, ce nouvel outil doit inventer la permanence du graphisme à Chaumont. (Lire l’article)

2017, Année terrible
Europe !

par Édouard Launet
C’est jour de fête au Panthéon (la Toussaint…) et tout le monde est de sortie. Des groupes se sont formés dans les couloirs de la crypte ; les Grands hommes parlent de l’état du monde, de la tête des visiteurs, de leurs cendres froides. Victor s’approche d’un groupe où la discussion est particulièrement animée.
♦ Hugo : Jaurès, Perrin, Zay, Moulin : les quatre Jean réunis ! La volonté, la science, l’intelligence et le courage parlant de concert, comme c’est beau ! J’en pleurerais. De quoi discutiez-vous, les amis ? 
♦ Zay : De l’Europe. Dehors, à droite comme à gauche, ils disent qu’ils ne veulent pas “plus d’Europe” mais “mieux d’Europe”.
♦ Hugo : Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? (Lire l’article)

Chanson de gestes
À se tordre de rire

par Marie-Christine Vernay
Tordre, de Rachid Ouramdane, avec Annie Hanauer et Lora Juodkaite © Patrick ImbertTous les matins, ça recommence, à l’heure du petit déjeuner, c’est-à-dire à l’heure où l’on branche la radio, c’est inévitable, on se tord de rire. Que de bonnes blagues, de bonne nouvelles. Et quitte à se tordre, autant le faire avec Rachid Ouramdane. (Lire l’article)

Footbologies
Terrain de manœuvres

par Sébastien Rutés
La globalisation du football n’a rien d’un thème nouveau. En France, un joueur sur trois est étranger, pour environ cinquante nationalités représentées. Et pourtant, qui aurait imaginé que la Ligue 1 offrirait une modélisation aussi précise de la situation géopolitique internationale ? Dimanche se jouait PSG-OM. La saison passée, le Paris Saint-Germain s’était imposé grâce à deux pénaltys, car force devait rester à la loi. Hier, on s’est séparé sur un match nul et vierge, au bout de l’ennui. Est-ce parce que les États-Unis et le Qatar sont officiellement des alliés stratégiques qu’on s’est battu dimanche à fleuret moucheté ? (Lire l’article)

Musiques
Hart attaque

par Dino Di Meo
Beth Hart est une interprète tout en finesse, en puissance et en justesse. Son dernier album, Fire on the Floor, est enfin disponible dans les bacs. Et elle débute dès le mois prochain une tournée en France, qui se conclura à l’Olympia le 13 décembre. À ne pas rater. (Lire l’article)

Arts plastiques
Cristallisation

par Nina Leger
Imaginons une histoire de l’art écrite sous l’angle des polyèdres. Elle commencerait sûrement à la Renaissance, avec les illustrations que Léonard de Vinci donne à Luca Pacioli pour son traité De Divina Proportione, et se poursuivrait jusqu’à aujourd’hui, dans une ancienne brasserie de Montreuil, transformée en lieu d’exposition depuis 2004 sous le beau nom d’Instants chavirés. Deux artistes et amis, Christian Hidaka et Raphaël Zarka, y présentent une exposition commune intitulée La Famille Schoenflies. (Lire l’article) 

L’Amérique de…
L’Amérique de Mildred Loving

par Hélène Quanquin
Le 11 juillet 1958, le shérif de Central Point en Virginie et ses deux adjoints s’introduisent chez Mildred et Richard Loving et les arrêtent pour avoir enfreint la loi de l’État qui interdit le mariage entre deux personnes de races différentes. Neuf ans plus tard, la Cour suprême des États-Unis déclare que les lois interdisant les mariages interraciaux sont contraires à la Constitution. Le 4 novembre 2016, Loving sort sur les écrans de cinéma américains après avoir été sélectionné à Cannes. (Lire l’article)

Le nombre imaginaire
Le chat du Swaziland

par Yannick Cras
À 22 heures d’avion de Paris, via Istanbul et Johannesburg, se trouve un petit royaume méconnu d’Afrique Australe, dont les un million deux-cent mille habitants – les Swazis – occupent un territoire grand comme deux fois la Corse, gouverné par un roi coutumier aux nombreuses femmes et aux multiples palais. Votre serviteur a eu la chance d’y passer quelques jours à initier des enfants des écoles et collèges locaux à la programmation informatique. Que faisions-nous là-bas ? Nous faisions bouger un chat… 
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Comprendre le rire chez Tex Avery, c’est d’abord revenir aux grands classiques. En l’occurrence Le Rire de Bergson (1900), ouvrage qui, malgré sa petite taille et son âge avancé, n’a pris d’autres rides que celles qu’impriment les zygomatiques. Bergson, qui n’est pas un rigolo, balance d'emblée une hypothèse fracassante par son originalité et son universalité : “Le rire, c’est du mécanique plaqué sur du vivant”. Et il en tire les conséquences avec une méticulosité d’apothicaire. Ensuite, cela se gâte, car son sens moral lui inspire qu’au fond, le rire est peut-être un signal social adressé aux marginaux en situation irrégulière pour les inciter à rentrer dans le rang. La gravité d’un Buster Keaton, ou l’apathie de Droopy, seraient-elles les figures tragiques indiquant que le rire, au fond, n’est pas si drôle ? (Lire l’article)