Ordonnances littéraires
Frédéric Fiolof pour ceux qui nous font toucher (et dépasser) le fond

par Nathalie Peyrebonne
Une de mes amies a inventé un jeu amusant. Ça s'appelle le Moratin. Le principe est simple : chacun.e doit suivre de près l'actualité de Nadine Morano ou de Christine Boutin sans laisser passer aucune des brillantes fulgurances de ces dames, lesquelles peuvent créditer d'un ou plusieurs points la joueuse ayant repéré et rapporté la saillie. Elle a pris Morano, j'ai pris Boutin. Morano est impressionnante : elle enchaîne les déclarations fracassantes avec une régularité sidérante. Résultat : malgré le niveau plus qu'honorable de Christine Boutin, j'ai dû endurer des semaines mortifiantes, durant lesquelles j'ai été constamment menée au score. Et soudain l'espoir… "Toucher le fond n'est pas toujours si simple. Il a pu le constater", écrit Frédéric Fiolof dans La Magie dans les villes. "Soudain, il a remarqué que son pied s'enfonçait encore. Le fond, c'était de la vase. Il s'est senti happé dans un monde plus bas et a pensé ça ne se peut pas". Et pourtant…
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Photographie
Un regard de biais sur l'Occupation

par Édouard Launet
Les photographies d'Egon Pfender: un regard de biais sur l'Occupation. Photos recueillies par Valentin Schneider. Un article d'Edouard LaunetUn reportage de près de 1500 photos faites par un jeune soldat allemand durant toute la Seconde guerre mondiale, présentant l'Occupation en France (et dans les îles anglo-normandes) sous un angle très subjectif : c'est ce trésor inédit, réuni par un collectionneur privé, qu'a exhumé le jeune historien Valentin Schneider. Ce dernier a pu identifier le photographe (Egon Pfende), puis il a édité et documenté l'album. Le fruit de ce travail va être l'objet de quatre ouvrages, dont les deux premiers paraîtront en France le 15 novembre. Ce contre-champ de l'horreur occulte la rigueur de l'Occupation en en offrant une vision éminemment singulière et décalée. Il présente en outre un double intérêt, historique et photographique.
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2017, Année terrible
Harmonie

par Édouard Launet
Marre de cette ambiance funèbre, de ces compagnons endormis, de ces couloirs humides, d'autant qu'il commence à faire vraiment froid en ce début novembre. L'esprit de Victor Hugo s'extrait de la crypte, puis du Panthéon. Il descend la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en quête de quelque estaminet d'où il pourrait suivre, à la télé, le deuxième débat de la primaire de la droite. Mais il pleut. Alors tant pis pour la droite : Hugo choisit d'entrer dans le premier cybercafé venu (il en reste) pour regarder ce qui se fait de neuf sur Youtube. Il tombe, mais vraiment par hasard, sur Jean-Luc Mélenchon en train de prononcer à Lille son discours de clôture lors de la convention de son mouvement la France Insoumise. Le poète se dit d'abord que c'est moins ennuyeux que le débat des primaires, cela peut même être drôle par moments. Mais, au bout d'une heure et demie, il commence à s'emmerder ferme. (Lire l'article)

Chroniques avéryennes
Homunculus averyensis

par Nicolas Witkowski
Homunculus averyensisLes personnages d'Avery possèdent cette merveilleuse plasticité qui assure leur survie, même après s'être fait aplatir ou enfoncer dans le sol. Mais chez Avery, on peut aussi se fragmenter, clignoter, s'effriter. Chaque partie du corps acquiert son autonomie, reprend sa liberté. En opposition catégorique avec la notion d'"individu", le corps avéryen est décidément du genre "dividu". (Lire l'article)

Footbologies
La geste footballistique

par Sébastien Rutés
À part peut-être la guerre, aucun phénomène humain n'a produit au cours de l'histoire autant de discours que le football. Chaque jour, quotidiens sportifs et magazines, programmes radios et chaînes de télé spécialisées construisent un dire aussi pléthorique qu'éphémère, sans compter cet autre dire plus éphémère encore dont les paroles s'envolent depuis les comptoirs des cafés. Jésus avait ses évangélistes et les rois leurs chroniqueurs, la guerre a ses reporters et le football ses commentateurs. Or, évangélistes, chroniqueurs et reporters de guerre tiraient leur légitimité de leur statut de témoin. Mais à quoi sert un témoignage lorsqu'un évènement est vu (ou peut l'être) par des millions d'individus ?
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Danse
Rocío Molina, la divine comédienne

par Marie-Christine Vernay
Rocío Molina, Caída del cieloDans un solo couillu, Caída del Cielo, Rocío Molina, danseuse et chorégraphe espagnole de 32 ans, tombe de l'Olympe pour rejoindre les mortels afin de mener une vraie sarabande avec quatre compagnons musiciens. Du flamenco au rock, de la lumière à l'obscurité, de la stature debout à la reptation. (Lire l'article)

Le nombre imaginaire
Logos

par Yannick Cras
Comment reconnaît-on un logicien ? C'est celui qui, quand on lui demande s'il prendra du fromage ou un dessert, répond oui. C'est aussi celui qui croit fermement –non, qui sait– que s'il gelait en enfer les poules auraient des dents.  Car le logicien parle une langue bien différente de la nôtre (et qu'il considère souvent comme seule langue des dieux), alors même que sa science a pour objet la description du monde et le raisonnement sur le monde par le langage, la parole : le logos. La mathématique raisonne sur des objets arbitraires, seule création de l'esprit humain, dont le rapport avec le concret peut ou non nous sembler évident, à supposer même que l'on se pose la question. La logique, elle, fait preuve d'une ambition que l'on peut penser démesurée : son objet est le monde. 
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Théâtre
Folies Faust

par René Solis
Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault. Une critique de René Solis dans délibéréDans le Faust revu et refusé par Sylvain Creuzevault, la folie est un cadeau du diable, une façon d'échapper au contrôle d'identité et à l'ordre établi. Avis aux spectateurs, les trois heures trente que dure Angelus novus ne sont ni raisonnables ni bien léchées. (Lire l'article)

L'Amérique de…
L'Amérique de Pocahontas

par Hélène Quanquin
En 1614, Pocahontas, fille du chef de la tribu des Powhatan, se convertit au christianisme et épouse le colon britannique John Rolfe, connu pour avoir introduit la culture du tabac en Amérique du Nord. En 1616, ils traversent l'Atlantique avec leur fils et voyagent en Angleterre pour faire la promotion de la toute nouvelle colonie de Virginie. En 1617, Pocahontas meurt d'une maladie inconnue. Elle est enterrée à l'église Saint-George, dans le Kent. En mars 2017, la British Library organisera à Londres une conférence à l'occasion du 400e anniversaire de sa mort.
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Diogène en banlieue
Affectation

par Gilles Pétel
C'était il y a trois ans. J'avais reçu mon arrêté d'affectation avec vingt jours de retard sur la rentrée des classes. Nous étions déjà le 21 septembre quand un coup de fil du rectorat m'apprit que je devais sur le champ me rendre à Z, où on avait oublié de nommer un professeur de philosophie. (Lire l'article)