Le Nombre imaginaire
On aura ta peau, Socrate !

par Yannick Cras
Socrate est humain. Tous les humains sont mortels. Donc Socrate est mortel. Logique ? Non, bon sens n’est pas logique. L’évidence n’est pas plus une preuve en logique qu’elle n’en est une en droit ; il faut une règle. Voire plusieurs. Dans le cas de Socrate, on pourra faire appel à la règle d’élimination du quantificateur universel et au modus ponens avant de conclure que Socrate est mortel et peut donc en toute légalité prendre sa ciguë comme l’en ont aimablement prié les autorités. Tout ça pour ça, me direz-vous. Certes. Mais ce rigorisme, ce sens du détail, sont tout ce qui sépare les maths d’un vague agrégat de croyances et de raisonnements approximatifs.  (Lire l’article)

Diogène en banlieue
Lettre anonyme

par Gilles Pétel
Diogène en banlieue: une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 7: Lettre anonymeIl y a une règle d’or dans le métier de professeur qui est la règle de “non-confidentialité”. Il ne faut jamais garder pour soi les problèmes rencontrés avec une classe ou un élève en particulier, les difficultés en tous genres, les lettres anonymes a fortiori. Le silence est ici désastreux. Et pourtant… (Lire l’article)

Gavroche. 2017, Année terrible: une chronique d'Edouard Launet

2017, Année terrible
Interrogatoire

par Édouard Launet
Le commissaire Morandeux et son adjoint Bourmal poursuivent leur enquête sur la disparition des restes de Victor Hugo, odieusement arrachés à son caveau du Panthéon dans la nuit du 2 au 3 décembre. Leur principal suspect est le dénommé François Fillon qui, quelques jours avant les faits, avait clamé : “La servitude dans l’inaction, c’est fini ! Le gaspillage de nos énergies, c’est fini ! L’abandon de notre destin, c’est fini ! Comme Victor Hugo, ‘je veux que la République ait deux noms : qu’elle s’appelle Liberté et qu’elle s’appelle chose publique !’” Voilà deux heures que l’interrogatoire a commencé. Le suspect s’entête à nier. (Lire l’article)

Le genre idéal
Les habits d’ombre

par Lionel Besnier
Une jeune femme sans passé et sans famille, après avoir braqué un homme à la sortie d’un bar, retourne son arme contre elle et se tire une balle entre les deux seins. Sa cible lui a tourné le dos sans se retourner, ni même accélérer au bruit de la détonation. Personne ne sait. Personne ne parlera. Mieux vaut privilégier la thèse de la violence faite à soi-même en ultime désespoir. La facilité du chagrin d’amour. Le suicide d’une femme. L’Argentine Eugenia Almeida pose son récit à l’heure de la convalescence crépusculaire d’un pays martyrisé. Cela pourrait être partout où, de l’histoire des dictatures et des coups tordus, remontent des créatures à la gueule grand ouverte. L’Échange, d’Eugenia Almeida, traduit par François Gaudry et publié chez Métailié : magnifique et glaçant. (Lire l’article)

Chroniques avéryennes
Aristote à Hollywood (2)

par Nicolas Witkowski
hollywood-2La forme, dans le cadre de la science moderne, s’explique entièrement par les propriétés de la matière. La forme d’Aristote, elle, était une “essence”, une “idée” venant d’un mystérieux monde extérieur pour informer la matière brute. Tex Avery, bien sûr, se saisit de cette notion surprenante. (Lire l’article)

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Ordonnances littéraires
Marcus Malte pour la France vieillissante

par Nathalie Peyrebonne
La primaire de la droite, c’est fini mais ce n’est que le début. Le spectacle d’une France vieillissante, conservatrice, apeurée et fermée nous a bien occupés, mais elle nous occupera de nouveau souvent à l’avenir. Le France se fait vieille. C’est un fait, écrit Marcus Malte dans son dernier roman, Le garçon (Zulma), le monde se fait chaque jour un peu plus vieux”. Il y raconte l’histoire d’un drôle de gamin qui, un beau jour, surgit des bois. On est en 1908. Il ignore tout du reste du monde et cela est réciproque”. De nos jours le gars qui débarquerait ainsi de nulle part serait vite étiqueté : ce serait un migrant”. (Lire l’article)

Footbologies
Les compagnons d’Ulysse

par Sébastien Rutés
Le football est le plus individuel des sports collectifs. Les joueurs auraient-ils besoin de réitérer que “c’est la victoire de toute l’équipe” ou que “l’important, c’est le collectif” sinon ? Une équipe de football a besoin d’un leader. “Il faut que j’assume mon statut”, répètent parfois les joueurs comme un mantra, “le coach me demande de prendre mes responsabilités”. Disons les choses, ce mythe de l’homme providentiel n’affecte pas ces derniers temps que les footballeurs en mal de leadership. L’ambition est dans l’air du temps. En politique, d’autres se déclarent prêts à “prendre leurs responsabilités”…  (Lire l’article)

Danse
Les trois Grosses en fugue à Créteil Nanterre

par Marie-Christine Vernay
Ballet de l'Opéra de Lyon. Grosse Fugue, Maguy Marin ©StoflethLe Ballet de l’Opéra national de Lyon, dirigé avec doigté par Yorgos Loukos, vient de présenter à Lyon un nouveau programme – Trois grandes fugues – qui réunit trois grandes dames de la danse contemporaine : Lucinda Childs, Anne Teresa De Keersmaeker et Maguy Marin. À voir à la Maison des Arts et de la Culture de Créteil, puis au Théâtre des Amandiers à Nanterre. (Lire l’article)

Guide
Les choix de délibéré

La Maison de la Poésie organise une soirée de solidarité avec l’écrivaine turque Aslı Erdoğan. La Maison de la danse de Lyon fête les 20 ans de la compagnie Käfig. Le Centre de Développement Chorégraphique de Paris accueille les portraits dansés de Philippe Jamet. L’atelier-galerie Chantal Chirac présente les peintures-tapisseries de Mireille Veauvy et les sculptures de Frank Girard. Le Centre Pompidou célèbre les prix Marcel Duchamp. Le Groupe de Recherche et d’improvisation de Marseille s'empare de Montévidéo. Baro d’Evel Cirk Cie a installé son chapiteau à Nantes. Et de saines lectures : Éric Chauvier, Michaël Mention, Sophie Calle, Aude Lancelin et Laurent Mauduit. Suivez le guide !