Ordonnances littéraires
Fabcaro, pour Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières, et ses sympathisants

par Katell Brestic
M. Boris Ravignon, premier édile carolomacérien et disciple sarkozien, n’est pas content car le gouvernement lui a demandé d’accueillir cinquante migrants dans sa ville. Qu’il lise donc de toute urgence le “road-movie” graphique à large spectre de Fabcaro : Zaï Zaï Zaï Zaï. Le postulat de ce chef-d’œuvre en 35 pages bichromatiques pourrait sembler absurde, même à nos patients : un dessinateur de bande dessinée oublie un jour sa carte de fidélité de supermarché, doit en conséquence fuir, devient l’ennemi public numéro 1 et déclenche l’implacable mécanisme politique, social et médiatique qui nous est depuis trop longtemps déjà si familier.
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Photographie
Un regard de biais sur l’Occupation

par Édouard Launet
Les photographies d'Egon Pfender: un regard de biais sur l'Occupation. Photos recueillies par Valentin Schneider. Un article d'Edouard LaunetPrès de 1500 photos faites par un jeune soldat allemand durant toute la Seconde guerre mondiale, présentant l’Occupation en France (et dans les îles anglo-normandes) sous un angle très subjectif : c’est ce trésor inédit qu’a exhumé le jeune historien Valentin Schneider. Ce contre-champ de l’horreur occulte la rigueur de l’Occupation en en offrant une vision éminemment singulière et décalée.
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Footbologies
La geste footballistique

par Sébastien Rutés
À part peut-être la guerre, on peut sans trop de risques affirmer qu’aucun phénomène humain n’a produit au cours de l’histoire autant de discours que le football. En cause, son caractère planétaire et l’ère de la médiatisation. Chaque jour, quotidiens sportifs et magazines, programmes radios et chaînes de télé spécialisées construisent un dire aussi pléthorique qu’éphémère, sans compter cet autre dire plus éphémère encore dont les paroles s’envolent depuis les comptoirs des cafés. Jésus avait ses évangélistes et les rois leurs chroniqueurs, la guerre a ses reporters et le football ses commentateurs… (Lire l’article)

Diogène en banlieue
Métier

par Gilles Pétel
Diogène en banlieue: une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 3: MétierJ’enseigne la philosophie en classe de terminale depuis un peu plus de trente ans. La philosophie est une discipline que l’on peut enseigner en s’amusant beaucoup tout en travaillant avec le plus grand sérieux. C’est sans doute pourquoi je continue d’aimer mon métier, du moins lorsque mon ministère me permet de l’exercer. J’ai pourtant cessé de le conseiller à mes élèves. (Lire l’article)

L’Amérique de…
L’Amérique de Donald Trump (eh oui)

par Hélène Quanquin
Le 23 octobre dernier, le New York Times publiait la liste des “282 personnes, lieux et choses que Donald Trump a insultés sur Twitter”, depuis Barack Obama et Hillary Clinton jusqu’à l’opérateur de télécommunications T-Mobile (“Je pense que leur service est horrible !”) et le Super Bowl (“très ennuyeux”), en passant par le Parti républicain. Le 8 novembre, Donald Trump recueille la majorité des grands électeurs et devient “President-elect” des États-Unis, le titre qu’il portera jusqu’au jour de son investiture. C’est ça, l’Amérique de Donald Trump. 
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Chanson de gestes
Accuser le coup

par Marie-Christine Vernay
Muhammad Ali vs George Foreman, Kinshasa, 1974
Après un déferlement de poings levés lors de la campagne made in USA et de la victoire de Donald Trump, nous sommes franchement tristes pour les boxeurs. Ils se sont fait voler leur job. Déjà que leur carrière était courte (comme celle de la plupart des danseurs), il leur faut accepter d’être dépossédés de leur langage corporel. Le coup bas est galvaudé, quelques États se sont emparés du swing avec peu de panache, l’uppercut est devenu monnaie courante et, apparemment l’art de l’esquive est aux oubliettes. (Lire l’article)

2017, Année terrible
Amérique

par Édouard Launet
Un populiste, Donald Trump, sera donc le prochain président des États-Unis d’Amérique. Face à pareil événement, les Grands hommes, fussent-ils morts, ne pouvaient rester muets. Au Panthéon, tous –Voltaire, Rousseau, Victor Schœlcher, Jean Perrin, André Malraux, Jaurès– se sont réunis autour de Victor Hugo dont ils ont fait leur porte-parole, et ce soir leur porte-plume. Le poète écrit sous le regard de la petite assemblée de morts-vivants : À tous les amoureux de la Liberté et du Progrès, le regard de l’Europe est fixé en ce moment sur l’Amérique. Devant une telle catastrophe, plus on aime cette république, plus on la vénère, plus on l’admire, plus on se sent le cœur serré. Un seul vote ne saurait avoir la faculté de déshonorer tous les autres, cependant nous tous, qui que nous soyons, qui avons pour patrie commune le symbole démocratique, nous nous sentons atteints et en quelque sorte compromis. (Lire l’article)

Chroniques avéryennes
Homunculus averyensis

par Nicolas Witkowski
Homunculus averyensisLes personnages d’Avery possèdent cette merveilleuse plasticité qui assure leur survie, même après s’être fait aplatir ou enfoncer dans le sol. Mais chez Avery, on peut aussi se fragmenter, clignoter, s’effriter. Chaque partie du corps acquiert son autonomie, reprend sa liberté. En opposition catégorique avec la notion d’“individu”, le corps avéryen est décidément du genre “dividu”. (Lire l’article)

La Ribot, Chair 2000 © Manuel Vason

Danse
La Ribot attitude

par Christilla Vasserot
La Ribot –chorégraphe, danseuse, performeuse hispano-suisse– a présenté une sélection de ses “pièces distinguées” au Centre national de la danse : des Distinguished Hits regroupant les fragments d’une collection initiée en 1993. Chaque pièce est un tableau –surtout pas une nature morte– où le vivant saute aux yeux, où le corps se métamorphose au fil des rôles et des accessoires qu’il endosse. La Ribot sait manier l’humour pour mieux pratiquer l’art du détournement, jouer avec les codes, les images et les objets. Trop tard pour aller la voir à Pantin, mais elle reviendra. (Lire l’article)

Le nombre imaginaire
Logos

par Yannick Cras
Comment reconnaît-on un logicien ? C’est celui qui, quand on lui demande s’il prendra du fromage ou un dessert, répond oui. C’est aussi celui qui croit fermement –non, qui sait– que s’il gelait en enfer les poules auraient des dents.  Car le logicien parle une langue bien différente de la nôtre (et qu’il considère souvent comme seule langue des dieux), alors même que sa science a pour objet la description du monde et le raisonnement sur le monde par le langage, la parole : le logos. La mathématique raisonne sur des objets arbitraires, seule création de l’esprit humain, dont le rapport avec le concret peut ou non nous sembler évident, à supposer même que l’on se pose la question. La logique, elle, fait preuve d’une ambition que l’on peut penser démesurée : son objet est le monde. 
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Théâtre
Folies Faust

par René Solis
Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault. Une critique de René Solis dans délibéréDans le Faust revu et refusé par Sylvain Creuzevault, la folie est un cadeau du diable, une façon d’échapper au contrôle d’identité et à l’ordre établi. Avis aux spectateurs, les trois heures trente que dure Angelus novus ne sont ni raisonnables ni bien léchées. (Lire l’article)