Charles Whitman

“L’Amérique de…” : une chronique éphémère sur des Américain.e.s qui font ou ont fait l’histoire des États-Unis. Cette semaine, l’Amérique de Charles Whitman.

Campus de l'Université du Texas, à Austin © Hélène Quanquin
Campus de l’Université du Texas, à Austin © Hélène Quanquin

Le 1er août 1966, un peu après 11 heures 30 du matin, Charles Whitman monte en haut de la tour qui domine le campus de l’Université du Texas à Austin, où il est étudiant-ingénieur. Pendant 96 minutes, cet ancien tireur d’élite dans les Marines tire sur toutes les personnes qui passent dans sa ligne de mire. Quelques heures plus tôt, il a tué sa mère et sa femme. Bilan : 17 morts, 32 personnes blessées. Charles Whitman vient de commettre le premier massacre sur un campus universitaire aux États-Unis, le premier d’une longue série.

L’Amérique de Charles Whitman, c’est le Deuxième Amendement de la Constitution américaine adopté en 1791 qui garantit “le droit des citoyens à détenir et porter des armes”, essentiel pour la sécurité d’un État où n’existe aucune force de police. C’est un arrêt de la Cour Suprême de 2008 qui confirme le droit des individus à détenir des armes à feu pour leur protection personnelle, mais qui admet la possibilité de restrictions.

L’Amérique de Charles Whitman, c’est la National Rifle Association, une association créée en 1871 qui réunit à l’origine les adeptes du tir de loisir et qui se transforme progressivement en lobby à partir des années 1930. Aujourd’hui, elle dépense officiellement plus de trois millions de dollars par an dans des activités de lobbying, mais probablement beaucoup plus par l’intermédiaire d’autres groupes qui lui sont rattachés.

L’Amérique de Charles Whitman, c’est la loi votée au Texas qui autorise le port d’une arme à feu sur les campus des universités publiques et qui est entrée en application le 1er août 2016, soit – remarquable attention du législateur – le jour du 50ème anniversaire du massacre commis par Charles Whitman. C’est l’Université de Houston qui fait circuler un powerpoint à l’adresse de ses enseignant.e.s leur demandant de faire attention lorsqu’ils/elles discutent de “sujets sensibles” en cours ou lorsqu’ils/elles “ressentent de la colère” chez leurs étudiant.e.s. Ce sont 372 fusillades de masse par arme à feu en 2015.

L’Amérique de Charles Whitman, ce sont Mia Carter, Jennifer Lynn Glass, et Lisa Lynn Moore, professeures à l’Université du Texas à Austin, qui ont introduit un recours contre la loi auprès d’un tribunal fédéral au nom de la liberté d’expression garantie par le Premier Amendement de la Constitution, qui fut adopté en même temps que le Deuxième Amendement. 

L’Amérique de Charles Whitman, ce sont aussi les victimes du massacre de l’école primaire de Sandy Hook en décembre 2012 : Charlotte Bacon, 6 ans, Daniel Barden, 7 ans, Rachel Davino, 29 ans, Olivia Engel, 6 ans, Josephine Gay, 7 ans, Ana M. Marquez-Greene, 6 ans, Dylan Hockley, 6 ans, Dawn Hochsprung, 47 ans, Madeleine F. Hsu, 6 ans, Catherine V. Hubbard, 6 ans, Chase Lowalski, 7 ans, Jesse Lewis, 6 ans, James Mattioli, 6 ans, Grace McDonnell, 7 ans, Anne Marie Murphy, 56 ans, Emilie Parker, 6 ans, Jack Pinto, 6 ans, Noah Pozner, 6 ans, Caroline Previdi, 6 ans, Jessica Rekos, 6 ans, Avielle Richman, 6 ans, Lauren Rousseau, 34 ans, Mary Sherlack, 56 ans, Victoria Soto, 27 ans, Allison N. Wyatt, 6 ans.

Hélène Quanquin
L’Amérique de…

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