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Catégorie : Critiques

Empathy for the Evil (Traduire Horacio Castellanos Moya)

René Solis, Madrid, juin 2019 © Casa de América

Le vieux policier malade, loser solitaire méprisé par ses collègues, dont la seule consolation est le souvenir de sa gloire passée du temps où il était catcheur, avait toute l'allure d’un personnage très attachant. Dix pages plus loin, le petit vieux sympathique n’était plus qu’un être totalement répugnant, un tortionnaire, un violeur, un sadique, une bête immonde. Et pourtant... Le don d'empathie pour le pire est inséparable de l’art narratif de Horacio Castellanos Moya. Un art diabolique. (Lire l'article)

Les voix sortent joyeusement du dégoût

Philippe Lançon, Madrid, juin 2019 © Casa de América

En 1972, l’écrivain américain William Styron se demande pourquoi la guerre du Vietnam a inspiré aussi peu d’œuvres de fiction, et il répond : « Plus nous nous lançons dans des guerres qui menacent d’être totalement dépravées, plus il est douteux que nous puissions produire des œuvres d’imagination capables d’illustrer à grands traits et de façon plausible les multiples aspects de la nature humaine. » L’œuvre de Horacio Castellanos Moya, née dans le berceau d’une guerre particulièrement sale, au cœur d’un petit pays, y parvient. (Lire l'article)

Héritage et solitude littéraires

Horacio Castellanos Moya, Madrid, juin 2019 © Casa de América

Étrange est pour un écrivain la découverte du chemin le menant vers sa vocation, son destin. Pas seulement étrange, unique aussi. Quand j’essaie de visualiser cette découverte, quand je tente de comprendre comment j’en suis arrivé à l’écriture des livres que j’ai écrits, je ressens comme une gêne. Comment ai-je pu persévérer dans ce qui était de toute évidence une sottise, vu le milieu dans lequel je me suis formé, la famille d’où je viens, le pays où j’ai grandi et où j’ai commencé à emprunter cette voie ?
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La porte de Champerret, bouche verte, Main jaune

La Main Jaune © Gilles Walusinski

Derrière des grilles enserrées dans les arbres du square de l'Amérique latine, un escalier rouge, fatigué, descend vers ce qui fut la boîte de nuit culte des années 1980, popularisée par le film La Boum. Fermée en 2003, tour à tour, décharge, squatt et grotte abandonnée, la Main jaune est à l'aube d'une nouvelle vie. Mais il n'y a pas que cet ancien temple du roller qui va ici changer de main. Deux autres sites abandonnés et invisibles vont ré-émerger, parmi les projets lauréats de Réinventer Paris. C'est donc par ses marges, son sous-sol périphérique, avec de petits sites réactivés, que la porte de Champerret fait sa mue. (Lire l'article)

Le virus des objets

Martine Bedin et Claude Eveno, Objets, nos amis. Une conversation, éditions éoliennes

Martine Bedin et Claude Eveno se sont rencontrés en 2000, ont beaucoup correspondu. Au fil de leur amitié, à travers textes et lettres, ils retracent leurs souvenirs respectifs, leurs initiations croisées, leurs constats actuels. Se répondent leurs relations aux lieux, à l'espace, aux voyages, aux maisons, à l'art, à l'architecture, à la photographie... Au design finalement, dans Objets, nos amis. Une conversation, un livre où ils dressent un état du monde des choses subjectif, joyeux et désenchanté. (Lire le guide)

Niko Pirosmani ou le naïf clairvoyant

Niko Pirosmani, Truie blanche avec porcelet. Musée national de Géorgie, Musée des beaux-arts Shalva Amiranashvili, Tbiliss

Le peintre géorgien Niko Pirosmani (1862-1918) est un de ces artistes dits “naïfs” qui, leur vie durant, ont œuvré dans le périmètre de leur environnement immédiat et peint leur quotidien, celui des petites gens. Mais aussi, pour Pirosmani, quelques grands événements de l’histoire et des aperçus de la vie des couches aisées de la société. À Arles, jusqu'au 20 octobre, la fondation Van Gogh expose une trentaine de ses toiles. C’est un éblouissement où tout voisine avec une égale dignité et une même importance, hommes, bêtes et plantes. (Lire l'article)

Les Abandonnés, polar du logement

Xavier de Jarcy, Les Abandonnés. Histoire des “cités de banlieue”, Albin Michel, 2019

Les Abandonnés. Histoire des "cités de banlieue" de Xavier de Jarcy nous explose au nez comme certaines tours rendues coupables qui ont été depuis détruites. De la cité-jardin de Suresnes construite en 1921 aux grands ensembles des années 1970, le journaliste de Télérama démontre que le logement social a été toujours théorisé dans "un urbanisme autoritaire formulé dans l'entre-deux-guerres", et surtout dans une économie de guerre récurrente où l'habitat est sans cesse relégué au non prioritaire. D'abord dans un "dirigisme sans argent", puis dans la spéculation quand le libéralisme va s'imposer. (Lire l'article)

Le potes-cast next door, ou quand le podcast met des mots simples sur la sexualité

Avec l’avènement du porn sur le Net, on avait vu la « girl next door » – cette fille qui ressemble à notre voisine de palier – passer devant les pros. Aujourd’hui, tout aussi innocemment, c’est au tour du podcast qui parle de sexe de s’emparer de ce concept de proximité : un potes-cast next door qui entend porter une parole simple et bienveillante via des témoignages de quidams. Parmi les objectifs affichés : comprendre et se sentir compris, se débarrasser de la gêne, de la honte, des préjugés. Le tout dans une ambiance apéro intime. (Lire l'article)

Kelly Rivière remonte à la source

An irish story, spectacle de Kelly Rivière au théâtre de Belleville

À partir d'un secret de famille – un grand-père irlandais disparu dont personne ne veut parler –, Kelly Rivière, seule en scène, offre une hilarante pièce intime solidement construite. Dans sa quête des origines, elle passe sans cesse d'une langue à l'autre, jusqu'à brouiller les repères, comme si les barrières linguistiques étaient emportées par le flux de son histoire. Une incertitude linguistique qui fait écho aux incertitudes d'un final qui laisse beaucoup plus de questions que de réponses. (Lire l'article)

Si l’archi m’était contée

Le potager du roi © Thierry Chapelier

Dans la fastueuse "ville nouvelle" créée par Louis XIV, trônent les futures gares du Grand Paris, des parcours historiques, de nouveaux bâtiments locaux, et des expositions menées par les écoles d'architecture et du paysage de Versailles. La première BAP, Biennale d'architecture et de paysage d'Île de France, se dessine et balance sur deux pieds. Des plus politiques et polémiques aménagements, aux projections "Augures" plus rêveuses de jeunes concepteurs et artistes. Entre ville et nature, particulièrement au Potager du Roi. Une première biennale, c'est alléchant, une certaine liberté pionnière devrait s'y exprimer... (Lire l'article)

L’École des soignantes pour ma dentiste

Martin Winckler - L'Ecole des soignantes - POL 2019

La dentiste du Dr R. voit tout en noir quand elle pense au futur de la médecine extralittéraire et elle n’est pas la seule. Fort heureusement, la médecine littéraire a sous la main ce qu'il faut pour soigner ce malaise : L’École des soignantes, un traitement magistralement élaboré, aux laboratoires P.O.L., par le Dr Martin Winckler. Ce praticien complet, qui pratique la médecine extralittéraire et littéraire, a inventé un monde où soignantes et soignées se portent vraiment mieux. Utopie ? Par exactement : ce remède pourrait bien avoir une action directe sur notre présent médical. (Lire l'article)

Les improbables dimensions de Giulio Paolini

Giulio Paolini L'arte di non esserci, 2018-2019

C’est ce qui frappe d’emblée quand on entre dans la grande salle du rez-de-chaussée de la galerie Marian Goodman  : les quelques toiles de Giulio Paolini exposées dans ce vaste et clair espace nous font immédiatement pénétrer dans une dimension indéfinissable. Trois grands ensembles y sont présentés, composés de boîtes en Plexiglas, dessin, collages – des surfaces divisées, géométriques, dont l’assemblage crée une illusion d’unité. Car tout se déconstruit à mesure qu’on regarde. Les lignes de fuite se multiplient à l’envi dans des encadrés de tailles différentes, dont certains se recoupent, tandis que d’autres semblent se disperser au gré d’un hypothétique souffle de vent. (Lire l'article)

Shlomo Sand : vous voulez vraiment que je parle de ça ?

Shlomo Sand

Depuis Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand, historien, professeur émérite de l’université de Tel Aviv, est honni par les uns, qui voient en lui un ennemi de son pays voire de son peuple et l’ont mal lu ; adulé par les autres, antisionistes, qui l’ont souvent mal lu aussi. Il publie son premier polar, La Mort du Kazhar rouge, que l’on conseillera aux deux. Le roman, policier ou autre, a cet avantage : il échappe aux catégories et ouvre sur la nuance, l’intime. Et l’auteur. (Lire l'entretien)

Bordeaux… ô verre, suspends ton vol !

Vino sospeso (Matali Crasset). Verre de dégustation à l’extérieur pour des vins en biodynamie réalisé par les apprentis du CIAV de Meisenthal pour l’exposition “Renversant” à la cité du Vin de Bordeaux. Photo © Pascal Boudet

À la Cité du vin de Bordeaux, bâtiment élevé à la gloire des vins du monde entier, l'exposition "Renversant" est une présentation de verres contemporains, bouteilles, carafes... au carrefour du design et de l'art. La designer Matali Crasset y a été invitée pour créer un nouvel objet pour la dégustation, Vino sospeso (Vin suspendu). Elle démontre là, une fois de plus, sa manière de regarder nos usages familiers avec un autre œil et d'autres doigts. (Lire l'article)

Dingues d’Onéguine

De sa traduction d'Eugène Onéguine, parue en 2005 chez Actes Sud, André Markowicz déclarait aux Assises de la traduction littéraire d'Arles en 2011, que c'était "ce qu'il a fait de mieux dans [sa] vie". Les 5 523 vers du roman de Pouchkine lui auront demandé plus de vingt ans de travail. Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Jean Bellorini orchestre une version théâtrale du roman de Pouchkine dans la traduction de Markowicz avec cinq acteurs murmurant aux oreilles des spectateurs munis d'un casque. Cela pourrait être monotone, ronronnant, c'est magnifique, rayonnant d'humour et de finesse. (Lire l'article)

René-Jacques, photographe de l’invisible

Square du Vert-Galant, 1931, René-Jacques

La galerie ARGENTIC à Paris nous offre l’occasion de voir ou revoir le travail de René-Jacques (1908-2003) via une sélection de "tirages vintages et modernes des photographies de Paris". Vues de Paris, donc, rues, escaliers, gares, monuments, avec une prédilection pour la saison hivernales et ses féeries enneigées. Qui invitent à la rêverie, à la flânerie. À la découverte. À une interrogation subtile sur ce qui nous est montré. Ou plutôt à une forme d’étonnement qui n’est autre que l’intuition d’avoir affaire à quelque chose qui se cache sous la surface. Ville réelle, ville rêvée, on ne sait trop. (Lire l'article)

Molitor-Auteuil, Modulor et sport en serre

Porte d'Auteuil - Une cohabitation bien organisée © Gilles Walusinski

À la sortie du métro Michel-Ange-Molitor, tout est Molitor, des noms de magasins à l'église Saint-François-de-Molitor. Une brasserie préfère l'enseigne Moliteuil... Molitor, comme la piscine mythique. Dans Molitor, il y a or, comme le jaune du mobilier urbain. Or comme Modulor, ce système de proportions fondé sur le nombre d'or et le corps masculin adopté par Le Corbusier... Hasard ou pas, c'est au 24, rue Nungesser-et-Coli que l'architecte réalise avec son cousin Jeanneret son seul immeuble de rapport, le 24 N.C... (Lire l'article, voir les photos)

Le jaune est mis

F. Hyber et ses oursons © DR

L’histoire de l’art offre maints exemples d’une relation initiale "inspirante" avec les mouvements sociaux indisciplinés. Bien avant les complicités mondaines de l’art contemporain et de "tout ce qui compte" en banque à la FIAC, cette relation s’est fondée sur une dépense somptuaire où création et destruction sont étroitement nouées. Le vandalisme semble d’ailleurs la contrepartie politique récurrente de toute création qui accède à l’espace public. Récemment, une main criminelle mit le feu à la sculpture de l’artiste Francis Guyot, installée au beau milieu du rond-point du péage Châtellerault-nord. L’œuvre monumentale représentait une autre main, jaune celle-là, tendue vers le ciel, sur laquelle circulait un chapelet d’automobiles noires. (Lire l'article)

Winy Maas à Bordeaux, ou comment sortir de la ZAC

Îlot Queyries (Bordeaux) vue du chantier depuis la rive gauche © Ivan Mathie

Allons nous continuer en France, en Europe, à construire des ZAC qui se ressemblent toutes ? Après les quartiers modernistes, concentriques, excentrés et standardisées d'après-guerre, devenus des ghettos, ces ZAC sont apparues à partir des années 90 comme une bonne solution, avec leurs îlots décalés, leurs échelles plus humaines, leurs façades toutes différentes. Jusqu'à virer à la « mascarade » décorative. À Bordeaux, quai des Queyries, l'architecte néerlandais Winy Maas construit un ensemble de logements en rupture avec les choix habituels. En chantier, son projet fait aussi l'objet d'une exposition au centre d'architecture Arc en rêve. (Lire l'article)

Le sabre et le bouclier, comme un goût de guerre froide

La statue de Felix Dzerjinski, fondateur de la Tcheka, abattue en 1991. Mais replacée depuis dans sa ville natale (source: orthodoxie.com)

C’est un passage d’une minute à peine, qui figure dans le troisième volet du documentaire prochainement diffusé par Arte, consacré au KGB en ses divers états, de la Tcheka au FSB d’aujourd’hui, en passant par la Guépéou, le NKVD ou le MVD. On y voit Vladimir Poutine, alors en passe de devenir président pour la première fois, s’adresser à un parterre de Kgbistes réunis à la Loubianka. "Chers camarades, je vous informe que le groupe d'agents que vous avez chargé d'infiltrer le gouvernement a accompli la première partie de sa mission..." (Lire l'article)

Rouge, deux fois

Boris Ignatovitch, Le métro (Grand Palais)

« Que les balles crépitent dans les musées ! » Dixit Maïakovski. Ce n’est pas vraiment l’ambiance au Grand Palais, même s’il faut longer les Champs Elysées, un peu calcinés, un peu bunkérisés, pour arriver devant les premières images qui attendent le visiteur : la prise du Palais. D’Hiver, s’entend, et filmé en 1928 par Eiseinstein. Mais ça crépite, et Maïakovski est bien là, qui déploya une folle énergie pendant ces quelques années de liberté créatrice où s’inventèrent l’agit-prop, et l’agitatsia, le design industriel et quotidien (presqu’au même moment que le Bauhaus), le suprématisme, le constructivisme, le théâtre moderne, de folles architectures. (Lire la suite)

Maguy Marin ou l’urgence

Maguy Marin, l'urgence d'agir. Un film de David Mambouch.

Œuvre d’amour, d’admiration, Maguy Marin : l'urgence d'agir, le film de David Mambouch sur sa mère chorégraphe n’a rien de convenu. Le réalisateur travaille l’épaisseur et la densité du vécu, sait laisser parler, prend lui-même la parole. Et l’on sent qu’il y a, de son côté, une exploration des origines, que le ballet May B, conçu par Maguy Marin alors qu’elle était enceinte de lui, est pour lui un second ventre maternel. Qu’il en vienne bien plus tard à remplacer un des interprètes, blessé, n’en est que plus troublant. À croire que cette pièce touche chez ceux qui l’ont créée, interprétée, vue, une fibre particulièrement intime. Les renvoie au cœur de leur existence propre. (Lire l'article)

La porte de Saint-Cloud, une vieille sportive

Place de la Porte de Saint-Cloud. Photo © Gilles Walusinski

Sur la place, il manque quelque chose en 2019. Pas de tramway qui aurait transformé les boulevards, mais le vieux bus PC. Ni travaux ni ZAC, ce qui nous coince au XXe siècle, quand ce quartier a commencé son expansion avec la disparition des fortifs en 1928. En 1932, trois obus ont été découverts dans un vieux café. Nous voici catapultés au XIXe avec ces boulets, vestiges du siège de 1871, tirés par les Prussiens sur les fortifications. Et c'est encore par ici que les troupes versaillaises sont entrées dans Paris en 1871... (Lire l'article, voir les photos)

Une pépite au bidonville

Rue des pâquerettes, le dernier livre de Mehdi Charef, est le récit de l’arrivée en France de l’auteur-réalisateur, de son enfance dans une baraque d’un bidonville à Nanterre. Les enfants immigrés portent en eux la blessure de l’arrachement au pays d’origine, qu’ils sont obligés de soigner comme ils peuvent, puisque « le retour est un mythe. On ne s’enrichit pas, quand on est ouvrier on le reste toute sa vie ». (Lire l'article)

« Hey!#4 », l’art de s’émouvoir

Pac-Man (2017) de Filip Hodas

Du stylo, de la mosaïque, des perles... Il n'y a qu'à voir les matériaux, variés, inattendus – et également les techniques, plurielles, pour comprendre pourquoi ce quatrième opus de "Hey! modern art & pop culture" se tient à nouveau à la Halle Saint-Pierre à Paris jusqu'au 2 août. Les œuvres montrées par Anne & Julien ne sont en effet pas loin de l'art brut qui traditionnellement réside ici, au pied du Sacré-Cœur. (Lire l'article)

Brest 1992 : le port et la ville (3)

Brest 1992 © Gilles Walusinski

Dernière séquence du travail à Brest en août 1992 pour la commande publique passée par le ministère de l'Équipement à six photographes : Le port et la Ville. L'appareil Horizon produit des images intéressantes si l'on prend garde à maintenir l'horizon, comme l'évoque son nom, au centre de l'image. Le niveau à bulle intégré au viseur de l'appareil assure au photographe qu'il maintient le dos et donc le film bien vertical. Ces vues panoramiques permettent de capter l'évolution de la ville et invitent à poser une question : combien de temps faut-il attendre pour qu'une photographie devienne lisible en accord avec les intentions de son auteur ? L'occasion, aussi, de réfléchir sur les intentions de ceux qui passent des commandes publiques.
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Christian Rizzo en terre de lumière

Une Maison © Christian Rizzo

Dans Une maison, sa nouvelle création, Christian Rizzo convie quatorze danseurs emportés dans un flux continu de mouvements ponctués par de nombreuses entrées et sorties. On est tantôt sous un chapiteau avec des personnages qui portent des chapeaux pointus, turlututu !, dans une boîte de nuit pour un slow, dans une mascarade basque, dans un carnaval masqué où les mains se saisissent pour une ronde et autres farandoles. Le spectacle, créé après résidence à Bonlieu, Scène nationale d'Annecy, part pour une tournée internationale avant qu'on ne le retrouve en France avec de nombreuses dates l'an prochain et en ouverture du prochain festival Montpellier Danse en juin. (Lire l'article)

Brest 1992 : le port et la ville (2)

Brest 1992 © Gilles Walusinski

Arriver à Brest en plein cagnard d'un mois d'août particulièrement chaud, se confronter à une ville déserte et se replier vers le port de plaisance pour trouver un hôtel, c'était en 1992. Une commande en poche, Le port et la ville, me résoudre à arpenter les rues vides et regretter l'accompagnement dont j'avais bénéficié en 1982, tenter de retrouver des lieux déjà photographiés, le quartier de Pontaniou, notamment, et conclure qu'en fin de compte la liberté serait le meilleur moteur de mon travail. (Lire  l'article, voir  les photos)

Les mots face au désastre

"… ici on trompe la mort, on la sait inévitable, on parle depuis elle, on parle déjà mort, mais depuis trois-quatre mille ans qu’on sait l’extinction inévitable, on sait aussi la tromper, on sait lui faire face, on sait la déjouer, c’est presque devenu instinctif : on reforme des liens perdus ou imaginaires, on se met à plusieurs, comme alors et comme aujourd’hui, et on se raconte des histoires." Trompe-la-Mort de Lionel Ruffel, est paru chez Verdier. (Lire le guide)

Marronnages

Marronnages, lignes de fuite. Photo Bernard Gomez

Bernard Gomez photographie la Guadeloupe depuis une décennie. Sylvaine Dampierre, cinéaste, en collaboration avec Frédéric Régent, historien, président du comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, se sont chargés du texte, du contexte, et d’un indispensable glossaire, à lui seul une mine. Marronnages, lignes de fuite, un de ces livres aimés par ceux qui l’ont fait. (Lire le guide)

Brest 1992 : le port et la ville (1)

Brest 1992 © Gilles Walusinski

En 1982, une commande passée par l'association des PACT-ARIM et la revue Habiter m'avait permis de travailler à Brest. En 1992 le Ministère de l'Équipement lançait une "commande publique" dont le titre Le port et la ville correspondait à la préoccupation politique du développement – difficile – des ports en France comparé aux grands ports européens. Je décidai alors de revenir à Brest et d'y partir au mois d'août pour respecter le délai qui m'avait été donné. Cette année 1992, un peu plus encore qu'en 1982 le mois fut inhabituellement chaud pour le Finistère. La vie du port était au ralenti mais les chômeurs profitaient de leur temps libre pour venir pêcher dans les bassins déserts au volant de leur R12 increvable. (Lire l'article, voir les photos)

Les frères Bouroullec, de la fontaine à la source

Erwan Bouroullec, Football © Erwan Bouroullec / Courtesy Galerie kreo

Le 21 mars, jour du printemps, l'eau des six fontaines taries du Rond-Point des Champs-Élysées – elles avaient été piétinées lors de la Coupe du monde de foot 98 – va jaillir à nouveau, quinze mètre au-dessus du sol. Elle s'écoulera du haut de six mâts, dans du cristal, vers les six bassins conservés, datant du XIXe siècle. Ces pièces exceptionnelles ont été redessinées, complètement réinventées par Ronan et Erwan Bouroullec, dans l'esprit de celles conçues par le verrier Lalique en 1930. Leurs mâts des Champs, projet précieux, fragile et onéreux, feront sans doute l'objet de critiques, au temps des gilets jaunes sur rond-point. En attendant, les deux frères font un pas de côté. Et exposent leur dessins personnels et respectifs, chez kreo, leur dixième monographie en cette galerie parisienne. (Lire l'article)

 

Vivian Maier ou l’incertitude

Vivian Maier, Milwaukee, 1967

La galerie parisienne Les Douches, qui, depuis 2013, a déjà réalisé plusieurs expositions des œuvres photographiques de Vivian Maier, présente jusqu’au 30 mars « The Color Work ». Pour l’essentiel, le travail de Maier sur la couleur, dans les scènes de rue dont elle est coutumière. Ce qui frappe dans une grande partie des œuvres présentées, ce sont les portraits. On ne cesse de s’interroger sur le rapport entre la photographe et ses modèles. Ceux-ci sont-ils partie prenante de la relation ? On pourrait croire qu’il n’y a rien entre l’image consentie et l’image dérobée. Pourtant, Vivian Maier réussit par moments le tour de force de se situer dans un entre-deux qui rend la chose indécidable. (Lire l'article)

Grâce à Dieu et la confusion des genres

Dans trois jours, Mgr Barbarin, archevêque de Lyon, sera fixé sur son sort judiciaire. Cité à comparaître avec cinq autres responsables ou proches du diocèse pour "non dénonciation d’atteintes sexuelles", il sera probablement relaxé. La condamnation, elle, est dans les 414 salles, où l’on projette le film de François Ozon, Grâce à Dieu. Intéressant chassé-croisé, qui voit un cinéaste filmer comme une partie civile et précéder la justice, tandis que des magistrats se font plus de souci pour le manque à gagner éventuel des producteurs que pour la présomption d’innocence. (Lire l'article)

La porte Dorée à sens renversé

La Porte Dorée © Gilles Walusinski

Elle semble toujours un peu excentrée la porte Dorée, au bout d'un XIIe arrondissement qui ne fait pas de bruit. Avec sa dénomination initiale d'Orée, puis de Dorée qui teinte avec faste et éclat, elle n'évoque aucun lieu précis, même si elle est aussi de Picpus, elle reste flottante sur le plan parisien. La porte Dorée pourrait se nommer la porte du Dimanche. Ce jour-là, familles, ribambelles de gosses, touristes se pressent vers l'Aquarium, le zoo de Vincennes, le Bois... Une place de villégiature, un peu intemporelle, inchangée pendant les années 1970, 80, 90. On respire son enfance dans ce quartier du Bel-Air, aire de loisirs, une échappée... (Lire la suite)

Valérie Zenatti : le voyage à Czernowitz

Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants, éditions de l'Olivier, 2019

Il suffisait de les avoir croisés ensemble une fois : ce qui unissait Aharon Appelfeld et Valérie Zenatti dépassait la complicité qui existe parfois entre écrivain et traducteur. Comme s’ils veillaient l’un sur l’autre. Comme s’ils étaient de la même famille. Après la mort d’Appelfeld, Valérie Zenatti était la seule à pouvoir écrire ce livre, de filiation et tendresse autant que de deuil. Dans le faisceau des vivants, aux éditions de l'Olivier. (Lire l'article)

Brest 1982 : la villes, les pauvres, le port (5)

Brest 1982 © Gilles Walusinski

J'ai choisi de montrer ici trois familles. La première est celle d'une maman de deux garçons. Seule avec eux et un imposant berger allemand, la mère me faisait visiter sa cuisine toute neuve. Dans un autre village nous avons visité une famille d'immigrés portugais installés dans une petite maison très modeste. Le père était fier de nous faire voir le garage qu'il avait aménagé près du poulailler et du bout de champ qu'il cultivait. Dans le quartier de Recouvrance, Sylvain Legrand m'accompagna chez un docker au chômage. Trois enfants et leur jeune maman qui me disait avoir trente ans vivaient dans une maison presque insalubre, prêtée par la mairie. (Lire l'article et voir les photos)

Au bonheur des passages

Patrice de Moncan, Les Passages couverts de Paris, éditions du Mécène, 2018.

De la galerie Véro-Dodat aux Arcades des Champs-Élysées, combien y a-t-il eu de passages à Paris ? 305. Il y en avait encore plus d'une cinquantaine au XIXe siècle, il y en survit 18 aujourd'hui, raconte Patrice de Moncan, dans son ouvrage Les passages couverts de Paris : un livre d'histoire illustré publié aux éditions du Mécène,  pour redécouvrir les passages couverts de Paris. (Lire le guide)

La clairière de Clichy en zig ZAC (2)

Une nouvelle skyline à la porte de Clichy © Gilles Walusinski

Ils sont nombreux les architectes à avoir œuvré ici, avec toutes sortes de promoteurs, sous la houlette de la Ville de Paris. Formellement, fini le continuum gris monotone haussmannien, les sériels HBM, remballé le grand ensemble... Tous ces nouveaux immeubles dessinent un kaléidoscope de silhouettes et de volumes encore inhabituels. Ainsi la résidence Parc 17 a été conçue par Francis Soler qui a « choisi de réaliser une forme élancée et longitudinale ponctuée par deux grandes failles verticales abritant des terrasses ». Sa façade de verre lumineuse offre tous les reflets des arbres et du ciel. L'agence Périphériques a livré Cardinet Quintescence, un bâtiment de logements à la forme déstructurée, avec une double peau dorée aux mille facettes, doté d'une vaste toiture photovoltaïque... (Lire l'article)

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (4)

Brest 1982 © Gilles Walusinski

L'été se terminait. Le soleil avait contredit la grisaille, cliché bien installé dans les mémoires brestoises. Parler des pauvres qu'on baptisait nouveaux pour désigner ceux qui restaient au bord du chemin, nous amena à penser qu'il fallait aussi parler de leurs rêves, de ce qui les extrait de ces quotidiens besogneux. Quoi de mieux qu'un match de foot pour que les hommes se retrouvent. Pas de femme, si une seule que les mecs regardent. Peut-être pour le sac de cacahouètes qu'elle a apportés ? L'équipe de Brest s'appelle l'Armoricaine, le bistro d'en face aussi et c'est par là que tout commence... (Lirel'article et voir les photos)

Hockney ou l’art de l’inversion

David Hockney “Focus Moving”, 2018. Photographic drawing printed on paper, mounted on Dibond © David Hockney - assisted by Jonathan Wilkinson / Courtesy Galerie Lelong & Co. Photo : Richard Schmidt

Deux expositions au moins ont rendu hommage à David Hockney ces dernières années, à la fondation Vincent Van Gogh à Arles en 2015-2016 et au centre Georges Pompidou à Paris en 2017. La galerie parisienne Lelong &  Co. propose jusqu’au 9 mars un accrochage intitulé « New Photographic Drawings ». Pour l’essentiel, quatre œuvres de grand format, exposées dans une pièce, chacune occupant un mur. Des « dessins photographiques », comme les appelle Hockney, technique qui lui permet de montrer et de reconfigurer à sa guise des éléments de son environnement. (Lire l'article)

Miró pyromane

Joan Miró - Burnt Canvas (1973)

1973 : la tour Montparnasse est inaugurée, Libération publie son premier numéro, les ouvriers de Lip sont en grève, Picasso meurt, les derniers soldats américains quittent le Viet-nam, le collège Édouard-Pailleron brûle. Pendant ce temps, Joan Miró prépare la grande rétrospective qui doit le mettre en vedette l’année suivante au Grand Palais à Paris. (Lire la suite)

La clairière de Clichy en zig ZAC (1)

Porte de Clichy: la ZAC sur jardin. Photo © Gilles Walusinski

Une porte aujourd'hui doit se tourner vers le futur, Grand Paris ou pas, refaire des coutures, "décloisonner la ville". Elle se doit d'avoir "sa" ZAC-éco-quartier. Celle de Clichy-Batignolles, le plus grand chantier de Paris au XXIe siècle, couvre 54 hectares d'une ancienne enclave ferroviaire délaissée. Elle est délimitée par le périphérique, l’avenue de Clichy, la rue Cardinet et le faisceau des voies ferrées de la gare Saint-Lazare. L’urbaniste François Grether et la paysagiste Jacqueline Osty ont dressé les plans de cet écoquartier. Une première phase est sortie de terre, la deuxième phase se finalise, elle accueille aujourd'hui 2400 habitants et attend 6000 à 7500 habitants, 12 700 emplois. (Lire l'article)

Brest, 1982 : la ville, les pauvres, le port (3)

Brest, 1982 © Gilles Walusinski

Cette année-là, à Brest, il avait fait chaud. Une fin de semaine que d'aucuns nommeraient week-end, j'avais comme quartier libre ; j'avais décidé d'aller voir les plages alentour, le port et les activités qui pouvaient s'y attarder. Flâner dans Pontanézen, retourner vers les cités qu'on disait de transit, insérées dans les cités d'HLM hâtivement construites dans les années 1960. J'aime particulièrement cette photo d'une mère de famille nombreuse menant d'un pas décidé sa marmaille à la plage. Une photo que mes commanditaires de l'époque trouvaient banale, sans intérêt documentaire. La présence automobile dérangeait l'esthétique en vogue. Nous la regardons différemment, le temps a passé... (Lire l'article et voir les photos)

Cet été-là : les deux Edie sont de retour

Little Edie dans Grey Gardens (David & Albert Maysles)

Quarante-cinq ans après le tournage du documentaire culte Grey Gardens des frères David et Albert Maysles, qui fit le bonheur des soirées thématiques gay, inspira film et pièce de théâtre, le Danois Göran Olsson, en assemblant quatre bobines de rushes oubliés, réalise un préquel jubilatoire et nostalgique. On y croise Andy Warhol, Truman Capote, Mick et Bianca Jagger. Mais les vraies stars sont les deux Edie, mère et fille, qui auront connu bien plus qu’un quart d’heure de célébrité. (Lire l'article)

Joan Miró, du coq à l’âne et vice versa

Joan Miró, Bleu II

Vient de s'achever, au Grand Palais, une rétrospective consacrée à Joan Miró. Mais par quel bout le prendre, ce catalan impossible ? Lui qui, comme Dalí, comme Picasso, finit par ressembler à ses tableaux. La peinture déteindrait-elle sur nous ? À bien regarder cette exposition – les tableaux et leur public – il semblerait que oui. C'est l'effet Miró... Ça déteint, la peinture coule sur nous. Et l’art nous aide à respirer. (Lire l'article)

The Paper, l’Adriatique noire

Branka Katic - Novine - The Paper

Netflix le dit, The Paper (Novine) est la première série slave. Si l’on excepte toutefois l’indigeste The Teach polonais sur Canal+, qui ne raflera pas le prix du scénario. Mais The Paper, dont la saison 2 vient d’arriver est certainement la première série croate et la seule à être diffusée dans 190 pays. En faisant un tabac en Amérique latine. Peu ou pas de critiques en France à ce jour où l’œil se porte vers l’ouest, toujours : dommage, The Paper a les qualités des vrais romans noirs, atmosphère, personnages, envers du décor, plus un rien de baroque. (Lire la suite)

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (2)

Brest, 1982 © Gilles Walusinski

Le quotidien des « nouveaux pauvres » tels qu'on nommait en 1982 ceux que la société laissait en marge, pouvait se vivre dans ce qu'on nommait cités de transit. Des logements très modestes, d'un confort sommaire, offraient des solutions qu'on souhaitait temporaires à ceux qui en bénéficiaient. La première série de photos que nous avons publiées pouvait donner une idée du paysage brestois, de la présence un peu oppressante de l'industrie de l'armement, l'Arsenal coupant la cité en deux territoires. Nous avons défini plusieurs thèmes qui devaient guider le travail de reportage. D'abord choisir un quartier et son « centre social ». Ce fut Pontanezen, un quartier au nord-est de la ville. Pendant mes temps libres, j'arpentais aussi l'autre rive de La Penfeld, dans le quartier ancien de Pontaniou. (Lire l'article et voir les photos)

Angoulême, du coq à l’âne et vice versa

Déambulation dans le 46e Festival de la bande dessinée qui s'est tenu à Angoulême du 24 au 26 janvier. Ici, des affiches géantes où se déploient des villes fantastiques et verdâtres dont les contours flottent et se déforment. Plus loin, Nestor Burma, pipe au bec, parigot en diable, côtoie des pin-up, des pépés, des pétroleuses, des guerrières et des sauvageonnes sanglées de cuir (ultra moulant) échappées, en désordre, du polar, de l’heroic fantasy, des années 40, des jeux vidéos, des comic books américains : du fantasme à l’état pur… (Lire l'article)

Hayao Miyazaki : intelligence humaine

2013 : le dessinateur japonais Hayao Miyazaki, réalisateur et producteur de films d’animation mondialement connus, annonce qu’il prend sa retraite. C’est la fin du studio Ghibli, qu’il a créé en 1985 avec Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles). Le réalisateur Kaku Arakawa le retrouve en 2016, alors que Miyazaki, un brin malicieux, déclare reprendre du service en s’engageant dans un nouveau projet : la réalisation d’un court-métrage, Boro la chenille, à partir d’images de synthèse. Documentaire sur le retour du vieux maître, Never-Ending Man, est aussi et surtout prétexte à une passionnante réflexion sur les rapports entre l'humain et l'intelligence artificielle. (Lire l'article)

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (1)

Brest, 1982 © Gilles Walusinski

À dix ans d'intervalle, en 1982 et 1992, je me suis rendu à Brest pour honorer deux commandes à l'initiative du ministère de l'Équipement. Deux travaux documentaires, l'un dans le cadre d'une campagne de réhabilitation de logements insalubres, l'autre autour du thème "Le port et la ville". Regarder le travail produit pour ces deux commandes, 37 ans et 28 ans après, permet de s'interroger sur l'évolution sociale, sur son impact sur la ville et peut-être se poser d'autres questions en lien avec l'actualité.  La première séquence que nous publions ici sera la description de la ville de Brest, telle que je la vis en 1982. Suivront sur plusieurs semaines de nouvelles séquences, traitant chacune d'un aspect de la vie de ces mal nantis, qui m'évoquent d'autres situations actuelles non moins alarmantes. (Lire l'article et voir les photos)

Je suis entrée par la porte des Lilas…

Station Porte des Lilas, édicule de Charles Plumet - Photo © Gilles Walusinski

Depuis l'arrivée du tramway, elles refont surface, avec l'ambition de ne pas être en retard pour le Grand Paris. Les portes périphériques de la capitale, qui étaient surtout des nœuds routiers ou métro-sous-terrains, clôtures assez indéfinies, vont-elle devenir des places plus agréables, mieux reliées avec les banlieues toutes proches ? Elles ne figurent pas encore dans les guides touristiques. Des Lilas à Versailles, de Clichy à Vitry, exploration de ces confins en travaux, qui se creusent pour ressurgir. (Lire l'article)

God save the spleen !

"De l’Angleterre et des Anglais" de Graham Swift et "Réservoir 13" de Jon McGregor

Lorsque les temps sont durs, et ils le sont souvent pour elle, Theresa May se replonge dans Jane Austen. Qui traitait avec grâce de l’économie, matrimoniale du moins. Mais les divorces, même européens, dépassent toujours les affaires matérielles. Deux auteurs, Graham Swift et Jon McGregor, bien contemporains, eux, viennent à point rappeler que les livres se moquent des no deal. Et ce que l’on aime tant, dans la littérature anglaise. (Lire l'article)

Mayra Santos-Febres pour les sorcières

Mayra Santos-Febres, La Maîtresse de Carlos Gardel, traduit de l'espagnol (Porto Rico) par François-Michel Durazzo, Zulma, 2019

L'époque marque le grand retour des sorcières. Elles sont partout, aux États-Unis comme en France, sur la scène politique, sociale et littéraire. Mais leur récent retour en force ne leur épargne pas certains tourments. Elles souffrent en effet d'un dramatique problème de discontinuité. Pour elles, donc, le Dr P. prescrit cette semaine La Maîtresse de Carlos Gardel de Mayra Santos-Febres, paru chez Zulma, traduit de l'espagnol (Porto Rico) par François-Michel Durazzo. (Lire l'article)

De quoi L’Amie prodigieuse est-elle le nom ?

L'Amie prodigieuse (épisode 1): Ludovica Nasti (Lila), Elisa Del Genio (Elena)

Ça ressemble à un film néoréaliste, mais ça n’en est pas un (même lorsqu’une scène sort tout droit de Rome ville ouverte). Ça à l’allure d’une vaste fresque sociale, mais n’en est pas tout à fait une (trop lissée). Tout comme les livres d’Elena Ferrante ont un air de chef d’œuvre mais n’en sont pas vraiment. Co-produite par HBO et la RAI, l’adaptation en série du premier tome de la tétralogie à succès, L’Amie prodigieuse, est arrivée sur Canal+ à la mi-décembre. (Lire le guide)

Il Miracolo, une histoire du trouble

Dieu, ces derniers temps, visite souvent Arte et c’est tant mieux. Après Au nom du père, co-production avec le Danemark, et son ravageur pasteur, voici Il Miracolo, co-production avec l’Italie, avec sa vierge en plastoc qui pleure des litres de sang. Serait-ce un rien passéiste ? Parce que l’Italie, là, semble moins habitée par les miracles de la madone que par de bons vieux démons. Erreur. (Lire le guide)

Lucia Laguna déploie ses pièges

Lucia Laguna, Paisagem n.111 (2018)

La galerie Karsten Greve, à Paris, présente pour la première fois en France une exposition personnelle de l’artiste brésilienne Lucia Laguna. L’occasion de se plonger dans l’œuvre foisonnante d’une peintre qui bouscule les repères de la perception. Ce qui frappe d’emblée dans cette peinture, c’est son caractère de rébus. Pour une part, elle se déchiffre. Elle invite à un travail d’élucidation, de reconnaissance, d’identification. De compréhension. Mais ce travail pourrait être le prélude à une approche plus complexe, forçant le regard à cesser de vouloir savoir. (Lire l'article)

Véronique Ellena, pose et vertige

La promenade dans les Calanques, série Les Dimanches, 1997, collection particulière © Véronique Ellena, 2018

L’œuvre de Véronique Ellena possède une étrange capacité à ouvrir au spectateur un espace mental peu exploré. Les scènes du quotidien qu’elle photographie sont pour la plupart « posées ». Leurs protagonistes se prêtent au jeu, se montrent dans des postures figées qui pourraient être emblématiques (d’un geste usuel, d’une action à réaliser…), mais sont bien plus que cela : des arrêts sur image qui échappent au quotidien pour devenir improbables, fruit d’un équilibre subtil entre le concret et la figuration d’une réalité qui, du coup, échappe. (Lire l'article)

L’Escargot de notre vie (Puy ta Cuxlejaltic)

Festival de cinéma Puy ta Cuxlejaltic. Photo © Joani Hocquenghem

Le festival de cinéma Puy ta Cuxlejaltic (L'escargot de notre vie) s'est tenu durant les premiers jours de novembre à Oventik, l'un des cinq Caracoles zapatistes, dans les montagnes du Haut-Chiapas. Joani Hocquenghem a assisté à ce drôle de mariage, conjonction inédite des Indiens et du cinéma. Au programme, une cinquantaine de fictions, documentaires, dessins animés, longs, courts et micro métrages : pièces d'un puzzle en désordre, pans d'histoire, portions de géographie, pêle-mêle l'ailleurs et l'ici, les épisodes du passé et l'avalanche du présent. (Lire l'article)

Le pacte d’Adriana

Le Pacte d'Adriana, premier film réalisé par Lissette Orozco, intime, bousculé, avec vidéos familiales bancales, où certains parents ont fait flouter leurs visages, avec longues conversations par Skype, portables... est une investigation erratique et cruelle au sein d’une famille portée sur le silence, et d’un pays qui oublie. Adriana-Chany est-elle coupable, ou innocente comme elle le clame ?

Dorothea Lange, retour sur icône

Mère migrante, photo Dorothea Lange, 1936

Mère migrante est une des photos les plus célèbres de Dorothea Lange, et figure en bonne place dans l'exposition que le Musée du Jeu de Paume à Paris consacre à la photographe américaine. Retracer son histoire permet de reposer plusieurs questions fondamentales : sur le statut de la photo documentaire, sur les rapports entre le photographe et son modèle, sur la liberté artistique, sur le copyright, sur le droit d'auteur et sur le droit à l'image. Des questions que Dorothea Lange était loin d'envisager ce jour froid et pluvieux de février 1936 où elle décida d'arrêter sa voiture, sur l'U.S. Route 101, à proximité de la petite ville de Nipomo, entre San Francisco et Los Angeles. (Lire l'article)

8, avenue Lénine : Heureuse comme une Rom en France

8, avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France. Un film de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

Pendant quinze ans Valérie Mitteaux et Anna Pitoun ont filmé Salcuta Filan, une Rom de Roumanie exilée en France en quête d’une vie meilleure. Veuve et mère de deux enfants scolarisés à l’école d’Achères, Salcuta lutte et surmonte avec force et détermination tous les obstacles qui se dressent sur le chemin des Roms pauvres, ces éternels présumés coupables. Les habitants, l’institutrice, le maire, se montrent solidaires et apportent à Salcuta l’aide indispensable pour faire face aux chicanes administratives, aux brimades préfectorales et aux multiples difficultés empêchant les Roms de France de vivre leur vie sans exclusion. (Lire l'entretien avec les réalisatrices)

Patrolin : J’ai décidé d’arrêter d’écrire

Pierre Patrolin, J'ai décidé d'arrêter d'écrire, P.O.L., 2018

On ne se méfie jamais assez des écrivains à la langue fluide. C’est beaucoup de travail ingrat. Ainsi Patrolin, l’auteur, décide-t-il de cesser. Vivre le monde, sans se balader avec des trucs notés sur des facturettes, des courriers du gaz, la marge du journal, avec cette ambition, mettre en mot l’instant, le bruissement des feuilles, l’idée traversante, la rue. Laisser vivre le monde. J’ai décidé d’arrêter d’écrire serait donc l’histoire d’une désintoxication. Il y a double bind romanesque : l’écrivain se tait, tandis que le narrateur rapporte le détail du renoncement. Mais ils ne font qu'un. (Lire l'article)

Banksy vs Marcel : un siècle de retard sur l’art en morceaux (3)

Man Ray, Le Cadeau, réplique de l’original disparu, 1921

Depuis les expériences duchampiennes très élaborées et les complicités du hasard auxquelles l’artiste savait rendre grâce, la problématique artistique de la machine et du débris – ou celle de la machine et du débris artistiques – a ensuite régulièrement trouvé des exploitants plus catégoriques. Le pop art, dans ses variantes britanniques, françaises, américaines ou japonaises, investit résolument l’univers béant des vitrines, de la publicité, des cartoons et comics, pour enchaîner des productions assumant l’empiètement de la marchandise sur l’œuvre d’art et réciproquement. (Lire l'article)

Banksy vs Marcel : un siècle de retard sur l’art en morceaux (2)

A regarder d’un œil (Marcel Duchamp) & Objet à Détruire (Man Ray)

En s’en prenant physiquement à l’œuvre elle-même, Duchamp dit à la fois que la destruction du Beau doit avoir une effectivité matérielle et qu’il s’agit néanmoins d’une « figuration du possible », où la destruction est donc elle-même figurée et devient objet de la création. Sous un rapport fondamental, qui se distingue de l’acte destructif délibérément accompli – celui du vandale ou de Banksy, par exemple –, le ready-made interroge l’origine de la destruction. (Lire l'article)

Dorothea

Dorothea Lange, Grand-mère mexicaine employée à ramasser des tomates en Californie, 1938

Dorothea, je t'ai connue en 1969 quand j'ai déniché sur un rayon perché d'une librairie maintenant disparue, cédée au luxe parisien, An American Exodus, la réédition que ton mari Paul Schuster Taylor et l'Oakland Museum venaient de publier. C'était peu de temps après ton décès en 1965. Cette photographie d'une grand-mère mexicaine ramassant des tomates date de 1938. Tu l'as faite en Californie mais elle ne figure pas dans la très belle exposition que te consacre le Jeu de Paume jusqu'au 27 janvier 2019 sous le titre « Dorothea Lange, politique du visible ». (Lire l'article)

Banksy vs Marcel : un siècle de retard sur l’art en morceaux (1)

Billet de 10 livres émis par la Banksy of England, en circulation

L'artiste et performer Banksy a récemment machiné la destruction publique de l'un de ses tableaux mis aux enchères. Diriger un tel acte vers un ramassis de milliardaires et d’experts incultes pour jouir d’un beau chahut mondain, c’est abandonner en chemin la vraie question qui gît dans un acte de destruction de l’art. Un siècle plus tôt, la destruction des œuvres fut l’objet, au sens matériel et philosophique, d’un hasard expérimental moins tapageur mais ô combien plus intéressant puisque aucunement prémédité et sans complicité médiatique. Les protagonistes de cette histoire s'appellent Marcel Duchamp et Man Ray. (Lire l'article)

La der… d’André Walusinski (1915)

André Walusinski par Alfred Soyer. La der des der

Ce 11 novembre 2018 marque un centenaire, cent ans pendant lesquels aucune autre trace que le document officiel de 1920 confirmant le décès d'André Walusinski “à l'ennemi” n'est parvenue, pas même une lettre de poilu qui aurait pu faire de lui quelqu'un d'autre qu'un soldat inconnu. Ses moustaches et sa barbichette rapportées par les photographies d'Alfred Soyer, son beau père sont la seule chose qui nous reste après l'horreur qu'André a dû vivre en 1914 et 1915. Photographies tueuses d'un instant, témoins pour l'éternité de la vie des disparus. (Lire l'article)

Les Échos de la Terreur de Jean-Clément Martin pour le corps enseignant

Jean-Clément Martin, Les Echos de la Terreur, Belin, 2018

Une grosse tête et surtout, un corps en souffrance. Le service de médecine littéraire est cette semaine confronté à un patient hors norme, éreinté et agressé de toute part. Cela tombe bien, nous venons de recevoir un médicament à usage complexe, Les Échos de la Terreur de Jean-Clément Martin (Belin, 2018) qui va néanmoins nous imposer un dilemme : envisageons-nous une posologie radicale avec effets secondaires importants ou un traitement plus léger mais au long cours, dont l’efficacité n’est pas garantie ? (Lire l'ordonnance)

Paul

Je n’avais aucune idée de l’adresse de La Briardière, la maison que Paul Strand avait achetée avec Hazel son épouse. Nous avons tourné dans toutes les rues du village quand tout à coup, eu haut d’une côte, je vis un jardin qui ressemblait beaucoup aux photographies de Paul que je connaissais par son livre A Retrospective Monograph. À mon coup de sonnette à l’entrée du jardin, nous vîmes apparaître Hazel Strand, qui nous dit haut et fort que Paul sortait à peine de l’hôpital et qu’il ne voulait voir personne. C’est alors que nous entendîmes crier du premier étage, là où Paul avait fait son atelier, Non Hazel, laisse entrer, j’ai besoin de voir du monde ! (Lire l'article)

Famille, humour et patrimoine

Dans la série danoise Les Héritiers diffusée sur Arte, il est bien sûr question d’argent, de pas mal d’argent : un manoir de belle taille avec terres, et les œuvres de Veronika Grønnengaard, artiste contemporaine cotée au plus haut. Mais quand on parle d’argent, surtout en famille, on parle toujours d’autre chose.

Manuel

Manuel Álvarez Bravo, El ensueño

Si l'entomologiste se doit de n'oublier aucun des coléoptères d'une famille pour compléter sa boîte de merveilles, le photographe qui fait de son mur une entomologie photographique se complait à associer les auteurs qu'il aime, qui l'inspirent, dans le choix des tirages accrochés. Quand, en mai 1980, Agathe Gaillard exposait Manuel Álvarez Bravo et son épouse Colette Urbajtel, elle revenait depuis peu de New York où elle était allée rendre visite à André Kertész pour préparer la biographie qu'elle avait décidée d'écrire. En 1978, Manuel et André s'étaient retrouvés aux rencontres d'Arles. Ce n'est donc pas un hasard si Manuel suit André dans les colonnes de délibéré. (Lire l'article)

Dovlatov, la revanche d’un invisible

Jamais publié en Union soviétique de son vivant, exilé à New York où il est mort en 1989, l'écrivain russe Sergueï Dovlatov a connu une scoumoune éditoriale hors pair. On peut dire que, depuis, le monde se rattrape. Succès durable en Russie, thèses sur son œuvre aux États-Unis, texte adapté au théâtre par Peter Stein, festival Dovlatov, prix Dovlatov, statue de Dovlatov dans la rue de Saint-Pétersbourg où il vécut et, cette année, un film d’Alexeï Guerman Jr couronné à Berlin, vendu dans trente pays et à Netflix. Qui pourtant ne raconte qu’une semaine assez morne dans la vie de Dovlatov, géant au regard velouté, héros bartlebyen. (Lire l'article)

André

Gilles Walusinski par André Kertész (1982)

C'est un jour de 1983 qu'une enveloppe m'est arrivée de New York. André Kertész m'envoyait le portrait qu'il avait fait l'année précédente, en 1982 sur le balcon de sa chambre d'hôtel, rue Saint Séverin. C'était en hiver et André passait une bonne partie de son temps dans la galerie d'Agathe Gaillard qui l'exposait. Ce n'était pas la première fois que je raccompagnais Kertész de la galerie jusqu'à son hôtel. Nous faisions le trajet bras-dessus bras-dessous à petits pas, André s'arrêtant à toute occasion, me disant regarde cette photo que je ne fais pas. Ce pigeon me le reproche ! (Lire la suite)

Oona Doherty, gestes recueillis

Oona Doherty, “Hard to be soft”, Biennale de la danse de Lyon 2018 © Michel Cavalca

Après un solo entre performance et écriture ciselée au-delà des genres, la danseuse et chorégraphe irlandaise propose à la Biennale de la danse de Lyon une création en quatre mouvements que l’on peine à relier entre eux. Artiste associée cette saison 2018-2019 à la Maison de la danse de Lyon, Oona Doherty devrait avoir l’occasion d’imposer sa signature, même si l’on comprend son attention pour les gestes et les propos recueillis. (Lire l'article)

Rachid Ouramdane contre vents et marées

Rachid Ouramdane, CCN2 - Centre chorégraphique national de Grenoble, “Franchir la nuit”. Photo © Patrick Imbert

Pour aborder la question brûlante et désolante des migrants et plus largement des laissés pour compte, des cahotés par la vie, Rachid Ouramdane et les cinq magiques danseurs de sa compagnie ont travaillé avec vingt enfants de l’école Le Verderet de Grenoble et treize mineurs isolés, migrants d’Afrique et d’Europe accueillis par le département de l’Isère. Le spectacle est aussi simple que la présence d’un enfant se tenant seul en scène hagard mais plus jamais seul. Les danseurs transportent les corps. Rachid Ouramdane berce la peine. (Lire l'article)

Maguy Marin, sans commune mesure

Maguy Marin, Ligne de crête, 18e Biennale de la Danse de Lyon

Encore une fois, Maguy Marin frappe fort. Elle a ouvert avec fracas la 18e Biennale de la danse de Lyon. Dans Ligne de crête, Elle dénonce les manquements des politiques actuelles. Elle joue sur l’accumulation et la saturation, ménageant toutefois des chemins labyrinthiques pour les six interprètes qui s’emparent d’une partition chorégraphique millimétrée à devenir complètement dingues. Et réveille dans le fracas le désir de liberté. Un vrai bazar. (Lire l'article)

Hélène Bessette sort du silence

Hélène Bessette, Vingt minutes de silence, Le Nouvel Attila

Vingt minutes de silence est une inquisition en multivision, multiplicité de points de vue et de locuteurs, en changement vif et constant : le regard des coupables potentiels, le fils, la mère, mais aussi de la victime, le père, et des divers protagonistes, la bonne, les voisins, la rumeur publique, la presse, la police, finalement oui, celui du policier en investigation, le lecteur entre dans son cerveau et participe des méandres de sa pensée, qui n'est pas autre chose qu'un long questionnement, souple, ductile, glissant, rapide, spongieux, élastique, incertain, rétractile, contradictoire, liquide : la pensée elle-même.

Gyula

Brassaï - Les Halles - Dormeurs au petit matin - Paris 1932

J'ai rencontré Brassaï pour la première fois en 1976. Nous étions membres de la même association de photographes qu'on disait alors illustrateurs, ceux qui ne pouvaient prétendre au statut de journaliste, maintenant nommé photojournaliste. Brassaï n'était pas très à l'aise avec les règlements administratifs et l'association l'avait aidé à s'inscrire à la sécurité sociale des auteurs qui venait d'être officiellement créée. L'amitié née de l'entraide associative m'a permis de mieux connaître Brassaï. Le 24 décembre 1978, il m'a offert une photographie dont voici l'histoire... (Lire l'article)

La Halle Saint-Pierre, l’art brut japonais couramment

À l'occasion du Tandem Paris-Tokyo 2018, la Halle Saint-Pierre à Paris propose, jusqu'au 10 mars 2019, “Art brut japonais II” : les œuvres d'une cinquantaine de créateurs comme autant de signes d'un langage universel. Comme toujours avec l'art brut, il est d'abord question pour le spectateur d'observation, de ressenti, et d'empathie – ces mêmes qualités qui permettent d'entrer en communication avec autrui. On y voit des œuvres de laine, d'émail, d'argile ou de feuilles d'arbre, qui construisent des villes, des camions, des vélos – autant de matière et de thèmes familiers à ceux qui s'intéressent à l'art brut. (Lire l'article)

Cent experts pour un marchand et une oreille de faussaire (2)

Judith et Holopherne par Louis Finson d’après Caravage

Bien que son œuvre fasse grand bruit dans le milieu, le maître faussaire demeure invisible et méconnu. L’occultation de son existence, en effet, est la condition du couronnement. Aussi performant soit-il, ce créateur ne peut jamais recueillir les applaudissements auxquels donne lieu le succès de son travail. Pour cette raison sans doute, comme plusieurs exemples en attestent, il est parfois tenté de fomenter une petite énigme permettant d’atténuer la frustration inhérente à sa condition de faussaire. De ce point de vue, l'auteur du Judith et Holopherne découvert à Toulouse et attribué au Caravage est bien un maître... (Lire l'article)

Hélène Bessette sort du silence

Hélène Bessette, Vingt minutes de silence, Le Nouvel Attila

Connaissez-vous Hélène Bessette ? Son œuvre trop mésestimée à son époque, est en cours de réédition complète au Nouvel Attila. Vingt minutes de silence, le premier roman, une inquisition en multivision, multiplicité de points de vue et de locuteurs, en changement vif et constant : le regard des coupables potentiels, le fils, la mère, mais aussi de la victime, le père, et des divers protagonistes, la bonne, les voisins, la rumeur publique, la presse, la police, finalement... (Lire l'article)

Aurillac, fin de saison

Le festival de théâtre de rue d'Aurillac s'est achevé le 25 août. Aux manettes depuis 1994, Jean-Marie Songy a annoncé son départ. Une décision sans surprise mais qui laisse un sacré vide. Sous son égide, le festival est à la fois devenu un phénomène de masse et le principal lieu de création du genre. Rien de crépusculaire pour autant dans cette dernière édition. Clins d'œil historiques, projections vers l'avenir, diversité des formes : le directeur sortant a déployé sur l'affiche du festival 2018 l'éventail de ses goûts. (Lire l'article)

Horoscope littéraire de la rentrée

En cette rentrée 2018, la revue délibéré et le service de médecine littéraire qu’elle héberge ont décidé de fournir aux lecteurs exigeants un horoscope digne de ce nom, un horoscope littéraire pour commencer d’un pied serein et assuré l’année, des livres plein les poches. Douze signes astrologiques, douze livres recommandés, tous choisis au sein de la pléthorique rentrée littéraire 2018. Car il ne s’agit pas de lire n’importe quoi, il s’agit de lire ce qui vous convient : le capricorne n’a pas les mêmes besoins de lecture que le lion, le sagittaire que la balance, cela tombe sous le sens mais cela, trop souvent, on l'oublie. (Lire l'horoscope complet)

Cent experts pour un marchand et une oreille de faussaire (1)

Judith et Holopherne, huile sur toile

Le musée Jacquemart-André à Paris expose à partir du 17 septembre dix toiles du Caravage. L'occasion de revenir sur la découverte en 2014 d'une toile attribuée au maître dans un grenier toulousain (et sur sa valeur estimée : 120 millions d'euros). Un tableau certifié “authentique” par une armada d'experts qui partira dans quelques mois pour une vente publique à l’étranger si l’État français, qui a déclaré l’œuvre “Trésor national”, ne fait valoir son droit de préemption. Dans ce monde de certificateurs et d’élégance où seul l’argent annonce clairement la couleur, comment faire la part de la réalité et de la fiction ? Première partie de réponse : “Les fornications artistiques du génie financier”. (Lire l'article)

Philip

Philip Heying, Étretat (environs)

Ce paysage des environs d'Étretat c'est le cadeau que tu m'as fait, Philip, à ton départ de Paris en 1997 – je devrais écrire à ton retour aux États-Unis. Un paysage qui tient au mur, côtoyant le marchand de balais de Daniel Barraco et le notaire d'August Sander. Je t'ai connu, Philip Heying, en février 1989, lors de ta première exposition chez Agathe Gaillard. Tu montrais des paysages d'Amérique... (Lire l'article)

La place du mort

Aux Rencontres de la photographie d'Arles, deux expositions s'articulent autour d'un convoi funéraire. D'une part, le voyage en train, de New York à Washington, de la dépouille de Bob Kennedy, le 8 juin 1968. Monté à bord, Paul Fusco avait photographié ceux et celles qui ont tenu à lui rendre un dernier hommage le long de la voie ferrée. Autre cortège funèbre, celui transportant les cendres de Fidel Castro de La Havane à Santiago de Cuba, en 2016. Monté dans une voiture, l'Américain Michael Christopher Brown a photographié les Cubains venus saluer le líder máximo armés de pancartes "Yo soy Fidel". Dees morts qui en disent long sur les vivants. (Lire l'article)

Léonie

Léonie, c'est le prénom que je t'ai donné, toi qui avais cessé ton commerce, "l'épicerie générale" sur la place de Monpazier. C'est la photographie de ta maison qui est accrochée sur mon mur et voisine avec une image parente réalisée à la même période, en octobre 1979, par Willy Ronis. Nous avions répondu à une commande publique baptisée 10 photographes pour le Patrimoine. L'histoire de la commande est emblématique d'une politique et d'une époque. (Lire l'article)

L’Autre de l’Arabe mis à nu

Le Désir libertaire. Le surréalisme arabe à Paris. 1973-1975, éditions de L’Asymétrie, 2018

Jetant dans une revue confectionnée à la hâte et avec soin ses poèmes oniriques ou acides, un collectif d’émigrés sans foi ni loi, divines ou politiques, explore les potentialités poétiques de la langue arabe et s’en prend à l’héritage qu’il refuse. Ces auteurs revendiquent pour cela un autre legs, qu’on croyait taillé à la seule mesure d’un Occident traversé par ses propres crises, celui du surréalisme. Poèmes en vers ou en prose, pièces littéraires et contre-points théoriques de cette revue ont été traduits de l’arabe et rassemblés par Abdul Kader El Janabi dans un volume intitulé Le Désir libertaire. Le surréalisme arabe à Paris. 1973-1975, publié aux éditions L’Asymétrie. (Lire l'article)

Michel Butel, mort d’un poète

On annonce la mort de Michel Butel, à l'âge de 77 ans. C'est une très mauvaise nouvelle. La presse perd son dernier poète, et ses amis un type formidable. Il était malade depuis des mois, avait du mal à respirer, mais jusqu'à son dernier souffle il a défendu l'idée que l'on devait faire des journaux comme des œuvres d'art. Il est bien le seul à y être parvenu. Portrait rédigé en 2011 alors que Butel se préparait à lancer son tout dernier journal, L'Impossible, après avoir présenté sa candidature à la direction du Monde. (Lire le portrait)

Les dossiers de la scène : l’affaire Wikileaks

Wikileaks, Bradley/Chelsea Manning, Julian Assange... dans le flux continu de l'information, les mots sont à la fois familiers et flous. C'était quand déjà ? Et Julian Assange, qu'est-ce qu'il devient ? Au fait, pourquoi faire une pièce de théâtre avec ça ? Quels fils tirer ? Qui ça peut encore intéresser ? Ça a en tout cas intéressé le metteur en scène Étienne Gaudillère, qui a fait de cette histoire la matière de Pale Blue Dot, son premier spectacle, créé en 2016 et présenté cette année au festival d'Avignon. (Lire l'article)

À la dérive

Quel rapport entre Méduse et Arctique, deux des spectacles donnés en clôture du Festival d’Avignon ? Tous deux relatent des histoires de naufrages en pleine mer, sans pour autant prétendre faire le lien avec l’actualité. Sans doute est-ce mieux ainsi. Reste pourtant un léger malaise : à force de tenir à distance toute référence à la réalité, les deux spectacles donnent le sentiment de tourner sur eux-mêmes, comme s’ils étaient, chacun à sa façon, sourds au monde, seulement préoccupés de leur propre survie. (Lire l'article)

L’aura de Goutelas

Dans les années 1960, une extraordinaire aventure bénévole a permis de rénover ce château Renaissance en ruines. Devenu Centre culturel en pays rural du Forez, il continue sa mission de rencontres et de culture, d'abris de fortune en expositions autour des savoir-faire locaux. Àl'ombre de légendes passées – le roman L'Astrée ou une symphonie de Duke Ellington. Et à l'orée d'un nouvel élan à retrouver, dans l'esprit humaniste de Goutelas. (Lire l'article)

Ivo van Hove, miroirs troubles

Coup de vieux dans la cour du Lycée Saint-Joseph à Avignon. Le metteur en scène Ivo van Hove adapte Vieilles gens et choses qui passent, un roman de Louis Couperus (1863-1923), figure des lettres néerlandaises. Costumes noirs et lumières sombres, l'obscurité règne sur les cœurs et les consciences, comme si le trio de vieillards qui mène cette drôle de danse avait contaminé les générations suivantes, les entraînant avec eux, quel que soit leur âge, aux portes de la mort. Vies malheureuses, gâchées, ralenties, le temps qui passe est du temps qui pèse et l'horloge qui bat au centre de la scène évoque moins le compte à rebours que la malédiction éternelle. (Lire l'article)

La possibilité d’un DeLillo

Encore un marathon organisé par Julien Gosselin, qui s'attaque cette fois à trois des romans majeurs de Don DeLillo. Inégal, moins maîtrisé que son adaptation du roman de Roberto Bolaño 2666, ce spectacle est aussi plus intéressant. C'est que les fils narratifs sont moins faciles à suivre, tant le style de DeLillo, riche en ellipses et surtout en silences suppose des lecteurs qui acceptent de s'égarer en chemin. La scénographie d'Hubert Colas est une boîte fermée – un grand livre au cœur duquel on se retrouve. On en retiendra de grands moments d'humour, de mélancolie, de cruauté, de complexité. (Lire l'article)

Daniel

Tu ne t'appelles certainement pas Daniel, toi le marchand de balais de Mendoza. Daniel c'est ton photographe, que j'ai rencontré chez Agathe Gaillard, l'amie qui tenait la première galerie réservée à la photographie, ouverte à Paris en 1975. Daniel Barraco est né le 23 janvier 1956 à Mendoza, en Argentine. Le premier travail important, qu'il montre en arrivant à Paris, il l'a baptisé Le truc de perdre l'enfance. Il retourne vivre à Mendoza dans les années 2000. Il s’est remis à dessiner et surtout à écrire. Et il est devenu éditeur. (Lire l'article)

Parler vraiment, c’est mettre le monde à l’envers

Dans ses romans comme dans ses récits, Leslie Kaplan place la parole au centre de toute création, au cœur du drame. La parole et son rapport à la Révolution, c’est le sujet de la conférence interrompue que l’autrice a donnée au Centre international de Cerisy-la-Salle en septembre 2017, publiée récemment aux éditions P.O.L sous le titre Mai 68, le chaos peut être un chantier. “L’empêchement de penser est caractéristique du silence d’aujourd’hui”, dit Leslie Kaplan. Dès lors, comment peut-on encore parler et se parler quand la puissance des mots s’épuise dans le contrôle total du sens ? (Lire l'article)

Les oies du Capitole

Au festival Montpellier Danse, entre les mains du chorégraphe israélien Hillel Kogan, les membres du ballet du Capitole de Toulouse ont vécu de drôles d'expériences. Ainsi, personne ne leur avait jamais fait danser La Bayadère à trois. Rapidement fatiguées d'être ridicules, les danseuses préfèrent encore fumer des clopes et parler d'autre chose. Dans cette pièce, intitulée Stars and dust, Hillel Kogan s'amuse beaucoup à questionner, chambouler et démonter les codes du ballet. Et le public rit de bon cœur. (Lire l'article)

 

Ladies and gentlemen and all the others

La lumière éclaire doucement la pièce et une femme apparaît. À moins qu’il ne s’agisse d’un homme ? Les cheveux courts, un large T-shirt et un short tombant au-dessus des genoux, des chaussettes de sport remontées sur les mollets et des baskets, sa démarche affiche une troublante neutralité. Comme un savon que l’on tenterait d’attraper et qui glisserait perpétuellement, la danseuse et chorégraphe d’origine brésilienne Paula Pi semble s’amuser de l’impossibilité de saisir une identité. Au Festival Montpellier Danse, plusieurs autres chorégraphes, ainsi Sorour Darabi et Sylvain Huc, explorent à leur manière la question du genre et de l'identité, retournant et détournant les clichés. (Lire l'article)

Milo Rau ou les vertiges de la tragédie

La Reprise, spectacle du Suisse Milo Rau joué au festival d'Avignon puis repris du 22 septembre au 5 octobre au théâtre de Nanterre-Amandiers dans le cadre du Festival d'Automne, revient sur le meurtre homophobe et raciste d'Ihsane Jarfi. Ce n'est ni une enquête, ni une reconstitution, ni un mausolée à la mémoire de la victime. Ce que met en scène Milo Rau dans tous ses spectacles, c'est moins l'histoire que le rapport à cette histoire. Si l'horreur et le meurtre ne sont pas explicables, on peut du moins tenter de comprendre ce qu'ils éveillent en nous. Regarder la tragédie et non le fait divers, c'est ce qu'il propose ici. Il y a de la tristesse dans ce spectacle. Et de l'intelligence. (Lire l'article)

Jalousie tropicale

Membre fondateur de la Tropicool Company, Florian Viel travaille, à travers de nombreux médiums, sur un thème unique : les tropiques et la manière dont le regard occidental les perçoit. C’est en même temps qu’il lisait La Jalousie (Minuit, 1957) qu’il a conçu la Sculpture pour fenêtre ou sculpture pour observer discrètement la piscine de ses voisins, accompagnée d’une vidéo dans laquelle une voix off lit un extrait du roman d’Alain Robbe-Grillet. Un roman dans lequel il a puisé l’objet qu’allait reproduire la sculpture ainsi que la structure formelle de sa vidéo. Jusqu'au 8 juillet, Florian Viel présente une fresque intitulée Aperçu du sous-bois, dans le cadre de l'exposition "Sous les pavés, les arbres", au café Le Palmier d'Aubervilliers. (Lire l'article)

Feu l’Europe, musée rétrofuturiste au Mucem

Au Mucem, le metteur en scène belge Thomas Bellinck installe son "Domo de Eūropa Historio en Ekzilo" (Maison de l'histoire européenne en exil), une exposition-installation-performance qui nous projette dans un avenir proche. Dans ce musée délaissé et poussiéreux, les visiteurs, en poussant des rideaux en plastique ou des vieilles portes bringuebalantes, retraversent les grandes heures de la construction et de la déconstruction de l'Europe. On passe par la salle des vieux billets (l'euro, autrefois "joyau européen"), on y admire un cendrier à l'effigie d'Angela Merkel, on s'y rafraîchit la mémoire sur les circonstances du retrait de la France en 2022. Une ode à l'euro-scepticisme ? Au contraire... (Lire l'article)

World in Marseille

Eko Supriyanto, Balabala @ Widhi Cahya, Salihara 2016

Un chorégraphe indonésien, Eko Supriyanto, pour démarrer, avec notamment un solo dédié à l'Océan, une danseuse belge, Lisbeth Gruwez, Pénélope en robe noire tournant rageusement face au vent, une ouverture confirmée sur l'Afrique (Serge Aimé Coulibaly, Rokia Taoré...) : sous l'impulsion de son directeur Jan Goossens, le Festival de Marseille est un appel d'air, où l'on trouve de plus en plus de créations. Et qui gagnerait encore si la municipalité décidait de lui octroyer la Vieille Charité, magnifique lieu dominant toute la ville. (Lire l'article)

 

En guerre : corps à corps

Cette entreprise de démolition que mène une élite en sécession, Brizé choisit de nous y projeter comme le ferait un film de guerre au milieu de l’apocalypse. D’en faire le principe de sa dramaturgie, en racontant cette histoire de plan social et de grève syndicale, dans une usine automobile que veut bazarder un groupe allemand, à la manière d’une épopée âpre et amère. Chanson de geste d’aujourd’hui, où l’on ferraille dur pour reconquérir des territoires et franchir des frontières... (Lire l'article)

Ça dégomme à Uzès

Julian Hetzel, performeur, musicien et artiste visuel né en Allemagne, actuellement basé à Utrecht (Pays-Bas) et associé au CAMPO de Gand en Belgique, présente The Automated Sniper, un spectacle qui tire sur tout ce qui ose encore bouger. Dans cette chasse à l'homme, les interprètes vont vite réaliser qu’ils sont des cibles, tandis que deux spectateurs deviennent des tueurs. Un jeu terrible et sacrément bien foutu. (Lire l'article)

Alice

C'était il y trente ans, Alice, tu étais en haut de la pile. Une pile de tirages photographiques un peu jaunis, une pile d'images sans attrait, un lot de brocante que l'homme vulgaire avait posé là au milieu de couverts, d'assiettes et de bibelots. Trente ans, j'ai oublié où était cette brocante, peut-être à la Bastille, peut-être à la campagne. Mais Alice tu es maintenant sur mon mur. Au-dessus de la pile tu ne pouvais rester, à la merci de celui qui pouvait spéculer, rêver faire un bon coup en te fauchant, pour 5 francs. C'est ce que l'homme vulgaire demandait pour me confier que ta photographie sortait des archives de la police belge. (Lire l'article)

Foujita, moderne à Maillol

Un peintre japonais à Paris, ce n’est pas commun en ce début du XXe siècle. D’ailleurs, en homme d’image résolument moderne, Foujita aime se mettre en scène en photos, en autoportraits. À coup sûr, il serait aujourd’hui tout en selfies sur Instagram. C’est lui autant que ses toiles que le musée Maillol à Paris expose jusqu’au 15 juillet, à l’occasion des cinquante ans de sa disparition. Un artiste pluriel, voyageur francophile, dont le talent autant que la personnalité s’épanouissent au contact des Années folles parisiennes. (Lire l'article)

Avengers : Infinity War, memento mori

Voilà un film dont on peut sortir comme sidéré. Non pas soufflé par sa toute-puissance spectaculaire, mais plutôt en état de choc, dans ce tout premier vertige de la courbe du deuil où la mauvaise nouvelle ne nous paraît pas plus réelle encore qu’un rêve. Car si le blockbuster devient ici expérience scénaristique et esthétique, laboratoire d’un “vivre ensemble” de cinéma où cohabitent les styles et les registres des diverses franchises Marvel, il impose surtout une grâce mélancolique et tragique rare dans un tel produit marketé. (Lire l'article)

Annie Le Brun, ou l’art de la résistance

Il reste bien peu de vrais rebelles dans ce monde sans horizon et sans boussole, mais Annie Le Brun en fait assurément partie. Chacun de ses livres est un pavé dans la mare de la crétinisation ambiante, et son tout dernier, Ce qui n’a pas de prix (Stock), est à ce titre une lecture particulièrement jubilatoire, un manifeste contre l’enlaidissement du monde qui sévit depuis les années 90 et résulte de la collusion de l’art et de l’argent orchestrée en particulier par les industries du luxe. Cet “art des vainqueurs” se nourrit en effet de sidération, de gigantisme et de vide esthétique et, face à ce matraquage, il est urgent de réagir, affirme l’auteur... (Lire l'article)

La Révolution végétale pour les jours d’après : “tous des lichens ?”

Sommes-nous tous des lichens ? Des peupliers faux-trembles ? Des pissenlits ? La réponse dans la revue Critique, dont le numéro du mois de mars 2018 est joliment intitulé : “Révolution végétale”. Car, cette semaine, le Dr Peyrebonne vous recommande de lire, certes, mais surtout de lire vert. Si, un matin, vous vous réveillez en un endroit qui vous paraît inhospitalier (la France d’aujourd’hui par exemple) et que vous avez du vague à l’âme, n’oubliez pas : les plantes sont là, à portée de main et d’arrosoir, qui, peut-être, un jour, allez savoir, pourraient vous sauver la vie. (Lire l'article)

Cache toi, objet !

L’Altro Mondo, Rimini, 1967. Architectes : Giorgio Ceretti, Pietro Derossi, Riccardo Rosso. Photographie d’époque, courtesy Pietro Derossi

Regarder Mai 68 du côté du mode de vie, de l'architecture intérieure, du design (même si ce mot n'est pas encore utilisé en France à l'époque), n'est pas anecdotique. “On veut changer toute la vie !” Le designer italien Ettorre Sottsass est tout à fait dans le coup quand il affirme : “Faire du design, ce n’est pas donner forme à un produit plus ou moins stupide pour une industrie plus ou moins luxueuse. Pour moi le design est une façon de débattre de la vie.” Le design, né et systématisé avec la révolution industrielle du XIXe siècle, a été immédiatement placé en responsabilité politique et sociale. Pas étonnant qu'il ait été prêt à faire les barricades. (Lire l'article)

Martin Szekely, la constance de l’essentiel

Le designer français expose “Construction” au Musée des arts décoratifs et de design de Bordeaux, dans les salles de l'ancienne prison. Il a trouvé là le lieu idoine pour faire dialoguer quelque 40 pièces limpides et les pierres brutes des murs. Un éloge de la simplicité des meubles, née d'une complexité technologique équilibriste et invisible, menée avec artisans et petites entreprises. Le minimum face aux excès, le silence loin du vacarme. (Lire l'article)

Johnny Cash dans le texte

L'homme en noir n'est plus depuis quinze ans mais une poignée de musiciens de renom vient de le faire revivre. John Carter Cash, fils de John Cash et June Carter, dévoile une série de poèmes et de lettres écrites par l'auteur de “Folsom Prison Blues”. Ces textes extraits de The Unknown Poems, volume non publié des écrits de Big John, mis en musique et interprétés par plusieurs de ses plus talentueux disciples, forment la matière de Johnny Cash Forever Words, disque de toute beauté. (Lire l'article)

Mondes tsiganes, ombres et lumières

L’exposition Mondes tsiganes, au Musée national de l’histoire de l’immigration, interroge sur l’utilisation de la photographie dans la construction des stéréotypes associés aux populations roms de France et d’ailleurs. Elle permet de comprendre comment la photographie contribue à forger des images figées des Roms dans la monstration insistante de leurs différences avec les non-Roms, mais participe encore à leur assignation à l’unique lieu social qui leur est concédé : celui de la marginalité. (Lire l'article)

Du Lambeau, de Philippe Lançon

Comment trouver l’envie et la force d’écrire lorsque votre corps vous trahit et que l’angoisse vous ronge ? Comment, à l’hôpital, avoir encore l’humour, la poésie, l’élégance et la lucidité que nécessite un travail d’écriture ? Très peu d’auteurs sont parvenus à nous renseigner vraiment sur le monde depuis leur lit de souffrance et d’inquiétude, sous les néons tristes, parmi les infirmières pressées ou empressées. Et bien moins encore ont réussi à faire de cette expérience le catalyseur d’une littérature plus puissante, une littérature des limites. Avec Le Lambeau, Philippe Lançon vient d’entrer dans ce club terrible dont les membres ne se comptent probablement que sur les doigts d’une ou deux mains. (Lire l'article)

Pour une nouvelle architecture

Grand lecteur d’Alain Robbe-Grillet pendant des années, l’architecte Philippe Rahm l’a rencontré en 2006 après lui avoir commandé des textes pour accompagner son installation “Météorologie d’intérieur” (Canadian Centre for Architecture, 2006). Une collaboration fertile, sous la forme d’un exercice de subjectivité que l’écrivain a poursuivi dans la construction son dernier livre, Un roman sentimental.
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Critique au poing

Critique de théâtre à L'Humanité depuis cinquante ans, Jean-Pierre Léonardini publie, chez Les Solitaires intempestifs, Qu'ils crèvent les critiques !, ni une autobiographie, ni un livre de souvenirs, plutôt un inventaire dans le désordre ou un retour d'expérience, sous le signe de l'humour et de l'élégance. Avec une conviction forte : “la critique procède avant tout d’un genre littéraire. On ne doit la juger qu'à cette aune-là.” (Lire l'article)

Pardon ! Revoilà John Prine !

Cela faisait treize années qu'il n'avait rien produit. Et cette longue attente en valait la peine. John Prine, 71 ans, vient de sortir son 24e album, The Tree of Forgiveness, un peu sous le manteau, produit par sa femme et son fils pour la marque familiale Oh Boy Records, label créé au début des années 1980. “Ils sont venus me voir l'été dernier en me disant qu'il était temps de refaire un disque. Ils m'ont mis dans une belle chambre d'hôtel à Nashville, et je me suis retrouvé seul avec quatre guitares et une dizaine de textes à terminer. J'y suis resté dix jours, jusqu'à ce que dix chansons soient en boîte.” Et le résultat est bluffant. (Lire l'article)

À Bagnolet, elle conte, elle conte la banlieue

Si l'effet frontière se dissipait entre Petit Paris et Grand Paris ? Comme à Bagnolet. Si on s'y promenait, dans le sillage de l'association Cités m'étaient contées ? A la Maison du Parc, elle déroule l'exposition La ville à l'épreuve du paysage. 600 photographies prises par des habitants de deux quartiers de la ville représentent leurs lieux de valeur. Magnifiant une banalité regardée et appréciée, entre passé et quotidien, où l'on mate Paris d'en haut. (Lire l'article)

Un œuf de Pâques (tardif)

Quand on a le bonheur de tomber sur un grand vulgarisateur, il ne faut pas bouder son plaisir. Est sorti récemment en français un ouvrage du mathématicien américain Jordan Ellenberg qui devrait faire l’objet d’une ordonnance littéraire à tout élève de l’ENA ou parlementaire, bizuth ou non. Intitulé How not to be wrong en VO, ce livre a été publié en VF sous le titre délicieux et à mon sens bien meilleur L’art de ne pas dire n’importe quoi (un grand bravo à la traductrice, Françoise Bouillot). Sous-titre : ce que le bon sens doit aux mathématiques. (Lire l'article)

Alfred Soyer, photographe

Septembre 1967, c’est décidé, je veux devenir photographe. Fidèle alliée, ma grand-mère Georgette, encourageant l’affirmation de ma vocation, me propose de rendre visite à son frère Paul, qu’elle voit peu. Paul nous reçoit et me donne une petite valise en cuir noir. C’est, me dit-il, la valise qui contient un appareil de ton arrière grand-père Alfred Soyer, le dernier qu’il avait acheté en 1910, deux ans avant son décès. Avec l'appareil, il y a aussi des plaques de verre, des tirages, des albums. Le tout permettant, à travers la reconstitution d'une histoire familiale, un retour aux sources de la photographie. (Lire l'article)

Sœurs de Chaos

Une femme dite folle, ceux qui l'approchent s'accordent à la trouver belle. Elle a une sœur jumelle, une artiste peintre qui porte le même prénom qu'elle, celui de la mère, mais qui vit loin, dans l'Autre Ville. La Folle est détenue depuis dix ans à l'asile, et comme le font les fous, se cogne la tête contre la porte de sa chambre d'hôpital au numéro troublant : 2666. Écrit dans une langue magnifique, Chaos de Mathieu Brosseau est un roman de l'après catastrophe, celle de la perte irrémédiable du sens. (Lire l'article)

Marie Darrieussecq pour Caroline Forêt (*)

Pas une semaine sans qu’une nouvelle et mystérieuse pathologie ne vienne mettre à l’épreuve la sagacité des praticiennes du service de médecine littéraire. Adressée par nos confrères de chirurgie poétique, Madame Caroline Forêt présentait toutes les apparences d’une zoophilite aigue ou amour excessif des animaux. Il a fallu tout le flair du Dr Rabau pour déceler derrière ce symptôme une calymite ou réaction obsessionnelle inflammatoire au voile portée par certaines femmes. Il a été prescrit en première intention Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (P.O.L. 2018) afin de lutter contre l’infection. À l’heure actuelle, la patiente reste hospitalisée et le pronostic est incertain. (Lire l'article)

Simon McBurney et les fantômes de l’Amazonie

À l'étiquette de metteur en scène, Simon McBurney a toujours préféré celle de “conteur”. À l'Odéon, seul en scène, il adapte Amazon Beaming, récit halluciné d'un photographe américain égaré dans la jungle. C'est bien au chevet des spectateurs que se place McBurney tout au long d'une soirée où sa voix berce, surprend, fascine, et où, bien plus que les images et les lumières, les sons ouvrent les portes de l'imaginaire. (Lire l'article)

Topologie d’un imaginaire

Les artistes Pia Rondé et Fabien Saleil reviennent sur leur expo “Cité-Fantôme” et plus généralement sur leurs méthodes de travail et leurs sources d'inspiration. Le titre de l'expo était emprunté au roman Topologie d’une cité fantôme d’Alain Robbe-Grillet. La proposition d’une déambulation labyrinthique dans l’exposition, son érotisme latent et le vocabulaire géométrique dont est parcouru le discours des artistes ont invité à la regarder avec eux sous un prisme robbe-grilletien. (Lire l'article)

Bettye LaVette change Dylan

Avec Things have changed, Bettye LaVette vient de frapper un bon coup en caressant douze titres de Bob Dylan de la plus belle des façons. Interpréter du Dylan n'est pas donné à tout le monde mais la chanteuse est justement une pure interprète qui n'écrit pas ses chansons mais redonne une nouvelle vie à celles des autres. Née Betty Jo Haskins à Muskegon dans le Michigan, cette fille de commerçants en alcool a eu la chance de voir défiler dans le salon familial des artistes qui vous donnent la chair de poule... (Lire l'article)

Le Bruit du monde pour Madame Bovary

Madame Bovary existe, elle est venue nous consulter. Malheureuse dans sa vie étriquée de petite bourgeoise de province bien sous tous rapports, elle a des rêves et des envies. Elle s’ennuie dans son malheur qu’elle cultive pourtant avec tant de soin. Madame Bovary souffre d’une carence en courage qui touche au Nord de la Loire autant de femmes que celle en vitamine D. Nous lui recommandons la lecture du dernier roman de Stéphanie Chaillou, Le Bruit du monde. Elle y trouvera une héroïne qui comme elle subit une existence qui l’empêche de vivre réellement. Elle y trouvera surtout une dose de courage pour changer les choses. (Lire l'article)

Pirandello, plein cœur

Championne des spectacles longs, Marie-José Malis récidive au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers qu'elle dirige. Après le Dom Juan de Molière présenté à l'automne (près de cinq heures de représentation), elle étire sur une durée équivalente Vêtir ceux qui sont nus, de Pirandello, au risque de mettre à mal la patience des spectateurs. Sauf que cette fois, le parti pris de la lenteur fonctionne : le calvaire d'Ersilia, l'héroïne de la pièce, est restitué avec une intensité qui questionne et bouleverse. (Lire l'article)

Joan Baez, une voix pour un au revoir

Une voix, un combat, un cœur... Et soixante ans de carrière. En fait, tout le monde connaît Joan Baez. Et si, après Paul Simon et Elton John, elle vient de décider de mettre un terme à ses longues tournées, la diva du folk n'a pas dit son dernier mot. "J’arrête les tournées mais pas la scène", déclarait-elle dans une récente interview. À 77 ans, la chanteuse qui partageait la scène avec le jeune Dylan au début des années soixante présente un nouveau disque studio, Whistle down the wind, album de reprises qu'elle va promouvoir dans sa tournée d'adieu. (Lire l'article)

Ettore Sottsass, émaux, émois

Le maestro italien a créé à toutes les échelles, entre art et design, pour “parler de la vie”. À l'Institut cultuel italien à Paris, on peut découvrir Smalti, ses joyaux assez méconnus en émail, de 1958, présentés par les collectionneurs Fulvio et Napoleone Ferrari. Des petits totems qui nous émeuvent comme des grands. Pour poursuivre la conversation avec Sottsass, ce parleur. Qui est aussi présent à la biennale d'architecture d'Orléans, avec sa série d'armoires Superbox et ses photographies de désert. (Lire l'article)

Grandeurs et Misères de l’hugologie

Victor Hugo étant (fort légitimement) hissé chaque année un peu plus haut au firmament des saints républicains, toute nouvelle édition des Misérables, son œuvre-phare, prend un air d’événement. Ce fut encore le cas le mois dernier avec la parution d’une deuxième édition de ce roman en Pléiade, établie par Henri Scepi. Les exégètes continuent donc de se presser autour de la bible hugolienne avec une science et un respect accrus. Et cet événement dépasse de loin le seul domaine littéraire puisque c’est une partie de l’âme de la France qui passe ainsi sous le scalpel, à un moment où la France ne sait plus très bien où elle en est, de son âme. (Lire l'article)

Jérôme Baschet pour un gouvernement victime d’hyperactivisme frénétique et d’étouffement présentiste

Parce qu’une “sortie du présentisme” est possible, parce que “sortir du présentisme, c’est aussi et avant tout rouvrir le futur”, nous recommandons l’ingurgitation par tous les adhérents à La République en Marche ainsi qu’à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, s’y sont frottés, l’ingestion complète de l'ouvrage de Jérôme Baschet, Défaire la tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits, qui, nous l’espérons, pourra percer une brèche, fût-elle modeste, fût-elle lointaine, dans notre avenir un peu bouché. (Lire l'article)

Le Labyrinthe 3 : lost generation ?

Dans quel labyrinthe de cauchemar sont donc perdus les ados d’aujourd’hui ? Le troisième épisode de la dernière franchise du blockbuster teeanager vient apporter une pierre de plus à l’édifice construit par Hunger Games et Divergente : de la SF apocalyptique et dystopique, où de prétendus adultes responsables exercent le pouvoir en soumettant leurs cadets à des expériences de savants fous ou des jeux de grands pervers. Paysages de destruction et de désolation, armées de zombies ou de miséreux : le public erre dans le labyrinthe à la rencontre de tous les mauvais rêves projetés sur grand écran depuis le début des années 2000. (Lire l'article)

Flore de ballast : Maria Thereza Alves et la botanique de la colonisation

Depuis 1999, l’artiste brésilienne Maria Thereza Alves investit des villes portuaires qui furent des points cruciaux de la cartographie coloniale — Marseille, Liverpool, Dunkerque, Bristol — et observe comment les échanges coloniaux furent doublés d’une circulation de semences végétales. On connaît l’histoire migratoire de certains fruits et légumes — on sait la pomme de terre ou la tomate fameusement introduites en Europe à la fin du XVIe siècle. Maria Thereza Alves s’intéresse au contraire à des plantes dont la circulation fut accidentelle et souvent inaperçue : la flore de ballast. (Lire l'article)

Massacre des innocents pour le Président de la République

Grâce à son sang froid et à son flair médical, le docteur Rabau a pu diagnostiquer et prendre en charge M. Macon, président de la République, bien connu au service de Médecine littéraire, alors qu’il traversait un épisode aigu de diabète politique sucré. Après une intervention en urgence au palais de l’Élysée, le patient a été admis au service de Médecine littéraire et un traitement de fond a été mis en place avec la prescription du Massacre des Innocents de Marc Biancarelli (Actes Sud, 2018). Les résultats sont encourageants et l’acidité du patient a pu être révélée. La vigilance et des soins réguliers restent toutefois nécessaires. (Lire l'article)

Le porno en audio

Signe des temps, le X s’écoute désormais. Avec la fiction tout en sons Chambre 206, coproduite par Audible, l’artiste Olympe de G. donne à entendre un moment torride dans une très belle réalisation. Cinq minutes d'une scène particulièrement hot, sans les hashtags traditionnels de l’industrie du porn, sans les injonctions et les exercices obligés dont les pornhubs font leur gras. (Lire l'article)

Paysages de danse à Liège

Pour sa 7e édition, le festival Pays de danses proposé par le Théâtre de Liège (Belgique) éclaire plein feux l’Afrique du Sud post apartheid. La manifestation collabore pour cette occasion avec les centres culturels voisins et n’oublie pas les créations de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une opportunité pour visiter le nouveau théâtre (si ce n’est déjà fait) inauguré en 2013, une merveille architecturale en plein centre ville. Au programme du festival notamment : Essensure, de la compagnie Be Fries, un trio en devenir. (Lire l'article)

François Chaignaud, furieusement Orlando

Artiste associé à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, François Chaignaud accompagné par le metteur en scène et arrangeur Nino Laisné et quatre musiciens baroques, nous plonge dans une danse populaire et savante. Romances inciertos : un autre Orlando, plus qu’une prouesse physique et technique, est un voyage au pays de la métamorphose et du travestissement. En bonne compagnie, notamment avec Federico García Lorca. Cette pièce est un bouillonnement, un venin, une insurrection, une gâterie... (Lire l'article)

Dans la cuisine de Macbeth

Dans sa mise en scène de la pièce de Shakespeare, Stéphane Braunschweig imagine de faire lire à Lady Macbeth dans sa cuisine la lettre où son époux lui annonce la prédiction des sorcières  – “Salut, Macbeth, toi qui plus tard seras roi !" – et où commence à se concocter le régicide. Les monumentales parois de faïence nue renvoient aussi à la morgue et à la folie. Cet espace presque vide se remplit par moments mais les accessoires du pouvoir, lustres, dorures ou fauteuils, fonctionnent alors comme des illusions d'optique. (Lire l'article)

Beth Hart et Joe Bonamassa, un “Black Coffee” de qualité

Revoilà Beth Hart et Joe Bonamassa dans Black Coffee, une production prolifique et énergique qui livre un blues de choix puisé dans l'American Songbook. La chanteuse californienne a déjà montré tout le talent qui l'habite. Mais à chaque fois que Joe Bonamassa vient l'accompagner, cette voix inimitable s'en retrouve transcendée, comme si le guitariste virtuose sacrifiait le devant de la scène pour mieux servir le feeling exceptionnel de Beth. (Lire l'article)

Don Quichotte, roman picard

Le coup du manuscrit retrouvé au fond d'une malle marche toujours. En l'occurrence, le scénario inédit – et improbable – d'un film sur don Quichotte que Métilde Weyergans et Samuel Hercule assurent avoir déniché dans un vide-grenier alors qu'ils étaient en panne d'inspiration pour un nouveau projet. De ce scénario, ils ont fait un film qui est au cœur d'un spectacle étonnant intitulé Dans la peau de don Quichotte, construit autour d'une fable simple mais pas simpliste, volontairement artisanal et bien loin de l'asepsie des images numériques. (Lire l'article)

Quo vadis, Nicanor ?

Nicanor Parra vient de nous quitter. En 103 ans de vie, il aura eu le temps d’être mathématicien et physicien, d’appartenir à une illustre famille d’artistes qui compte aussi parmi ses rangs la chanteuse folklorique Violeta Parra, sœur cadette de Nicanor, mais, surtout, d’être un énorme poète, ou plutôt anti-poète, ainsi qu’il aimait se définir. (Lire l'article)

Éparse pour Nadine Morano

“Eparse” de Lisa Balavoine, J.C.Lattès, 2018. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne

En ce début d’année 2018, le service de médecine littéraire rouvre ses portes après quelques mois d’inactivité, et force est de constater que le cas de celle qui a été notre première patiente est loin d’être réglé. Morano, c’est du lourd, de l’épais, du sérieux. N’empêche, nous n’avons pas vocation à ne soigner que les petits bobos, la médecine de confort n’est pas forcément à dénigrer mais les pathologies lourdes exigent toute notre attention. Nous avons donc décidé de reprendre le cas de cette patiente bien connue de nos lecteurs. (Lire l'article)

Au fond du trou, l’Europe

1993, le spectacle que met en scène Julien Gosselin avec des acteurs tout juste sortis de l'École du Théâtre national de Strasbourg, interroge les racines d'un malaise européen, à partir de deux symboles de la construction européenne dans les années 1990 : le tunnel sous la Manche, l'accélérateur de particules conçu par le CERN à la frontière franco-suisse. Signé Aurélien Bellanger, le texte du spectacle reprend aussi aussi plusieurs extraits de La Fin de l'histoire et le dernier homme, l'essai polémique de Francis Fukuyama. (Lire l'article)

2018 en séries

De toutes les addictions qui nous minent, celle aux séries TV est sans doute la plus bénigne. Elle peut même être bénéfique quand ces séries nous embarquent vers le côté face de décors dont nous n’aurions même pas songé à explorer le côté pile. Si le contour des nouveautés 2018 reste un peu nébuleux, on peut déjà recommander les prochaines saisons de séries qui ont fait leur preuves tant par leurs qualités que leur capacité d'accoutumance. (Lire l'article)

People are strange

Avec la réédition de l'ouvrage Des gens bizarres, les éditions Cornélius proposent un véritable livre d'art, servi par une édition très soignée, qui nous plonge dans l'univers expressionniste et très particulier de Nicolas de Crécy. Ses personnages sont autant de fenêtres ouvertes vers les différentes autres productions de l'auteur, et une manière originale d'entrer dans son œuvre. (Lire l'article)

Jonathan Capdevielle en construction

Au Festival d'automne, Jonathan Capdevielle a présenté deux spectacles. Après À nous deux maintenant, adaptation du roman de Georges Bernanos Un crime, l'acteur-danseur-chanteur-metteur en scène reprend au Théâtre du Rond-Point à Paris Adishatz/Adieu, un solo créé en 2009. Une heure étonnante, où l'interprète retourne en adolescence pour convoquer sur scène les voix et les fantômes de plusieurs de ses proches et raconter un pan de son histoire. (Lire l'article)

Thomas Bernhard, version réduite

Clown lettré, intello au physique de gardien de but, Nicolas Bouchaud a un don de connivence, une façon d'interpeller les spectateurs qui met aussitôt en confiance. Toutes qualités présentes dans son adaptation de Maîtres anciens. Il a le coffre et la tête pour interpréter les monstres chers à Thomas Bernhard. Quelque chose pourtant ne fonctionne pas tout à fait, qui tient à la structure de l'original... (Lire l'article)

L’Amérique m’inquiète

L’Amérique m’inquiète est le joli titre d’un recueil de chroniques que Jean-Paul Dubois écrivit pour L’Obs dans les années 90. Mais cette Amérique, on la connaît mal. Deux films américains actuellement sur les écrans permettent de mieux sonder ces abysses, pour autant qu’on les regarde comme des métaphores. Deux films qui n’avaient probablement pas pour projet initial de radiographier l’Amérique : Logan Lucky, de Steven Soderbergh, et Le Musée des merveilles, de Todd Haynes. (Lire l'article)

Quand Bruce Lee était un petit con

Sorti aux États-Unis, Birth of the Dragon, de l’Américain George Nolfi, se construit autour d’un axe inattendu : diluer une image peu flatteuse du champion en arts martiaux. Un postulat étrange pour un film qui se pose en biopic de la star. Bruce Lee y est présenté comme un petit con arrogant, qui enseigne “l’art de botter des culs”. On est loin du néo-philosophe citant Confucius en faisant des pompes sur deux doigts... (Lire l'article)

Constance Guisset, le tourbillon de la vie

En dix ans, Constance Guisset a déjà créé un ensemble impressionnant d'objets volants ou en mouvement, de la lampe Vertigo aux tables Ankara. Elle a scénographié les ballets d'Angelin Preljocaj et nombre d'expositions. Si cette designer n'impose pas un florilège de concepts, ou de références théoriques, elle raconte un design du côté du merveilleux. Le musée des Arts décoratifs de Paris lui consacre une exposition, aussi dense que facétieuse. (Lire l'article)

L’adieu aux FARC

Si la révolution n'est pas un dîner de gala, elle peut être une pièce de musée. En Colombie, l'un des principaux campements des FARC a été transformé par l'armée, après les accords de paix, en lieu de mémoire. Des soldats y jouent le rôle des guérilleros, d'autres celui des otages. C'est le point de départ de La Despedida, le spectacle de Rolf et Heidi Abderhalden, fondateurs du Mapa Teatro de Bogota, qui clôt une trilogie consacrée à la violence dans leur pays. (Lire l'article)

Dom Juan ou l’éloge de la lenteur

Marie-José Malis présente au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers un Dom Juan de Molière qui dure près de cinq heures sans entracte. Drôle d'idée que de ralentir à ce point les choses, comme si des vérités nouvelles devaient en surgir. Elle en est coutumière. La dilatation du temps fonctionnait bien dans Le Prince de Hombourg, qu'elle a monté en 2009 : la dimension somnambulique de la pièce et de son personnage principal s'y prêtaient. Pari réussi encore avec On ne sait comment de Pirandello, en 2011, traitée à la façon d'un cauchemar philosophique. Mais cela ne fonctionne pas à tous les coups... (Lire l'article)

Aboiements d’en France

Jusque dans vos bras, nouvelle création des Chiens de Navarre, reprend des procédés chers au collectif, à commencer par une construction au fil de saynètes ou de numéros où les situations de départ (souvent une réunion amicale ou de famille) dégénèrent. C'est d'abord un enterrement très officiel qui se termine en pugilat sanglant autour du cadavre renversé. C'est ensuite un déjeuner sur l'herbe entre trentenaires parisiens qui vire au déballage abject – racisme, homophobie – dans une surenchère outrancière pas du tout rassurante. (Lire l'article)

Les “Singer Notes” de Mel Bochner

Il y a presque cinquante ans, Mel Bochner entrait en résidence au Singer Central Research Laboratory, dit Singer Lab. Il y avait candidaté avec un projet intitulé Numerical Photographic Translation : il voulait traduire photographiquement une configuration numérique, c’est-à-dire, littéralement, produire une image digitale. Les ressources du Singer Lab. devaient l’y aider. Mais, quelque temps après, les ingénieurs du laboratoire conclurent que les technologies n’étaient pas assez avancées et Bochner dut renoncer au projet. La résidence se changea en une conversation sans but précis et Bochner décida que les notes prises par les participants à ces échanges en seraient le seul résultat. Ces Singer Notes sont aujourd'hui exposées à la galerie mfc michèle didier. (Lire l'article)

Orléans, un désir d’architecture

La première biennale d'architecture animée par Abdelkader Damani, nouveau directeur du Frac Centre-Val de Loire, propose de “Marcher dans le rêve d'un autre”. En s'appuyant sur les visions de trois architectes, Guy Rottier, Demas Nwoko et surtout Patrick Bouchain. En invitant 70 concepteurs dans la ville et la région. Pour réinventer une manifestation, déjà riche d'une collection de projets expérimentaux, vers plus de proximité, et avec flamme. (Lire l'article)

Irving Penn à l’œil nu

Voici Irving Penn (1917-2009) consacré en France à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance. Le Grand Palais lui consacre à Paris une exposition. L'occasion d'un retour sur une riche histoire qui débute à l’âge de 21 ans, quand Penn acquiert son premier Rolleiflex – appareil crucial à l’instar du Leica apparu sensiblement au même moment, vers la fin des années 20. Ce choix d’outil est un indice pour la compréhension de l’écriture d’un maître à la fois classique et singulier. (Lire l'article)

Nathalie Béasse en forêt habitée

Ils sont quatre qui tirent les ficelles aux quatre coins d'une immense bâche noire, comme s'ils jouaient à y faire rebondir un pantin qui n'existe pas. Cette longue séquence, qui ouvre Le bruit des arbres qui tombent, le spectacle que Nathalie Béasse présente au théâtre de la Bastille, est la première d'une série d'images énigmatiques dont le sens importe moins que la sensation qu'elles provoquent, chez les spectateurs comme chez les acteurs. (Lire l'article)

“On n’est pas couché” dehors…

Prie-Dieu, La Mergez et Amédée, sont des clochards établis sur les quais de Seine, jusqu’au jour où ce dernier apprend qu’il est l’héritier de sa tante Adélaïde, qui lui lègue son pavillon en banlieue. Mais il ne pourra occuper ce domicile fixe que s’il prend en charge son neveu Nicolas, un jeune trisomique fasciné par Gagarine et les étoiles. Les fugues de Nicolas ou les frasques des amis plus ou moins honnêtes des SDF seront les moteurs d’une odyssée citadine où s’accumulent les rencontres de personnages hauts en couleur, sans jamais tomber ni dans le pathos larmoyant ni dans la glorification idéalisée de la marginalité. (Lire l'article)

La chasse aux ballerines

Comme chaque vendredi, nous nous rendons au marché place de la mairie. À la recherche d’une paire de chaussures pas trop chères et souples, nous avisons des ballerines à 5 euros. Alors que nous essayons le modèle très chou aux couleurs d’un gâteau à la pistache et à la fraise, une mère de famille nous prévient : “Oh ! Non, c’est complètement démodé et en plus, vous risquez de recevoir des tomates, des œufs ou tout autre chose.” Stupeur. Comment ces charmants chaussons conçus à Londres en 1932 par Jacob Bloch pour améliorer le confort des danseuses et si élégamment portés par Audrey Hepburn ou Brigitte Bardot ont-ils pu devenir une cible à abattre? (Lire l'article)

R.I.P. Tom Petty, humblement vôtre

1979 : lorsque l'album Damn the Torpedoes sort en France, Tom Petty, rocker sudiste américain, est encore un illustre inconnu dans les bacs des disquaires de l'époque. 2017 : Petty, 66 ans, fêtait son quarantième anniversaire de carrière et venait  de terminer une tournée marathon de 53 dates en moins de six mois. Victime d'une crise cardiaque, il s'est éteint à l'hôpital de Santa Monica en Californie. Keep on rocking Tom ! (Lire l'article)

Dunkerque : profondeurs du champ de bataille

À l’heure où l’usine à rêves se confronte aux limites de son hyper-puissance spectaculaire – synthèse, 3D & franchises de super héros comme autant de bulles spéculatives prêtes d’imploser –, certains préfèrent nous proposer de nouvelles expériences mentales. Des dispositifs de montage en réalité, narrations décalées, entrecroisées, retournées, qui déjouent nos réflexes de publics contemporains. Dunkerque de Christopher Nolan en est un bon exemple. Sur le fond, en revanche, pas grand chose de neuf, sinon le sempiternel refrain patriotique sur le beau courage sacrificiel des uns et des autres... (Lire l'article)

On a gagné !

Tous les soirs, une bonne cinquantaine de supporters du RC Lens mettent une sacrée ambiance au Théâtre national de la Colline à Paris. Banderoles, écharpes, maillots, tambours et trompettes, rien ne manque, pas même Chti Lens, la mascotte officielle du club avec sa tête de chien à longues oreilles. Cette irruption du foot au cœur du théâtre, qui plus est sous l'égide du Festival d'Automne, peut surprendre, tant les publics des deux disciplines semblent a priori éloignés. Dans son spectacle, intitulé Stadium, le metteur en scène Mohamed El Khatib prend des risques. Et réussit son pari. (Lire l'article)

Le menuet des sens

La 17e édition du festival Actoral (arts et écritures contemporaines) fondé par Hubert Colas s’est ouverte le mardi 26 septembre au Théâtre du Gymnase à Marseille avec une création lumineuse, rigoureuse et emblématique de ce pourquoi le festival existe : faire parler les corps avec et sans les mots. Interprété par trois danseurs et une comédienne, Ensemble Ensemble de Vincent Thomasset, spectacle total et euphorisant sera repris en octobre au Théâtre de la Bastille à Paris, dans le cadre du Festival d'Automne. (Lire l'article)

Essais transformés à l’ENSATT

Ils ont entre 20 et 25 ans, charmants ils affrontent pour la première fois le plateau et le public à l’ENSATT (École nationale supérieur de arts et techniques du théâtre) de Lyon. À l’aube de leur troisième et dernière année d’études des techniques et arts du théâtre, les étudiants ont l’air plutôt sûrs d’eux mais sans insolence. Ce qui rassure car on ne sait ce que l’on va découvrir en quatre fois 25 minutes. Disons-le de suite, la 77promotion placée sous la responsabilité de Joël Pommerat est de bon augure pour l’avenir du théâtre. (Lire l'article)

Tania Bruguera dans le cercle de l’enfer

Pour assister à Fin de partie de Beckett dans la mise en scène de Tania Bruguera, mieux vaut ne pas avoir le vertige. Son spectacle se déroule dans un haut cylindre de toile blanche entouré d'un échafaudage et de plateformes sur plusieurs niveaux où les spectateurs prennent place avant de passer la tête par un des trous percés dans le tissu pour regarder vers le bas. Les spectateurs sont entraînés au sein d'une expérience collective à la lisière entre l'enfermement et la liberté, dans un dispositif qui s'avère être un panoptique "ouvert" : tout le monde est sous le regard de tout le monde. Un spectacle d'une pertinence rare. (Lire l'article)

Massinissa Selmani makes it visible

Blindées de leur complétude, les images de presse affirment un état du monde, une situation significative et immédiatement lisible. En reprenant des images existantes, Massinissa Selmani isole certains détails qui tiraient leur sens d’être intégrés à une scène plus vaste. Ou bien il adjointe des fragments qui menaient jusqu’alors des existences distinctes. Ou encore, il superpose une feuille de calque sur une photographie en retrace certains éléments avec un léger décalé. Massinissa Selmani donne à voir ce que les affirmations des images complètes occultent : l’absurdité d’un geste, le désœuvrement, le bizarre. (Lire l'article)

Saint Phalle, “Belles” et rebelles

De Niki de Saint Phalle, on connaît d'abord les Nanas, ces sculptures représentant des femmes dansantes et généreuses. Surreprésentées sur des réseaux sociaux avides d’images colorées, elles ont joui d’un nouveau moment de gloire lors de l'exposition de 2014 au Grand Palais. Jusqu’au 21 octobre, la galerie parisienne Vallois, propose « Belles ! Belles ! Belles ! Les femmes de Niki de Saint Phalle », une exposition qui va au-delà des œuvres emblématiques et offre un regard décalé sur l'artiste franco-américaine. (Lire l'article)

 

La leçon de danse de Jérôme Bel à l’Opéra de Lyon

Une pièce de William Forsythe, une autre de Trisha Brown et une création de son cru : le chorégraphe Jérôme Bel revisite avec le Ballet de Lyon un pan de l'histoire de la danse contemporaine. "Le public aura au moins deux magnifiques pièces à voir" avait-il prévenu. C'est vrai : sa création, qui met en exergue des motifs, des attitudes typiques du vocabulaire classique afin de les vider de leurs élans romantiques, est pour le moins déconcertante. Pour les spectateurs, comme pour les danseurs... (Lire l'article)

Lapi-not dead at all

Après avoir été laissé pour mort dans le dernier album de la série des “Formidables aventures de Lapinot”, le héros éponyme de Lewis Trondheim est à présent ressuscité, pour le plus grand bonheur de ses fans. Ce n'est pas seulement le célèbre lapin que nous avons le plaisir de retrouver mais aussi ses amis, l'immature Richard, Titi ou Pierrot, dans une histoire où le fantastique se mêle à une lecture de notre société contemporaine et de ses dérives, qu'il s'agisse du terrorisme ou des sites de rencontre pour célibataires. C'est surtout l'occasion de découvrir, pour ceux qui ne le connaîtraient pas déjà, un des plus grand auteurs de la BD française contemporaine. (Lire l'article)

Pour être moins seul·e·s dans le bourbier

De nos jours, les femmes bossent, les hommes aussi, ou ils chôment mais provisoirement, les logis sont petits, les humains sont mobiles par choix ou par implication professionnelle subie, et, éloignés, les vieux parents trinquent. Ils n’ont pas même, du moins en France, le droit de choisir de mourir dignement. Si ce fardeau prévisible vous échoit, vous trouverez réconfort et idées concrètes pour tenir, dans deux ouvrages parus récemment. (Lire l'article)

Les animaux politiques

Les réflexions politiques utilisent souvent les figures animalières, qu'il s'agisse de fables ou de récits utopiques, afin de porter un regard différent sur les sociétés humaines. Parce qu'il reste naturel, l'animal peut être considéré comme un modèle de l'homme dans son état originel, avant qu'il ne soit corrompu par les pratiques ou les passions sociales, ce qui en fait le symbole d'une nature non pervertie. Mettant souvent en scène des animaux, la BD cherche aussi par ce biais à mener une lecture critique de la politique, se plaçant ainsi au coeur d'une tradition qui remonte à l'Antiquité. (Lire l'article)

Aurillac, en corps, en corps

Le maire d'Aurillac, avait à peine terminé son discours par une invitation à “faire beaucoup l'amour” que dans la foule massée sur la place de l'hôtel de ville des petits groupes commençaient à se déshabiller. C'était mercredi 23 août, pour le lancement du Festival international de théâtre de rue, et le vertige a duré quelques secondes, avant que le théâtre reprenne ses droits. Durant quatre jours, Aurillac a fait la fête et célébré les corps en liberté. (Lire l'article)

Les arts du possible (2)

En constituant des mondes miroirs du nôtre, les BD présentent des univers virtuels qui, sous la forme de métaphores ou de dystopies, mettent en évidence les réalités de notre quotidien ainsi que ses dérives possibles. Elles proposent ainsi une lecture permettant de comprendre que la recherche du bien-être, ou les pratiques les plus consensuelles de nos systèmes sociaux, portent en elles des risques pouvant mettre en danger le fondement même de la vie politique : la liberté. (Lire l'article)

Les arts du possible (1)

Bismarck (ou Gambetta) disait que “la politique est l’art du possible”, or une telle formule pourrait aussi s’appliquer à d’autres arts, comme la bande dessinée. Les deux cherchent à proposer des mondes possibles, c’est-à-dire des univers cohérents qui possèdent toutes les caractéristiques de l’existence. Si elles ne sont pas toujours probables, les réalités parallèles que met en place la BD constituent des extrapolations possibles, permettant de mettre en lumière certains des aspects les plus obscurs de notre monde. (Lire l'article)

Des pleurotes à Frédégonde

Tout l'été à Paris, les Docks, Cité de la mode et du design proposent le festival Ensemble, un rendez-vous amusant et actif. Une sorte de ville en modèle réduit, où l'on peut voir pousser des champignons, tester des architectures éphémères dont une bibliothèque, grignoter des curiosités culinaires. Et admirer d'intrigantes robes de reines françaises, élaborées avec des habitantes de Saint-Denis. (Lire l'article)

Le sens de l’équilibre

En lisière des platanes de l’île Piot, des chapiteaux, petits et grands : c’est la Région Occitanie qui fait son cirque en Avignon et les deux formes dont il est question ici rappellent s’il est nécessaire qu’il ne faut pas confondre tourner rond et tourner en rond : Dad is Dead (Mathieu Ma Fille Foundation) et Un Soir chez Boris (solo de cirque sous yourte d'Olivier Debelhoir et Pierre Déaux), ça continue après Avignon... (Lire l'article)

Une catastrophe bien singulière

La race humaine pourrait s’éteindre dans 20 ou 30 ans. Pas à cause des bouleversements climatiques mais des progrès en intelligence artificielle. Nous approcherions du point où les machines pourraient non seulement se passer de nous mais prendre la planète en main. Ce point a été baptisé “singularité technologique”. Dans un essai accessible et fluide, Jean-Gabriel Ganascia démonte pièce par pièce cette nouvelle grande peur. À la vision affolée de la Silicon Valley et à sa culture nourrie de mirages grandioses, il oppose un humanisme serein, rationnel et éclairé. (Lire l'article)

Sarajevo, Athènes, vite fait

Impossible de reprocher à la compagnie Birgit Ensemble un manque d'ambition. Les deux spectacles présentés à Avignon, Memories of Sarajevo et Dans les ruines d'Athènes constituent les deux derniers volets d'une tétralogie intitulée Europe, mon amour. Le deuxième est plus abouti que le premier, mais le propos, dans les deux cas, souffre d'un manichéisme bien intentionné. (Lire l'article)

Bordeaux, les couleurs se font la belle

Dans l'annexe du musée des Arts décoratifs et du design, une ancienne prison, l'exposition « Oh couleurs ! » donne forme aux objets de design, dans une succession d'effets, réels ou subjectifs. Des grands applats verts, rouges, jaunes, bleus, francs et jouissifs, du designer scénographe Pierre Charpin, aux objets irisés dont les teintes s'échappent, telles des bulles de savon. Une joyeuse palette de d'observations et de sensations. (Lire l'article)

Tiago Rodrigues, silence, on souffle

À partir de sa rencontre avec Cristina Vidal, souffleuse depuis près de quarante ans au Teatro nacional de Lisbonne, Tiago Rodrigues imagine un spectacle qui évite les écueils du témoignage nostalgique. Entourée de cinq interprètes, tout de noire vêtue, la souffleuse articule en silence tous les mots sortant de la bouche des autres, comme s'ils n'existaient que grâce à sa présence génératrice. Magique. (Lire l'article)

Castorf dans le miroir de Molière

Frank Castorf, Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Hern de Molière © Just Loomis

Derniers tours de roue pour Frank Castorf à la Volksbühne de Berlin. Dans ce contexte de fin de mandat – ou de fin de règne –, difficile de ne pas rechercher dans ses derniers spectacles une dimension testamentaire, voire crépusculaire. Créé en 2016, Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Molière, laisse en tout cas une large place à l'introspection : c'est sûrement l'une des pièces les plus explicitement intimes jamais montées par le metteur en scène. Et c'est une pièce qui au delà de sa profusion, ne traite que d'un sujet : l'amour du théâtre. (Lire l'article)

Un chariot de ménage qui dit bonjour

Messager, un chariot de ménage de Habitat Sud Atlantic. Un article de Anne-Marie Fèvre

Pour les employés d'entretien d'Habitat Sud Atlantic, les designers de Normal Studio ont créé un chariot de ménage. Une opération menée avec les Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France. Cet « objet de métier », roulant, pratique et élégant comme un beau vélo, est aussi un « Messager » qui redonne grâce aux travailleurs du ménage. Qui ne sont pas rien ! (Lire l'article)

Dioramas, droit de regards

Vue de l’exposition “Dioramas”, Palais de Tokyo. Kent Monkman, Bête noire, 2014. Acrylique sur toile, matériaux divers. Courtesy de l’artiste. Photo Aurélien Mole

L’exposition « Dioramas » au Palais de Tokyo, à Paris, nous convie à un moment passionnant et nous entraîne en territoire inconnu. Tantôt issu de problématiques scientifiques, de nécessités religieuses, ou strictement artistiques, ce dispositif de représentation surprend autant par la pluralité de ses sujets que de ses formes. De sorte que la balade proposée aborde des territoires bien plus complexes qu’on ne les imaginait, parfois poétiques, souvent déconcertants. (Lire l'article)

Mont-de-Marsan, terra flamenca

Avec la création il y a 29 ans du festival Arte Flamenco, Mont-de-Marsan est devenue la deuxième patrie du flamenco. C'est pour les artistes un lieu de rendez-vous car ils ne font pas qu’y passer mais sont invités à y séjourner, à participer à des rencontres publiques, à y donner des stages et des master classes. La programmation équilibrée n’oublie rien des maîtres du genre tout en s’ouvrant aux nouveaux talents. Et pas des moindres. La jeune Patricia Guerrero a ébranlé le Café Cantante avec son spectacle Catedral. (Lire l'article)

Le ou la politique ?

Quai d'Orsay © Blain - Lanzac - Dargaud 2010

Parce que la bande dessinée ne laisse pas de côté les réflexions politiques, il est nécessaire de consacrer, pendant l’été, un ensemble de chroniques à ces questions. Si les BD traitant de l’actualité politique ont eu tendance à se multiplier ces dernières années, il faut différencier celles qui ne traitent que de la politique de celles qui permettent de s’interroger de manière plus générale sur ce qui est véritablement en jeu dans le politique, qui s’écarte à plus d’un titre de la vie humaine normale. (Lire l'article)

Montpellier Danse : Actions

Alors que beaucoup s’ingénient à faire des théâtres des lieux de divertissement, Steven Cohen et Antonio Canales ont volé les théâtres pour les transformer respectivement en temple et en café cantante de Séville. Les deux arrachent la scène et ont donné le ton de la 37édition du festival Montpellier Danse. Reprendre les théâtres pour en faire des sanctuaires non pas dédiés à une quelconque puissance divine mais à des rituels personnels. (Lire l'article)

Hélène Delprat, angoisse ludique à la Maison rouge

Hélène Delprat, “Peinture pourrie”, 2014, pigments, acrylique et paillettes argent sur toile, 200 x 295 cm. © ADAGP, Paris 2017. Courtesy Collection Antoine de Galbert

Un couloir argenté, psychédélique avec son chenillard de lumières arc-en-ciel. Une voix qui pourrait être celle de Hal 9000, l’intelligence artificielle badass de 2001 l’Odyssée de l’espace, enjoint, en boucle, à ne pas avoir peur : “C’est l’inconnu qui fait peur.” Il y a des poignées de porte qu’il faudrait peut-être tirer, et au bout du couloir, la voix, forte : celle d’Hélène Delprat, artiste plasticienne, qui investit la Maison rouge à Paris, jusqu’au 17 septembre. (Lire l'article)

Très haut, trop jeunes : Stephanie Sinclair sur le toit de l’Arche

“To Young To Wed - Mariées trop jeunes” Expo photo de Stephanie Sinclair à l'Arche du Photojournalisme

L’Arche du Photojournalisme, vaste espace d’exposition juste sous le toit de la Grande Arche de La Défense, accueille le travail fascinant de Stephanie Sinclair. Cette photographe américaine a passé près de quinze ans à documenter une atrocité silencieuse : les mariages forcés de fillettes, une pratique qui sévit de l’Afghanistan aux États-Unis, du Népal à l’Éthiopie, de l’Inde au Yémen (au total une cinquantaine de pays), et qui touche des milliers d’enfants… chaque jour. (Lire l'article)

Wesh wesh, bande de bolos

Intéressé par la peinture de la vie des jeunes générations et la manière dont ils expriment leurs ressentis, Riad Sattouf propose avec Histoires de mes 11 ans le second volume de sa série Les Cahiers d’Esther. L’auteur y suit la fille d’un couple d’amis, qu’il nomme Esther pour préserver son anonymat, l’écoutant régulièrement faire le récit de sa vie, qu’elle soit scolaire ou familiale, ce qui donne l’occasion de découvrir une vision de l’existence au travers des yeux d’une petite fille, à présent en CM2. (Lire l'article)

Chiharu Shiota, un fil après l’autre

Chiharu Shiota, “Destination” © Bertrand Huet

Artiste travaillant sur la mémoire, sur l’absence, la Japonaise Chiharu Shiota rappelle, à l’occasion de son exposition “Destination” visible à la galerie Daniel Templon (Paris) jusqu’au 22 juillet, que ses embarcations sont avant tout une représentation de la vie en tant que “voyage incertain et merveilleux”. Une barque encerclée d'immenses tissages, source de fascination et de peur. (Lire l'article)

Conjuguer les peurs

Uzès Danse, Centre de Développement chorégraphique, a rallié des hors marges, c’est-à-dire celles et ceux qui font la danse d’aujourd’hui, sans oublier les héritages du passé. Comme Malika Djardi, irrévérencieuse et aimante quand elle danse sur la voix de sa mère. Paula Pi est subjuguante dans son art de brouiller les pistes. Quant à Gaëlle Bourges, elle nous trimballe avec justesse au gré de trois variations avec toute une bande de danseurs et non-danseurs. (Lire l'article)

Credo fide esse veram…

La Cire moderne © Cuvellier et Radiguès - Casterman 2017

Après avoir hérité de son oncle d’un stock de cierges, Manu, accompagné de sa copine Sam et de Jordan, le frère pénible de celle-ci, prennent le volant d’un van afin de les vendre et se faire de la « thune ». Au travers d’un road trip qui les conduit dans différents lieux de culte des provinces françaises, ils vont découvrir un autre monde, celui des religieux et des croyants, aux pratiques de vies très éloignées des leurs. Et ce périple sera aussi spirituel pour Manu : sous la conduite d’un étrange prêtre débonnaire, il va se remettre en question et découvrir la foi. (Lire l'article)

Irak, le monde, hier et demain

Bagdad, la grande évasion !, de Saad Z. Hossain, traduit de l’anglais (Bangladesh) par Jean-François Le Ruyet, Agullo éditions.

En 1258, les Mongols pillent Bagdad, massacrent un million de personnes, détruisent bibliothèques et universités, mettant ainsi fin à l’âge d’or des alchimistes et de la cité qui abritait alors tout le savoir du monde. Les livres, digues de papier trempé dégoulinant d’encre, servent de barrages sur le Tigre et des savants désespérés se jettent dans le fleuve d’une ville transformée en tas de gravats. Bagdad 2004. Les nouveaux Mongols sont américains. Le tas de ruines est le même. (Lire l'article)

Éric Vuillard pour les enragés du réel

Eric Vuillard, L'Ordre du jour, Actes Sud, coll. Un endroit où aller

L’époque est pragmatique. On aime aujourd’hui plus que tout l’efficacité pratique, on veut que les choses soient d’une utilité palpable et évidente. C’est pourquoi on a tendance à vouloir mettre au rancard ce qu’autrefois on arborait fièrement dès qu’on le pouvait : les idées, les théories. Qui maintenant sont perçues comme des pertes de temps : c’est avec le réel qu’il faut interagir, le bon gros réel, celui qui abrite les vrais gens. Le dernier ouvrage d’Éric Vuillard pourrait permettre à certains de ces de ces enragés du réel de retrouver le chemin de la fiction, de ses fulgurances, de ses beautés, de ses vérités cachées sous la surface des faits. (Lire l'article)

Une lecture ’pataphysique de Lucky Luke

Jolly Jumper ne répond plus © Bouzard – Dargaud 2017. Une chronique de Didier Ottaviani

La bande dessinée peu être assimilée à une forme de ’pataphysique, discipline inventée par Alfred Jarry et définie comme “science des solutions imaginaires”, nous invitant à adopter sur les choses un nouveau point de vue et casser nos attentes habituelles. C’est aussi ce que nous propose Bouzard dans Jolly Jumper ne répond plus, en nous faisant découvrir une interprétation hilarante et très personnelle du personnage de Lucky Luke, qui modifiera complètement la vision que vous aviez du Lonesome cowboy. (Lire l'article)

Antonio Sarabia au-dessus du volcan

Antonio Sarabia, La femme de tes rêves, traduit de l'espagnol par René Solis, ed. Anne-Marie-Métailié, 2017

L'écrivain mexicain Antonio Sarabia est mort samedi 3 juin à Lisbonne. Du roman historique au roman noir, en passant par le fantastique, Sarabia aura traversé plusieurs genres sans s’y enfermer. Avec, en toile de fond de plusieurs de ses livres, un volcan. René Solis, qui a traduit en français La Femme de tes rêves, revient sur cette intimité singulière qui lie un traducteur à un écrivain et sur son immersion dans ce qui aura été le dernier livre d'Antonio Sarabia. (Lire l'article)

Coup d’État, mode d’emploi

Docteur Frigo de Éric Ambler, traduit de l’anglais par Éric Diacon, Rivages/Noir. Une chronique de Lionel Besnier

De l’art du coup d’État comme une nécessité. Porté à sa perfection, il n’en porte même plus le nom. Plus magnifique encore, il devient permanent. Éric Ambler, injustement méconnu, est un autre John Le Carré et son Docteur Frigo reçut en son temps le Grand Prix de littérature policière. Soulever un coin de la couverture et faire la connaissance d’El Lobo, du Père Bartolomé ou du commandant Delvert, ne peut pas faire du mal. (Lire l'article)

Kobane calling (to the underworld)…

Kobane Calling, de Zerocalcare, traduit par Brune Seban, éditions Cambourakis. Une chronique de Didier Ottaviani dans délibéré

La situation moyen-orientale peut être envisagée à partir de bien des prismes, et c’est celui des combattants kurdes qu’a choisi le dessinateur italien Zerocalcare dans Kobane calling. Parti à la frontière de la Turquie, de l’Irak et du Kurdistan pour produire ce qu’il définit lui-même comme “un carnet de voyage, pas un traité de sociologie”, il s’inscrit dans la nébuleuse de ces témoignages en BD, qui peuvent prendre des formes extrêmement variées. Avec une différence majeure dans le cas de Zerocalcare : c’est un punk… (Lire l'article)

Chaumont, le graphisme en marchant

Biennale de design graphique à Chaumont © Formes Vives

Sur les traces de l'ancien festival d'affiches, le Signe, nouveau Centre national du graphisme, a lancé sa première biennale de design graphique. Concours de posters internationaux, prospections d'étudiants, prémices de la recherche, ateliers participatifs, débats et médiations animent pendant quatre mois cette manifestation, encore ouverte, qui se réinvente doucement. Pour rendre plus visibles et actifs en France tous les champs très diversifiés de la discipline. (Lire l'article)

Ilotopie, escale à Calais

Ilotopie à Calais: Gens de couleur © Ludovic Fasa

Un labyrinthe qui permet aux enfants d’échapper à leurs parents, des oreilles géantes qui parlent, une salle de spectacle-balançoire, des cages pour humains… pendant cinq jours Ilotopie a occupé la place d’Armes de Calais et des lieux plus inattendus. La compagnie basée à Port-Saint-Louis du Rhône a fêté il y a peu ses trente ans. Et est l’une des rares troupes des arts de la rue qui fonctionne avec un vrai répertoire. Plusieurs des spectacles présentés à Calais ont plus de vingt ans d’âge. Et conservent leur impact perturbateur. (Lire l'article)

David Grann pour la France caméléonique

Le Caméléon, de David Grann (éditions Allia, traduit de l’anglais par Claire Debru). Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne

La dernière mode, la toute dernière tendance ? Le caméléon. Vous vous sentez prêt ? Pas tout à fait ? Il y a encore en vous quelques petites rigidités qui pourraient vous causer grand tort en cette nouvelle France du changement perpétuel ? Alors il va falloir lire. Un tout petit livre qui tient dans la poche de n’importe quelle veste, retournée ou pas : Le caméléon, de David Grann. (Lire l'article)

L’Empire du Milieu contre-attaque

Affiche du film “Journey to the West: The Demons strike back”

Le cinéma chinois va-t-il dévorer Hollywood ? Cela fait en tout cas longtemps qu'il est parti à la conquête du monde. Dès les années 1920, les frères Shaw étendaient leur empire sur toute l'Asie. Journey to the West, The Demons Strike back, blockbuster réalisé par Tsui Hark et présenté dans le cadre du 7e Festival du cinéma chinois en France, raconte la lutte d'un jeune moine contre les démons. Il ne s'agit pas de tuer le mal, mais de le faire revenir au bien. Ce n'est pas gagné... (Lire l'article)

Henriquet ou la confusion des genres

Richard Guérineau, Henriquet. L'homme-reine, Delcourt/Mirages. Critique de Didier Ottaviani dans délibéré

Oui, c’est clair, notre modernité rejoue le XVIe siècle, ce que nous confirme la lecture de Henriquet, l’homme-reine de Richard Guérineau. Après son remarqué Charly 9, d’après celui de Jean Teulé, l’auteur nous plonge dans une peinture d’Henri III qui, déclinée en trois parties, présente les grands moments de son règne, de son couronnement en 1575 à sa mort en 1589. Insistant parfois sur des aspects anecdotiques et ne reculant pas devant les outrances, ce récit ne manquera pas de faire tiquer l’historien sourcilleux qui chercherait là une stricte biographie. (Lire l'article)

Amphitryon, cauchemar à la russe

Amphitryon, mise en scène en russe de Christophe Rauck

L’Amphitryon en version russe que Christophe Rauck met en scène avec les acteurs de l’atelier Piotr Fomenko à Moscou est plus proche de la comédie noire -voire du cauchemar- que de la farce. Les malheurs de Sosie bastonné par Mercure, et d’Amphitryon humilié par Jupiter qui lui pique Alcmène sa légitime, prêtent moins au rire qu’à l’inquiétude et ce qui se joue sur la scène du Théâtre du Nord à Lille, renvoie plus à la lutte des classes (l’arrogance des maîtres de l’Olympe face à l’impuissance des simples mortels) qu’au divertissement carnavalesque. (Lire l'article)

Chambre d’écho

Au cinéma, rien n’est plus ardu que de faire rire en version originale sous-titrée. Parce qu’il est difficile, déjà, de faire rire en traduction. Dans le cas du sous-titrage de film, aux problèmes communs à toute traduction s’ajoutent des contraintes techniques (rythme et concision) et une particularité propre : la confrontation de la traduction (à lire), de la version originale (à entendre) et de l’image (à voir). 
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ForEverGreen

Bienvenue dans la vraie vie de Bernard Foglino

Lorsque Franck Medrano a franchi le seuil du Consortium, douze ans plus tôt, sous l’œil narquois des hôtesses sublimes, le boss a rugi : “Bienvenue dans la vraie vie !”. Tempêtes électroniques, matières premières et krachs. Que le Marché caracole dans l’azur pour le bien-être des masses et ses guerriers en costumes seront les nouveaux apôtres, sympathiques crapules. Que tout s’effondre et ils voleront la vedette en prime time aux violeurs d’enfants. (Lire l'article)

Que déjoue le design ?

Stools of Tools de Guillaume Delvigne. Un article d'Anne-Marie Fèvre sur le festival D’Days

Avec le 17e festival de design parisien D'Days, qui adopte le thème du jeu, on s'attend à des créations dites « ludiques », des fêtes amusantes. Mais aussi à découvrir les nouvelles règles du jeu que cette discipline, à la fois économique et culturelle, en pleine mutation comme la société, met en place. Et que doit « déjouer » le design français et international, des entreprises à l'auto-conception, pour contribuer à une autre vision du monde ? Petit état des lieux au fil de cette manifestation. (Lire l'article)

Fin de campagne électorale : du couvent au bordel

Claudine Brécourt-Villars, Du couvent au bordel (mots du joli monde), La Table Ronde. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne

La campagne des présidentielles est terminée. Elle vous a mis à l'épreuve et, désormais, vous le savez: vous êtes pauvre en jurons. C’est à pleurer, comme si tout le reste ne suffisait pas, voilà que cette fichue période vous a mis le nez devant ce que vous refusiez jusqu’à présent de reconnaître : votre indigence affligeante en terme de grossièretés. Jetez-vous donc, avant les législatives, sur l'ouvrage de Claudine Brécourt-Villars : Du couvent au bordel, mots du joli monde (La Table Ronde). (Lire l'article)

Bror Gunnar Jansson : troublants personnages

Bror Gunnar Jansson, nouvel album, nouvelle tournée

Le jeune bluesman suédois, sorte de réincarnation de John Lee Hooker et de Skip James, est en tournée en France, où sa carrière internationale est née, pour présenter son troisième album, And The Great Unknown Part II. Avec des clins d'œil aux work songs des champs de coton et au son cubano, et des chansons à thèmes politique et écologique. Et une passion intacte pour l'Amérique, réelle et imaginaire,  terre d'amours et de colères. (Lire l'article)

Vieux comme le monde

Dolores Redondo, Une offrande à la tempête, Folio Policier

En Navarre, pilier de l’Église et de forces mythologiques païennes à travers les siècles, dans la vallée de Baztán, une petite fille décède étouffée dans son berceau. Mort subite du nourrisson. La grand-mère pourtant, dans son demi-sommeil, a bien entendu de légers bruits. Dans la chambre, décorée d’une profusion de rubans, de dentelles roses et de fées, se trouve au pied du berceau une peluche répugnante. Le père est arrêté. La mythologie et les légendes basques s’invitent dans  une enquête où le merveilleux, l’indicible et l’horreur côtoient un monde contemporain en peine d’apporter des réponses. (Lire l'a