Les choix de délibéré – 26 nov. 2018

Iwato

Au pied du Sacré-Cœur, la Halle Saint Pierre propose samedi 1er décembre Iwato : une création originale tout en tambour et danse classique japonaise inspirée de la légende de la déesse du soleil Amaterasu. C’est poétique, dépaysant, et constitue une porte d’entrée (ou de sortie) parfaite à l’exposition Art brut japonais II qui se tient jusqu’au 10 mars 2019. Entrée libre, réservations conseillées. Durée 30 minutes. SE

Exposition Art brut japonais II à la Halle Saint-Pierre, 2, rue Ronsard – 75018 Paris, métro Anvers ou Abbesses, jusqu’au 10 mars 2019.
Iwato, de Nori Kaijo (Taïko, tambour japonais)et Yûkô Fujima (Nihon buyô, danse classique japonaise), auditorium de la Halle Saint Pierre, samedi 1er décembre à 17 heures – entrée libre. Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

   

Les Noailles, des mécènes en scène

Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, Charles et Marie-Laure de Noailles, mécènes du XXe siècle, Bernard Chauveau éditionsDe 1923 à 1973, ils ont soutenu et stimulé activement toutes les formes d’art. C’est cette « œuvre » des mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles que reconstituent Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, historiens-chercheurs du Centre d’art Villa Noailles, avec la mise en scène des éditions Bernard Chauveau. Lettres, documents, œuvres et fabuleuses photos se recoupent dans un ouvrage énorme, pour dresser la saga romanesque de ce couple d’aristocrates qui a mis sa fortune au service de l’avant-garde culturelle. Lui, vicomte jardinier perspicace qui aimait « s’amuser avec des gens intelligents et de valeur », elle artiste et écrivain plus radicale, extravagante et « première femme du monde qui ait dit merde », selon Paul Morand. Dans leur villa fada un peu cubiste construite par Robert Mallet Stevens, avec leurs illustres invités – Cocteau, Giacometti, Man Ray, Luis Buñuel, Serge Lifar, Francis Poulenc… et Pierre Clémenti – se construit une scène artistique aux multiples rhizomes, particulièrement surréalistes. Des bals extravagants, expositions, projections, missions ethnographiques, matchs de boxe qu’ils savaient inventer, quitte parfois à choquer ou à être censuré, aux architectures, meubles, jardins, et sculptures avec lesquels ils ont vécu. Ce n’est pas un livre-objet, à simplement étaler sur sa table basse, c’est une suite de textes à savourer pour découvrir nombres de Fantômas dans ces placards modernes. Le plus jubilatoire de cette histoire, c’est que leur Villa continue à vivre, dans un esprit fantasque contemporain, grâce à un nombre d’acteurs amoureux du « noaillisme ». Dont Jean-Pierre Blanc, directeur de cette maison héliotrope qui a initié cet ouvrage. AMF

Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, Charles et Marie-Laure de Noailles, mécènes du XXe siècle, Villa Noailles/Bernard Chauveau éditions, 52 euros.
Villa Noailles, Centre d’art, montée de Noailles, 83400 Hyères (Var), 04 98 08 01 98. 

 

À vue de nez

Chantal Jaquet, Philosophie du kôdô : l'esthétique japonaise des fragrances, VrinLes personnes au nez fin seraient bien avisées de lire le dernier ouvrage de Chantal Jaquet Philosophie du kôdô qui nous fait pénétrer au Japon, dans l’univers quelque peu mystérieux, pour nous autres européens, des fragrances rares et précieuses. Le kôdô est à la fois un art, celui des parfums, une pratique et une éthique : c’est au fond une philosophie. L’intérêt de ce livre, en dehors – et ce n’est pas rien – de ce qu’il nous apprend de la culture nippone, est de nous amener à réinterroger à la fois ce que nous appelons un art et les raisons qui ont conduit notre culture à chasser des beaux-arts le nez, le palais et le toucher pour ne conserver que les sens dits nobles que sont la vue et l’ouïe. Le lecteur découvrira ainsi qu’un parfum s’écoute. Il apprendra aussi que les fragrances sont à l’image de notre monde où tout n’est que passage. Les parfums s’envolent, comme le reste. GP

Chantal Jaquet, Philosophie du kôdô : l’esthétique japonaise des fragrances, Vrin, 255 pages, 19 euros.

 

Au nom du père

Lars Mikkelsen
Lars Mikkelsen

Ce pourrait être une saga nordique en dix épisodes, avec pasteurs, cols tuyautés, culte dépouillé ; la vibration intense des désirs humains confrontée à l’austérité luthérienne, sur fond de boiseries pastel et haute bibliothèque, tablée familiale, près de ces fenêtres lumineuses comme on les aime là-haut. Au nom du père est tout cela, entre autres. « Les thèmes de prédilection du grand cinéma scandinave, la quête spirituelle et les relations familiales », résume Lars Mikkelsen, frère aîné de Mad, formidable comédien venu du théâtre (et passé déjà par The Killing, en élu meurtrier, ou House of Cards, en réjouissant Poutine), actuellement en lice pour les Emmy awards. Dans Au nom du père, dont la diffusion débute jeudi 29 novembre, Lars Mikkelsen habite le personnage de Johannes Krogh, pasteur coté qui brigue le poste d’évêque à Copenhague, véritable homme de foi, bipolaire confirmé, époux lamentable et père dévastateur. Le titre original de la série, c’est Chevaucher la tempête. Il y a de cela.
Adam Price, auteur et show runner de la série (avec Kaspar Munk comme réalisateur principal) est aussi l’homme de Borgen. Série addictive qui a promu la social-démocratie sur toute la planète et amené bien des votants européens à se demander pourquoi leurs élus nationaux ne siégeaient jamais devant de simples nappes à carreaux. Price bouclait les derniers épisodes de Borgen lorsqu’on l’a contacté pour qu’il réfléchisse à une nouvelle série. Il a pensé à Dieu. Et très vite, aux relations père-fils. Borgen, dit-il, était une série féministe. Celle-ci l’est tout autant, de manière plus diffuse.
Car, en dépit des cols tuyautés, ou avec eux (au Danemark, église et État marchent ensemble), le XXIe siècle est là, et bien là. Il est donc question de bonne gestion et des églises non solvables qui doivent fermer, des mosquées qui s’installent, des réfugiés en sous-sol qui peuvent être poliment réexpédiés vers la mort.
Au nom du père, série d'Adam PriceLes ressorts narratifs sont néanmoins familiers : Abel et Caïn, sacrifice du fils d’Abraham. Car les pasteurs ont des familles (et dans le cas de Johannès Krogh dont le dialogue avec Dieu peut être interrompu par une cuite d’anthologie), ce n’est pas facile. Sa brutale paternité, héritée d’un papa allumé de Dieu (on pense très fort à Ingmar Bergman) ravage aussi bien le bon fils, celui qui doit assurer la relève, que le mauvais fils, aîné qui a abandonné Dieu pour le commerce avant de découvrir … la voie de la sagesse. Le bon fils, retour d’Afghanistan où il a officié, aura à choisir entre la psychothérapie et Dieu (le père). Comme il dit, « dans notre famille, c’est la même chose ! »
Heureusement qu’Elisabeth, enseignante, épouse dévouée et lucide du pasteur, en complicité avec le mauvais fils, assure la cohésion familiale, avec le soutien de saunas et nage en mer glacée. Jusqu’à un certain point du moins, celui où le désir s’invite. Heureusement que Svend, impavide assistant du pasteur, que celui-ci sans doute tira de la toxicomanie, est là. Tandis que d’enthousiastes membres du conseil paroissial achèvent une fête nus sur un tracteur, la saga nordique s’étoffe des fragilités et des ombres en chacun, s’explose sur les balises du monde contemporain. Avec, et cela aide à faire passer des hallucinations post-Afghanistan un peu trop récurrentes, l’humour et l’ironie sous-jacente d’Adam Price. Cela n’enlève rien à Dieu mais ajoute à l’humanité du propos. DC

Au nom du père, jeudi 29 novembre à 20h55 sur Arte, et jusqu’au 13 décembre. Disponible en DVD et blue ray.