Les choix de délibéré – 8 oct. 2018

Famille, humour et patrimoine

Les séries dont le héros est l’argent ne manquent pas. L’argent, ses prédateurs en tous genres (Billions sur Canal plus), son pouvoir et sa transmission (férocissime Succession sur OCS). Dans la série danoise Les Héritiers diffusée sur Arte, il est bien sûr question d’argent, de pas mal d’argent : un manoir de belle taille avec terres, et les œuvres de Veronika Grønnengaard, artiste contemporaine cotée au plus haut. Mais quand on parle d’argent, surtout en famille, on parle toujours d’autre chose. C’est ce qu’explore la scénariste danoise Maya Ilsøe, en 17 épisodes. L’argent comme révélateur lorsque Veronika Grønnengard, agonisante, lègue son immense manoir à la fille qu’elle a abandonnée. Frustrant ainsi ses enfants officiels : sa fille aînée et dévouée à son art, Gro, le fils rangé avec lequel elle est brouillée, Frédérik, et le cadet surendetté en fugue asiatique, Emil. Ceci pour résumer très succinctement ce qui va vite devenir plus complexe, avec zeste de Festen, secrets de famille ravageants, affections survivant aux conflits presque mortels, scènes habitées par la grâce dans un paysage ouvert, mais souvent dénué de la joliesse habituelle. Bref, une saga familiale doublée d’une réflexion sur les multiples formes de la filiation, le monde de l’art, aussi feutré que cruel, la créativité ou la culture du chanvre. Les poncifs ne sont pas toujours évités – le fils bien sous tous rapports flirte avec la psychose – mais sauvés par la nuance, l’épaisseur littéraire des personnages et le jeu remarquable des acteurs, à commencer par Tryne Dilholm (qui justement a joué dans Festen, entre autres) et surtout Jesper Christensen, acteur multi récompensé, cette fois hippie très au long cours installé à demeure en fond de parc, souvent calamiteux, mais toujours inspiré qui à lui seul réinsuffle ce qu’il faut de folie. En prime, et ce n’est pas un détail, qu’il s’agisse de musique ou de sculptures, pour une fois les démarches artistiques n’apparaissent pas comme des caricatures. Sans surprise – famille vénéneuse et attachante, humour et patrimoine, réalisation plus que soignée –, Les Héritiers, après le Danemark, ont emballé la Grande-Bretagne. DC

Les Héritiers, saisons 1 et 2 intégrales sur Arte. Fin de diffusion en direct de la saison 2 le jeudi 11 octobre, fin du replay le 18 octobre. Ensuite, VOD.

  

Lettres d’Israël

Le festival Les Lettres d’Israël se déroule sous le haut patronage de l’ambassade d’Israël. Sélection d’auteurs triés sur le volet du soutien à la politique gouvernementale ? Justement pas. Entre les attaques et le silence au pays, et le boycott au dehors, le créneau d’expression pour certains, est étroit. Pas seulement en Israël. Delphine Horvilleur, l’une des deux seules femmes rabbins françaises (elle a récemment prononcé les éloges funèbres de Michel Butel et Marceline Loridan-Ivens), est en butte depuis des mois sur les réseaux à des attaques d’une grande violence, voire directement menaçantes, de l’extrême-droite juive. Son péché : inviter à réfléchir, plaider pour le pas de côté. Ce qu’elle fera le mardi 16 octobre à 19h lors d’une rencontre avec l’écrivain Yishaï Sarid, auteur d’une dystopie sur l’après-destruction d’Israël avec reconstruction du Temple (Le troisième temple, Actes Sud, traduit par Rosie Pinhas-Delpech) où Delphine Horvilleur voit « une mise en garde troublante et cauchemardesque contre un messianisme idolâtre ». À lire aussi, Des mille et une façons d’être juif ou musulman, de Delphine Horvilleur et Rachid Banzine, Seuil, 2017.
Soirées notées, mais d’autres sont notables : le même jour, restez assis, car à 20h30, Valérie Zenatti (écrivain et traductrice) rencontre Zeruya Shalev, Douleur, traduit par Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2017Zeruya Shalev, l’un de ces écrivains qu’on lit une fois et ensuite toujours (dernier titre paru, Douleur, Gallimard 2017, traduit par Laurence Sendrowicz).
Le 18, à 20h30, un hommage est rendu à Aharon Appelfeld, disparu en janvier dernier. Dialogue, lectures, musique. Avec, entre autres, Olivier Cohen son éditeur français, la même Valérie Zenatti, qui fut à la fois sa traductrice et une amie (Des jours d’une stupéfiante clarté, L’Olivier 2018), la philosophe Catherine Chalier. DC

Maison de la poésie, Passage Molière. 157, rue Saint-Martin – 75003 Paris. Métro Rambuteau, RER Les Halles. Infos et réservations : 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 15h à 18h.
Le festival Lettres d’Israël ne se tient pas qu’à Paris. Pour retrouver lieux et dates, autres auteurs, se reporter ici.

  

Deux en un

Philippe Katerine, Ce que je sais de l’amour, ce que je sais de la mort, éditions HéliumEn suite de ses deux livres publiés aux éditions Hélium, Ce que je sais de l’amour, ce que je sais de la mort, conférence-spectacle du philosophe Philippe Katerine en pull rayé tricoté main, dans un sourire jovial et décalé, avec la complicité du réalisateur-musicien Philippe Eveno. DC

Le mardi 16 octobre à la Maison de la poésie, Passage Molière. 157, rue Saint-Martin – 75003 Paris. Métro Rambuteau, RER Les Halles. 01 44 54 53 00. Entrée 20€.

 

Hugo et ses femmes

Victor Hugo et les femmes, c’est un joli thème de débat puisque Hugo fut à la fois un avocat du droit des femmes, un polisson patenté et un patriarche tourmenté. Eh bien, ce débat aura lieu le samedi 27 octobre à Granville, dans la Manche, en présence de Mona Ozouf, Florence Naugrette et Nicole Savy. Il sera également question de littérature contemporaine avec les romancières Colombe Boncenne, Christine Montalbetti et Julie Wolkenstein. C’est la première édition des Rencontres Victor Hugo & Co. EL

Rencontres littéraires Victor Hugo & Co. Salle Jardin de Bazeilles, Haute Ville, Granville. Samedi 27 octobre à partir de 14h30. Entrée libre dans la mesure des places disponibles.