Le coin des traîtres

Pièges, surprises, vertiges, plaisirs et mystères de la traduction…

On les voudrait fidèles, on les juge parfois trop belles pour l’être, on les accuse de trahison, on les compare, on les critique, on les encense, on les analyse, on en tire des théories, parfois on les oublie… Les traductions permettent de rendre lisible le monde de l’autre, celui qui nous est étranger ou sans elles inaccessible. 

Pièges, surprises, vertiges, plaisirs et mystères de la traduction… Cette chronique à plusieurs mains est une invitation à mieux cerner ce que traduire veut dire. 

Saint Jérôme dans son étude par Antonello de Messine (ca 1475) National Gallery, London

Primer encuentro de Malinalli con Hernán Cortés. Códice de Diego Durán. Siglo XVI. Biblioteca Nacional, Madrid.

Changer de camp

22 mars 2017

Traduttore traditore... Que le traducteur soit un « traître », cela semble relever de l’évidence : quels que soient l’effort, la fidélité, le talent qu’il y met, une traduction est donc toujours une « trahison » du texte original, dont il serait impossible de rendre toute la richesse… Une fois ce constat dressé, tout semble dit ou presque. Sauf si l’on entend l’expression différemment. Un traître trahit sa famille, ses amis, son amour, ses idées, son parti, sa patrie ; il change de camp. Si le traducteur est un traître, n’est-ce pas d’abord à sa propre langue ? (Lire l'article)

René Solis
Babar, "un mot pour un autre" (une chronique de Christilla Vasserot)

Un mot pour un autre

15 mars 2017

On a coutume de considérer la traduction comme le transfert d’un message d’une langue à une autre. Mais elle peut aussi être manipulation du message et s'exercer, parfois, au sein d'une même langue. La campagne présidentielle, entre autres, nous en fournit chaque jour bien des exemples. Il arrive même que le message initial ne soit plus repérable dans la traduction qui en est fournie. Certains se sont pris à ce jeu. La preuve par Borges, George Clooney, Jean Dujardin, Babar, La Sorbonne Nouvelle et Barak Obama. (Lire l'article)

Christilla Vasserot
Lola Arias: Minefield / Campo de minas / Champ de mines © Manuel Abramovich

La guerre des mots

8 mars 2017

Dans Champ de mines, l'Argentine Lola Arias continue à œuvrer à la (re)construction d'une mémoire collective, avançant le long d'une ligne ténue entre réalité et fiction. Elle y met en scène six hommes ayant appartenu à deux camps ennemis : l'armée argentine et l'armée britannique, en 1982, au moment de la guerre des Malouines. En revenant sur cet épisode de l'histoire des deux pays, Champ de mines place les questions de traduction au cœur de ses préoccupations. (Lire l'article)

Christilla Vasserot
Los Beatles: Por favor, yo / Please please me

Mot à mot

1 mars 2017

Traduction mot à mot, littérale, ou libre, transposition, adaptation, recréation... Autant de variantes sur lesquelles la traductologie s'est longuement penchée et qui en disent long sur ce qu'est un choix de traduction. La traduction dite “mot à mot” peut parfois prêter à rire, mais l'affaire est plus sérieuse qu'il n'y paraît. (Lire l'article)

Christilla Vasserot
Le Divan © Freud Museum London

Je suis une serial

22 février 2017

Ah mais, parce que moi, vous comprenez, on me dit : vous le trahissez, ou tu le trahis, c’est de la trahison, c’est vrai, on peut dire que je le trahis, mais au fond, moi, je ne veux pas, je ne veux pas le trahir, ce n’est pas mon intention, parce que trahir, c’est déjà trop, c’est en faire trop, je reste à ma place, moi, si je le trahis, ce n’est pas volontaire, rien à voir avec la bonne vraie trahison, la vieille grande trahison. Pas de génie qui ne trahisse, alors, trahison, hein, trahison ! (Lire l'article)

Denise Laroutis
Michel Houellebecq, Unreconciled / Non réconcilié, traduit par Gavin Bowd

Houellebecq dans les brumes écossaises

15 février 2017

Gavin Bowd, écrivain, professeur de littérature française à l’université de St Andrews en Écosse, est le traducteur en langue anglaise de plusieurs ouvrages de Michel Houellebecq. Dans un entretien avec Agnès Villette, il se confie sur les difficultés que pose la traduction de cet auteur, ainsi que sur les relations chaotiques qu’il entretient avec lui, dont il était devenu l'ami avant que les deux hommes ne se brouillent. (Lire l'entretien)

Gavin Bowd

Traduire le vivant

7 février 2017

Traduire un auteur vivant offre la possibilité de l'interroger, de lever des doutes, de confirmer ou infirmer des hypothèses, etc. Possibilité que le traducteur n'est pas tenu d'exploiter puisque c'est l'œuvre qui est soumise à traduction, et non les intentions de son auteur. Il est un cas où la parole de l'auteur s'impose au traducteur : lorsqu'il s'agit de traduire une pièce de théâtre mise en scène par l'auteur, voire jouée par l'auteur. En d'autres termes, lorsque l'auteur reprend les droits sur son texte, pour l'extraire des pages du livre et lui donner une nouvelle vie sur la scène d'un théâtre. (Lire l'article)

Christilla Vasserot
Las putas insistimos en que los políticos no son nuestros hijos

Hijo de puta

31 janvier 2017

Il y a quelques années, des pancartes ont fait leur apparition dans des manifestations organisées en Espagne, demandant à ce que l’on cesse d’attribuer à des prostituées la maternité des pires salauds de la terre, plus particulièrement celle des hommes politiques. La traduction de l'argot, des insultes, des grossièretés nous invite aussi à réfléchir au sens des mots, à leur emploi, aux sous-entendus véhiculés, à ce qu'ils disent de la société qui les galvaude ou les bannit. Alors comment traduire "hijo de puta" ?  (Lire l'article)

Christilla Vasserot