70ème festival d'Avignon, juillet 2016

Marco Layera, à gauche prout

23 juillet 2016

Dans La Imaginación del futuro, présenté au festival d'Avignon 2014, le metteur en scène chilien Marco Layera s'amusait à déboulonner l'icône de gauche Salvador Allende, représenté en vieille baderne gâteuse responsable des exactions de la dictature à venir. Plutôt réussie dans la forme, la satire laissait perplexe quant au fond, même sous couvert d'humour et de second degré. Dans La Dictadura de lo cool, son nouveau spectacle, on retrouve les mêmes ingrédients : farce politique déjantée et fond de sauce réactionnaire, même si Layera prétend se donner un vernis radical d'ultra gauche.
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René Solis

Thomas Bernhard, Krystian Lupa : l’Europe par la face sombre

22 juillet 2016

Parue quelques mois avant sa mort, Place des héros est la dernière pièce de Thomas Bernhard, et l'une des plus provocatrices. Imprécateur impitoyable dans la lignée des héros bernhardiens, le personnage principal a la particularité d'être absent : la pièce s'ouvre au lendemain de son suicide. Si le mort est omniprésent tout au long de la pièce, ce n'est pas seulement parce que ses chaussures, ses chemises et ses costumes sont encore là, mais parce qu'il hante littéralement tous les survivants : quand ils ouvrent la bouche, c'est encore le suicidé qui parle, tant sa détestation du monde semble avoir contaminé tous ses proches. (Lire l'article)

René Solis

Le voltigeur d’Avignon

21 juillet 2016

Sauts de l’ange en altitude et à l’envers, très cher, vrilles, saltos, sauts périlleux avant, arrière, sur les côtés, en haut en bas,  voltiges au-dessus d’un cycliste ou d’une brochette de spectateurs... Farid Zitoun, prodigieux acrobate qui semble avoir développé sa propre technique n’a pas besoin de trampoline. Il est l’Acrobate bleu de Picasso ou celui de Chagall, le cirque de Pékin ou le groupe acrobatique de Tanger à lui tout seul. Un solo de l’ange, à voir à Avignon, dans le off du off du off, complètement in. (Lire l'article)

Marie-Christine Vernay

Traité de savoir-rire

18 juillet 2016

Émission radio en direct au Cloître des Carmes : l'atmosphère renvoie aux années 1970 ; ça clope –des gitanes–, ça bricole –un tourne disque pour envoyer le générique–, ça enchaîne mais ça cafouille, on n'est pas chez des pros. Sur le fil de la dérision, Rumeur et petits jours, le spectacle de Raoul Collectif, puise aussi dans l'héritage politique ou philosophique de cette période. Le nom de leur compagnie fait référence à Raoul Vaneigem, l'une des figures de l'Internationale situationniste, auteur d'un Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations. Sous sa forme foutraque, Rumeur et petits jours poursuit aussi des obsessions de fond : de la remise en cause du néolibéralisme à la pensée magique des Indiens Huicholes du Mexique. Sans oublier la poésie. (Lire l'article)

René Solis

Rubens, Godard et les autres

14 juillet 2016

La salle des Rubens, au cœur du musée royal des Beaux-Arts d'Anvers est actuellement fermée pour travaux. Qu'à cela ne tienne : dans Het Land Nod (Le Pays de Nod), le collectif FC Bergman se propose d'installer les spectateurs dans la salle d'origine, reconstituée à l'identique. Ne manquent que les Rubens aux murs. À l'exception d'une crucifixion, connue sous le titre Le coup de lance, où le Christ est entouré des deux voleurs. Entre gardiens maladroits et visiteurs intempestifs, la salle des Rubens est très fréquentée. On y croise même Godard... (Lire l'article)

René Solis

Karamazov, tous ensemble…

13 juillet 2016

Encore un roman fleuve et un spectacle au long cours : Jean Bellorini adapte et met en scène Les Frères Karamazov de Dostoïevski dans la carrière de Boulbon. Pendant près de six heures, les corps travaillent, fatiguent, transpirent. Sans écrans témoins, sans cinéma, à mains nues, face aux spectateurs. Loin de la géniale sophistication des Damnés dans la Cour d'honneur et du savoir faire consensuel de 2666  à la Fabrica, Karamazov est un formidable spectacle prolétaire, une extension du domaine de la lutte au théâtre. (Lire l'article)

René Solis

2666, même pas mal

9 juillet 2016

On saluera bien sûr la performance sportive. Enfermés ensemble durant une douzaine d'heures à la Fabrica, acteurs et spectateurs ont toutes les raisons, vers 2 heures du matin, de se féliciter mutuellement. Julien Gosselin a relevé le défi : son adaptation de 2666, le roman fleuve posthume du Chilien Roberto Bolaño, tient la route, fidèle à la structure du roman, restituant l'histoire et les principaux personnages, se baladant d'Europe au Mexique sans lâcher le fil de la narration, et révélant à de nombreux spectateurs un auteur majeur de la littérature du XXIe siècle. Pari réussi donc ? Tout dépend de ce que l'on entend par là. (Lire l'article)

René Solis

Angélica Liddel, lumières dans la nuit

8 juillet 2016

Les trois actes du dernier spectacle de l'Espagnole Angélica Liddell vont et viennent entre Paris et Tokyo et entre deux événements sanglants : le meurtre, en 1981 à Paris, d'une étudiante hollandaise, dépecée et mangée par Issei Sagawa, le “Japonais cannibale”, et la tuerie du Bataclan, le 13 novembre 2015. L'horreur et la douleur du monde, c'est ce qui nourrit l'écriture de Liddell et son engagement physique sur le plateau. Ce qu'elle y fait de son corps tient de la performance – et de l'offrande, dans un rituel où la beauté est le contrepoint de la souffrance. (Lire l'article)

René Solis

Des Damnés qui font Mal

7 juillet 2016

Le 70ème festival d'Avignon s'est ouvert mercredi 6 juillet avec la représentation dans la Cour d'honneur du Palais des Papes des Damnés, d'après le film de Luchino Visconti, dans une mise en scène de Ivo van Hove avec la troupe de la Comédie-Française. Cauchemar ou bal des spectres, au delà des personnages du film de Visconti, ce sont bien des figures théâtrales qui revivent et meurent sur le plateau de la Cour d'honneur. Ivo van Hove fait de son spectacle un rituel mortuaire, parfois magnifique, souvent glaçant, en lien avec le monde d'aujourd'hui.
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René Solis