Lire Horacio Castellanos Moya

Horacio Castellanos Moya en la Casa de América, Madrid, 2019 © Daniel Mordzinski

Du 4 au 7 juin, à l’invitation de la Casa de América, quelques fervents lecteurs du romancier salvadorien Horacio Castellanos Moya s’étaient retrouvés à Madrid pour parler de son œuvre, en présence de l’auteur. Le Salvador est une petite terre qui a produit ce grand romancier, célébré par Roberto Bolaño, qui le comparait à l’un des mélancoliques volcans de son pays. Ceux réunis à Madrid arrivaient d’un peu partout. La littérature est une patrie d’apatrides, ou tout au moins d’exilés ; la lecture qui les réunit crée de l’amitié. D’anciens étudiants de l’écrivain, qui dirige un atelier d’écriture en langue espagnole à l’université d’Iowa, étaient présents. Parmi les intervenants, il y avait des universitaires latino-américains, un éditeur mexicain, deux journalistes et poètes espagnols, enfin deux Français : René Solis, cofondateur de délibéré et traducteur de quatre romans de Castellanos Moya, dont le dernier, Moronga, est paru aux éditions Métailié ; et Philippe Lançon, journaliste à Libération et à Charlie Hebdo. Nous publions ici leurs interventions, ainsi que le texte lu par Castellanos Moya le dernier jour. Il raconte, avec précision et humour, comment naît un écrivain dans un pays qui n’en veut pas. Dans un recueil pas encore traduit d’aphorismes expérimentaux appliqués à ses propres angoisses, Envejece un perro tras los cristales (Un chien vieillit derrière les vitres, publié chez Random House), il écrit :
« L’important n’est pas la première phrase, mais le souffle. Du souffle vient le rythme ; du rythme, l’exploration. Et si le souffle ne se manifeste pas, comment débuter ? »
Entrez dans le souffle sortant de la caverne d’Horacio Castellanos Moya.
Horacio Castellanos Moya, Madrid, juin 2019 © Casa de América

Héritage et solitude littéraires

16 juin 2019

Étrange est pour un écrivain la découverte du chemin le menant vers sa vocation, son destin. Pas seulement étrange, unique aussi. Quand j’essaie de visualiser cette découverte, quand je tente de comprendre comment j’en suis arrivé à l’écriture des livres que j’ai écrits, je ressens comme une gêne. Comment ai-je pu persévérer dans ce qui était de toute évidence une sottise, vu le milieu dans lequel je me suis formé, la famille d’où je viens, le pays où j’ai grandi et où j’ai commencé à emprunter cette voie ?
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Horacio Castellanos Moya
Philippe Lançon, Madrid, juin 2019 © Casa de América

Les voix sortent joyeusement du dégoût

16 juin 2019

En 1972, l’écrivain américain William Styron se demande pourquoi la guerre du Vietnam a inspiré aussi peu d’œuvres de fiction, et il répond : « Plus nous nous lançons dans des guerres qui menacent d’être totalement dépravées, plus il est douteux que nous puissions produire des œuvres d’imagination capables d’illustrer à grands traits et de façon plausible les multiples aspects de la nature humaine. » L’œuvre de Horacio Castellanos Moya, née dans le berceau d’une guerre particulièrement sale, au cœur d’un petit pays, y parvient. (Lire l'article)

Philippe Lançon

Empathy for the Evil (Traduire Horacio Castellanos Moya)

16 juin 2019

Le vieux policier malade, ancien catcheur, loser solitaire méprisé par ses collègues, avait toute l'allure d’un personnage très attachant. Dix pages plus loin, il n'est plus qu’un être répugnant, tortionnaire, violeur, sadique, une bête immonde. Pourtant... Le don d'empathie pour le pire est inséparable de l’art narratif de Horacio Castellanos Moya. Un art diabolique.

René Solis
Homenaje a Horacio Castellanos Moya en la Casa de América, Madrid, 2019 © Daniel Mordzinski
© Daniel Mordzinski