Une revue indépendante qui privilégie les choix tranchés, les chemins de traverse, explore les créations méconnues, les angles morts, pour dénicher l’improbable, voire le créer…

Architecture
Winy Maas à Bordeaux, ou comment sortir de la ZAC

par Anne-Marie Fèvre
Îlot Queyries (Bordeaux) vue du chantier depuis la rive gauche © Ivan MathieAllons nous continuer en France, en Europe, à construire des ZAC qui se ressemblent toutes ? Après les quartiers modernistes, concentriques, excentrés et standardisées d’après-guerre, devenus des ghettos, ces ZAC sont apparues à partir des années 90 comme une bonne solution, avec leurs îlots décalés, leurs échelles plus humaines, leurs façades toutes différentes. Jusqu’à virer à la « mascarade » décorative. À Bordeaux, quai des Queyries, l’architecte néerlandais Winy Maas construit un ensemble de logements en rupture avec les choix habituels des ZAC. « Comment créer un urbanisme qui respecte l’histoire et réponde au contexte local, vert et durable, social et agréable ? », se demande Maas. En chantier, son projet fait aussi l’objet d’une exposition au centre d’architecture Arc en rêve. (Lire l’article)

Arts plastiques
Le jaune est mis
De quelques couleurs fatales au prisme des humeurs sociales…

par Charles Illouz
L’histoire de l’art offre maints exemples d’une relation initiale « inspirante » avec les mouvements sociaux indisciplinés. Bien avant les complicités mondaines de l’art contemporain et de « tout ce qui compte » en banque à la FIAC, cette relation s’est fondée sur une dépense somptuaire où création et destruction sont étroitement nouées. Le vandalisme semble d’ailleurs la contrepartie politique récurrente de toute création qui accède à l’espace public. Récemment, une main criminelle mit le feu à la sculpture de l’artiste Francis Guyot, installée au beau milieu du rond-point du péage Châtellerault-nord. L’œuvre monumentale représentait une autre main, jaune celle-là, tendue vers le ciel, sur laquelle circulait un chapelet d’automobiles noires. En réponse à leur évacuation manu militari par les forces de l’ordre, quelques gilets jaunes mécontents revinrent nuitamment incendier le chef-d’œuvre. (Lire l’article)

Histoires
Rien à voir…

Texte de Juliette Keating, photos de Gilles Walusinski
Le rideau tiré, je m’tire. Sur une banquette du métro, épaulé à la vitre, tête renversée, j’ferme les yeux. Je suis pas là. Dans la voiture bondée, y’a personne à l’heure de pointe. Un corps peut-être, ou du moins l’apparence d’un corps au milieu des autres, chahutés par les secousses du train. Enveloppe vide, car l’esprit flotte, ne connaît pas les limites de la matière. État de conscience modifié : j’erre entre veille et sommeil. La fatigue bien sûr mais surtout : l’ennui. À Maraîchers je m’fais la belle en songe. J’décampe à la campagne. Et c’est l’printemps sous mes paupières. Je marche entre les arbres d’un verger. Le bout de mes doigts frôle la fraîcheur un peu rêche des fétuques. Ça sent la chlorophylle, le parfum épais de la sève qui monte. (Lire la suite, voir les  photos)

Signes précurseurs de la fin du monde
Une Belle Histoire

par Édouard Launet
Au printemps 2017, Stephen Hawking déclarait à la BBC que les humains, s’ils voulaient survivre, devaient quitter la Terre d’ici 100 ans afin de coloniser une autre planète. En cause : une éventuelle guerre nucléaire, le changement climatique, une épidémie virale et/ou les progrès incontrôlables de l’intelligence artificielle. Un an plus tard, le célèbre physicien quittait lui-même la Terre, pas pour la planète Zorglub mais pour une tombe à l’abbaye de Westminster, aux côtés de celles de Newton et de Darwin. Ses cendres reposent sous une pierre engravée de la formule T= hc³/8πGMk. C’est l’équation dite de Bekenstein-Hawking qui décrit l’entropie des trous noirs, en d’autres termes (très simplifiés) la quantité d’information qu’ils renferment. Et si cette inscription, choisie par le savant lui-même, était un ultime message ? Et si ce message renvoyait au trou noir qu’est la tombe et à une information que détiendrait encore le défunt Hawking ? Et si cette information post-mortem concernait notre départ vers une autre planète ? (Lire la suite)

Ordonnances littéraires
À la ligne. Feuillets d’usine pour le MEDEF

par Nathalie Peyrebonne
Le Medef veut « Attribuer automatiquement un numéro Siret à chaque jeune Français pour son 16e anniversaire ». Très bien. Un retour à la réalité s’impose pour ces pragmatiques auto-proclamés, et ce sera par la lecture de À la ligne. Feuillets d’usine de Joseph Ponthus (La Table Ronde). L’auteur raconte son histoire. Celle d’un gars qui a fait des études littéraires, a commencé à travailler dans le social puis a tout quitté pour suivre celle qu’il aime, en Bretagne. Et, parce qu’il faut bien bosser, il se retrouve à l’usine, ouvrier intérimaire. Et c’est cela qu’il raconte, la réalité de la vie dans une usine de poissons (crevettes, bulots…) ou dans un abattoir. Pour rapporter un peu de sous… (Lire l’article)

Les aventures de Tigrovich
La belle dame brune
de la banque

par Sophie Rabau
Ils marchèrent longtemps dans ce qui se révéla être une ville construite au bord du rivage et au-delà vers les montagnes. Et dans leur marche ils doublaient des maisons neuves et des maisons vieilles, des maisons tout écroulées et d’autres toutes pimpantes, des ruines et des chantiers, des chantiers et des gratte-ciels, des murs lépreux et d’autres rutilants, empruntant tantôt des ruelles, tantôt des avenues, se perdant plus que de raison, mais se retrouvant sans cesse, à en juger par la main ferme du petit qui savait bien où il allait. Tandis qu’ils progressaient, les sucs digestifs faisaient leur office et dissipaient l’engourdissement du tigre. Une vague lueur faisait jour dans son agile cerveau. Et comme ils esquivaient quelques voitures emballées, pour traverser une nouvelle avenue, le tigre se cambrant comme au temps de sa gloire, l’enfant, gracieux, sautillant, il s’arrêta net au milieu de la chaussée, indifférent au joyeux concert des klaxons, et se frappa le front d’une patte impatiente… (Lire l’épisode)

Choses revues
Panique chez les Hipsters

par Philippe Mignon
Le milieu branché de l’Est parisien est en émoi. Nous avions évoqué, dans des précédentes éditions du mois de novembre, plusieurs naissances suspectes dans les 19eet 20e arrondissements de la capitale. Des garçons nés barbus ! Depuis ces premières alertes, les cas se sont multipliés. Les tentatives de raser ces nouveau-nés se sont révélées catastrophiques. Leurs barbes repoussaient à une vitesse surprenante et encore plus drues. Les spécialistes se perdent en conjectures sur les causes possibles de cette étrange « épidémie » : environnementales, alimentaires, on a même évoqué l’hypothèse d’une évolution accélérée de l’espèce. Cette dernière supposition semble moins extravagante depuis l’examen approfondi des derniers cas recensés. En plus des barbes, plusieurs nouveau-nés seraient porteurs sur plusieurs parties du corps (bras, épaules, jambes) d’anomalies pigmentaires évoquant à s’y méprendre des tatouages ! (Lire cet article… et quelques autres)
    

Guide
Les choix de délibéré

Art et utopie au pays des soviets, c’est le sous-titre de « Rouge », l’exposition au Grand Palais à Paris, qui revient sur les folles années de liberté artistique au lendemain de la révolution d’Octobre. Still Recording, un documentaire de Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub, tourné en Syrie entre 2011 et 2015 par de jeunes et talentueux amoureux du cinéma et de la liberté, un film qui vous prend au corps. La Flor, un film-fleuve atypique : quatorze heures de projection en quatre parties tournées pendant un peu plus de dix ans, où Mariano Llinás revisite avec intelligence et humour plusieurs genres cinématographiques. L’étrange animal, le nouveau roman de Béatrice Leca n’entre dans aucune catégorie connue si ce n’est, à la rigueur, celles du conte et du rêve. Suivez le guide !

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