Les choix de délibéré – 19 nov. 2018

Un Corbusier pas si radieux

Le Corbusier, zones d'ombre, coordonné par Xavier de Jarcy et Marc Perelman, éditions Non Standard, 2018, 25 eurosUn vent critique et tenace continue à souffler sur le monument Le Corbusier (LC). Après trois livres en 2015 qui ont fissuré son image [1], paraît un nouvel ouvrage, collectif cette fois-ci, où l’on retrouve les trois auteurs : Le Corbusier, zones d’ombre, aux éditions Non Standard. C’est à la Galerne, « la » belle librairie du Havre, qu’il a été lancé, le 16 novembre. Marc Perelman, architecte et professeur d’esthétique, y fait défiler l’idéologie totalitaire de la Ville Radieuse, le journaliste Xavier de Jarcy aborde la question de l’eugénisme. Le critique François Chaslin y développe l’Affaire Corbusier, une polémique médiatique. Jean-Pierre Frey, architecte et sociologue invité, débusque « une violence symbolique faite aux classes populaires malgré la générosité affichée des intentions. » Les relations de Corbu avec le fascisme français, puis avec Vichy, son peu d’intérêt pour les classes populaires et les usagers, tout y est à nouveau examiné, précisé, à partir de ses textes, par huit auteurs. Plus sa pensée s’éclaire, plus son humanisme apolitique s’assombrit. Le débat est-il possible en France sur « le plus Grand Architecte du XXe  siècle » ? La discussion se poursuivra à la Galerne, avec un livre en solo de François Chaslin : Rococo ou drôles d’oiseaux, essai littéraire, drôle et dessiné, sur les mœurs intellectuels autour de l’architecte « auquel on trouvait une tête de corbeau ». AMF

Le Corbusier, zones d’ombre, coordonné par Xavier de Jarcy et Marc Perelman, éditions Non Standard, 2018, 25 euros.
François Chaslin, Rococo ou drôles d’oiseaux, éditions Non Standard, 2018, 28 euros. Rencontre à La Galerne, le 23 novembre à 18 h au Café, 148, rue Victor-Hugo, Le Havre. 02 35 43 22 52.
[1] François Chaslin, Un Corbusier, Seuil, 2015. Xavier de Jarcy, Le Corbusier, un fascisme français, Albin Michel, 2015. Marc Perelman, Le Corbusier, une froide vision du monde, Document/Michalon, 2015.

   

Le cirque Trottola à l’assaut du ciel

Campana - Cirque TrottolaCampana, le spectacle du cirque  Trottola présenté au dernier festival d’Aurillac et repris au 104 à Paris, est un modèle d’exigence réfléchie. Avec au centre de la piste, un couple qui peut rappeler Zampano et Gelsomina, les protagonistes de La Strada de Fellini. Un duo de contraires, avec un colosse mal léché (Bonaventure Gacon) et une clown acrobate (Titoune), plus deux musiciens comparses (Thomas Barrière et Bastien Pelenc). Impeccables, les numéros d’équilibre et de trapèze baignent dans une atmosphère étrange, doucement inquiétante ; sous les planches qui recouvrent la piste s’ouvre un drôle de trou noir qui pourrait bien être une bouche de l’enfer. Mais c’est haut dans le ciel que le spectacle s’achève, au terme d’une sidérante opération. RS

Campana, par le Cirque Trottola, au CentQuatre, 5, rue Curial, 75019 Paris, du 23 novembre au 22 décembre.

   

Le prix de Monte-Cristo

Les prix se suivent et se succèdent mais, parfois, ils peuvent être différents. C’est le cas du nouveau prix Monte-Cristo, sélection littéraire de Fleury-Mérogis. Le jury est composé de dix détenus du bâtiment D1 et a officiellement ouvert cette première édition en dévoilant sa première sélection d’ouvrages répondant à la thématique « enfermement » : Rupture de Maryline Desbiolles (Flammarion), Scénario de Dan Franck (Grasset), Un dissident de François-Régis de Guenyveau (Albin Michel), Les Hommes de Richard Morgiève (Joëlle Losfeld), Encore heureux d’Yves Pagès (L’Olivier), Point cardinal de Leonor de Recondo (Sabine Wespieser), Il est à toi ce beau pays de Jennifer Richard (Albin Michel), L’Enlèvement des Sabines d’Émilie de Turckheim (Héloïse d’Ormesson). Le prix sera remis le 13 mai 2019 à Fleury-Mérogis. NP

   

Battle

Battle verbale, comme diraient les rappeurs, mais pas absurde. Eugène Delacroix peignait, écrivait aussi. À George Sand entre autres. De 18h30 à 20h, Yannick Haenel et Gaelle Obiégly déambulent dans le musée et font joute avec leurs phrases préférées du peintre. Sous les auspices de la Maison des écrivains et de la littérature, et du musée. Delacroix est mort sept ans avant la Commune, George lui survécut largement (pas pour le mieux, côté correspondance). Restent des textes. Gaelle Obiégly est fort intéressante à lire, sûrement à entendre aussi. DC

Yannick Haenel et Gaelle Obiégly, jeudi 22 novembre de 18h30 à 20h, musée Delacroix, 6 rue de Fürstenberg, Paris 6e. Entrée libre sur réservation : 01 55 74 60 91 – l.bouvier@maison-des-ecrivains.asso.fr