Stigmates (I)

Les mots de notre quotidien, anodins ou loufoques, parfois nous font de loin un petit clin d’œil, pour nous inviter à aller y voir de plus près. Mot à mot, une chronique pour suivre à la trace nos mots et leurs pérégrinations imaginaires.

Cela peut paraître surprenant pour qui ne suit pas de près l’actualité de l’Église, mais notre bon papa Francesco continue de canoniser. Canoniser, c’est créer des saints et, par ce biais, offrir aux fidèles des modèles de vie et de conduite.

Qui trouve-t-on donc parmi les derniers canonisés ?

Il y a du progrès.

À côté des sempiternels prêtres et religieux, missionnaires, fondateurs de diverses institutions charitables, les minorités, indéniablement, se font une place. À savoir : des laïcs, des Indiens, des femmes.

Pourquoi des Indiens ? Je ne sais pas, mais en parcourant rapidement la liste des canonisés pour les années 2019-2020, on en trouve deux, un homme (18ème siècle) converti au catholicisme et martyre (il fut torturé et fusillé sans jamais renier de sa foi) et une femme (début du 20ème) qui « se dévoua aux plus nécessiteux, toutes castes et religions confondues, malgré de nombreuses épreuves. Elle reçut les stigmates ».

Qui fait partie des minorités a plus de chances en cumulant. Laïc et Indien, par exemple, ou femme et Indienne, c’est mieux. Enfin, tout de même, il faut en avoir bavé.

On peut aussi miser, sans être Indien, sur le combo femme et laïque. Mais qu’on se le dise : devenir sainte, quand on est femme et laïque, ce n’est pas donné à tout le monde. En fait, je n’en ai trouvé qu’une.

Comment a-t-elle fait, cette sainte femme ?

Et d’abord, qui est-elle ?

Il s’agit de Marguerite Bays (1815-1879), une Suissesse dont j’apprends que « couturière, elle mena une existence pauvre, toutefois remarquable par sa vie mystique (visions, stigmates) et sa piété ».

Bingo ! Les stigmates !

Le tiercé gagnant, c’est donc deux points minorité plus stigmates.

Comme quoi, d’abord, les minorités, faut pas pousser. Faut avoir des stigmates pour passer. Les stigmates, c’est le visa d’entrée des indésirables chez les saints.

Comme quoi, ensuite, je ne serai jamais sainte.

Jacqueline Phocas Sabbah
Mot à mot