Étiquette : films

L’Empire du Milieu contre-attaque

Affiche du film “Journey to the West: The Demons strike back”

Le cinéma chinois va-t-il dévorer Hollywood ? Cela fait en tout cas longtemps qu'il est parti à la conquête du monde. Dès les années 1920, les frères Shaw étendaient leur empire sur toute l'Asie. Journey to the West, The Demons Strike back, blockbuster réalisé par Tsui Hark et présenté dans le cadre du 7e Festival du cinéma chinois en France, raconte la lutte d'un jeune moine contre les démons. Il ne s'agit pas de tuer le mal, mais de le faire revenir au bien. Ce n'est pas gagné... (Lire l'article)

Monument au mort

Logan, de James Mangold, avec Hugh Jackman, Patrick Stexart, Dafne Keen…

Le puissant mutant Wolverine, devenu l’ombre de lui-même, refugié à la frontière mexicaine et chargé d’un Docteur Xavier gâteux, reprend du service pour une ultime mission : protéger une enfant prodige qui semble avoir hérité de ses pouvoirs. Singulier opus, à nul autre pareil dans la saga X-men. Bienvenue dans un film âpre, sobre, rugueux, qui mêle les ruines du western, du thriller et du road-movie dans la même poussière crépusculaire. (Lire l'article)

Passengers, la SF lost in space

Passengers, un film de science-fiction de Morten Tyldum, avec Chris Patt et Jennifer Lawrence...

Dernier né de la nouvelle science-fiction hollywoodienne, Passengers, robinsonnade qui tourne à la rom-com entre le beau gosse et la star bombasse de service, s'avère-t-il à la hauteur de son genre, miroir déformant de notre condition humaine ? Que fait-il de sa situation de départ, aussi anxiogène que prometteuse : un colon du futur, sorti de son sommeil artificiel 90 ans avant destination, et condamné à vieillir et mourir seul dans un vaisseau dont il est le seul passager réveillé ? (Lire l'article)

Les Animaux fantastiques : ombre de la jeunesse, retour du refoulé

Les Animaux Fantastiques, film fantastique de David Yates, écrit par J.K. Rowling, avec Eddie Redmayne, Katherine Waterstone, Colin Farell...

Écrit par J.K. Rowling, produit par la Warner et réalisé par David Yates, Les Animaux fantastiques repeuple le monde de Harry Potter, cet univers qui nous a vus / que nous avons vu passer de jeunesse à maturité.... Pour y libérer l'Obscurus, ombre vivante et entité destructrice qui incarne le concept-clef de tout horror movie : le retour du refoulé. Plus encore qu’une anthologie du Merveilleux, avec son bestiaire de griffon, loup-garou, dragon…, ce long récit initiatique fait du surnaturel la meilleure matrice métaphorique pour raconter ombres et lumières de la jeunesse, de l’enfance à l’adolescence. (Lire l'article)

Doctor Strange, ou le stade du miroir, de Nosferatu à Trump

Que comprendre de l'adaptation de ce comics réputé psychédélique, et de la “dimension-miroir” qu'il met en scène, double mystique de notre monde réel ? Toute-puissance magique du septième art, qui contemple ses propres super pouvoirs ? Ou reflet de notre civilisation, dédoublée elle aussi en un univers parallèle où se jouent la bataille des puissants et le destin des mortels, jusqu'à Trump récemment ? (Lire l'article)

Un documentaire réparateur

Vers une inconditionnelle liberté, documentaire de Vartan Ohanian et Serge Challon

Ce n’est pas l’histoire d’un taulard, ni l’histoire de ce qui a fait de lui un taulard (1). C’est l’histoire de portes qui ne se sont jamais ouvertes et qui se referment sur un jeune homme de 17 ans et 6 mois, qui s’entrouvriront pour une libération conditionnelle en 2003 et s’ouvriront à la fin de sa peine en 2013. Le film (56’) Vers une inconditionnelle liberté, de Vartan Ohanian et Serge Challon, ne pose aucune question directement, il fait confiance à son sujet, Jean-Marc Mahy, pour les poser. (Lire l'article)

Aurillac en pleine forme

Festival d'Aurillac 2016 - une critique de René Solis dans délibéré

Soit, d'un côté, un festival dont le désordre public est la raison d'être, et de l'autre un contexte politique –l'état d'urgence– à la philosophie radicalement contraire. Le festival des arts de la rue d'Aurillac, qui s'est terminé samedi 20 août, a bien surmonté le dilemme, et ce n'est pas l'état d'urgence qui a gagné. Trente ans après sa fondation, en 1986, la manifestation se porte bien. Ce n'est pas qu'une question de chiffres –vingt compagnies dans la programmation officielle et plus de six-cents autres dites “de passage” dans le off. C'est aussi que les arts de la rue continuent d'inventer et de frapper fort, toutes générations confondues. (Lire l'article)

Rubens, Godard et les autres

La salle des Rubens, au cœur du musée royal des Beaux-Arts d'Anvers est actuellement fermée pour travaux. Qu'à cela ne tienne : dans Het Land Nod (Le Pays de Nod), le collectif FC Bergman se propose d'installer les spectateurs dans la salle d'origine, reconstituée à l'identique. Ne manquent que les Rubens aux murs. À l'exception d'une crucifixion, connue sous le titre Le coup de lance, où le Christ est entouré des deux voleurs. Entre gardiens maladroits et visiteurs intempestifs, la salle des Rubens est très fréquentée. On y croise même Godard... (Lire l'article)

Des Damnés qui font Mal

Le 70ème festival d'Avignon s'est ouvert mercredi 6 juillet avec la représentation dans la Cour d'honneur du Palais des Papes des Damnés, d'après le film de Luchino Visconti, dans une mise en scène de Ivo van Hove avec la troupe de la Comédie-Française. Cauchemar ou bal des spectres, au delà des personnages du film de Visconti, ce sont bien des figures théâtrales qui revivent et meurent sur le plateau de la Cour d'honneur. Ivo van Hove fait de son spectacle un rituel mortuaire, parfois magnifique, souvent glaçant, en lien avec le monde d'aujourd'hui.
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Après vous, je vous en prie…

Le nombre imaginaire, par Yannick Cras © Anne Pionchon Westhoff

Par temps d’inondation, vous vous rendez à un congrès mathématique important et n'êtes pas en avance. Mais voilà : avec toutes ces routes barrées, le trajet habituel vers l'université est impraticable. Vous devez prendre les petites routes, et traverser une détestable portion encaissée de chemin communal à une voie, habituellement peu fréquentée car elle s'entortille en épingles à cheveux, sans dégagement ni visibilité, sur cinq cents mètres. Manque de chance, les feux qui régulent normalement la circulation alternée sont en panne ! Pour tout arranger, au moment où vous arrivez à l’entrée de cette chicane, vous distinguez de loin un véhicule qui arrive de l’autre côté et se prépare lui aussi à s’y engager. Vous-même vous arrêtez un instant pour réfléchir... (Lire l'article)

Portugal-Autriche : tout ça pour un nul

délib'euro – l'Euro 2016 des écrivains, vu par Clo'e dans délibéré

Tous mes potes sont au bar pour vanner les tos et les fritz, et moi, moi qui suis le meilleur sur la vanne portugaise et germanophobe, je me retrouve dans ce “dîner pro” entouré de couillons béats pour célébrer un premier roman à la con de nature writing d’un obscur écrivain américain, forcément tatoué comme une porte de chiottes, bien évidemment éduqué à l’école de la vie comme dirait l’autre conne, qui se glorifie dans un récit pourtant sans relief aucun d’avoir touché à tout avant de finir dans une université crasseuse du Minnesota. (Lire l'article)

Electroménager blanc, idées noires

Ferdinand Keller - Le Tombeau de Böcklin (1902) - Un fait divers analysé par Edouard Launet

Elle achète un congélateur et trouve un cadavre dedans.” Une Américaine de Caroline du nord rachète un congélateur à sa voisine qui s’apprête à déménager. Quelques jours plus tard, l’acheteuse ouvre l’appareil et découvre qu’il contient un cadavre, celui de la mère de la voisine. Ce sont des choses qui arrivent... En lisant le titre de cette dépêche de l'AFP, je me suis pris à rêver qu’il s’agissait d’un congélateur neuf, tout juste livré par un grand magasin d’électroménager. Il aurait été possible de tracer un parallèle avec le magnifique plan séquence qu’Alfred Hitchcock souhaitait glisser dans la Mort aux trousses. (Lire l'article)

Money Monster, du dollar ou du cochon

L'affiche du film "Money Monster". Une critique cinéma de Thomas Gayrard dans Délibéré

Il en est de l'œuvre réalisée par Foster comme de certaines rencontres amoureuses : elle a tout pour plaire, mais la magie ne prend pas. Fable moderne sur la finance prédatrice, ce thriller sophistiqué, projeté dans le faux temps direct d'un live, a le mérite pourtant de mettre en scène l'obscénité de notre époque, révélée par la crise financière de 2007, quand le cash fait le show – mais on ne sait plus sur quel pied danser ici... (Lire l'article)

Café Society : Woody Allen est-il un genre ?

Café Society. Un film de Woody Allen. Une critique de Thomas Gayrard dans Délibéré

Pour les palais délicats, la mixture d'un blockbuster est faite d’une recette trop prévisible, étouffe-chrétien dont on reconnaît et même anticipe tous les ingrédients... Mais est-ce si différent du cinéma d'auteur de Woody Allen ? Lui qui toujours concocte sa petite cuisine entre romantisme et psychanalyse nous ressert dans Café Society un mélodrame grand style, partagé entre Hollywood et New York. (Lire l'article)

Captain America – Civil War, Renaissance de la Tragédie

Décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume d’Amérique… Car du dernier né Marvel à celui de son éternel rival DC Comics  (Superman vs Batman), on retrouve non seulement le même dispositif mythologique – un duel entre frères et ennemis et icônes pop –, mais surtout la même question morale : celle du dommage collatéral, dans un monde toujours plus complexe, obsédé par le deuil et la culpabilité... (Lire l'article)

Un musicien en or

On trouve étrangement peu de plasticiens inspirés par l'œuvre de Scarlatti. Mais les sonates sont elles-mêmes des œuvres plastiques, puisque Scarlatti se pose toujours la question du lien entre l'œil et l'oreille. À cet égard, une étude fine de leur structure montre que leur constituant principal, le grand motif double symétrique dont il a beaucoup été question ici, n'a pas de position précise au début du corpus. Peu à peu, cependant, il migre vers une position bien particulière, aux deux-tiers de la sonate. À y regarder de plus près, c'est à mi-chemin entre la moitié (4/8) et les trois-quarts (6/8), soit à 5/8, à quelques millièmes près de ce qu'il est convenu d'appeler le “nombre d'or” : 0,618... (Lire l'article)

Le style et la structure

Sonia Delaunay, Trois femmes, formes, couleurs, 1925. Musée Thyssen Bornemisa, Madrid

Avec Scarlatti, les musicologues disposent d'un cas d'école : ce Napolitain vivant à Lisbonne puis à Madrid n'a cessé de mélanger les styles — italien et espagnol, mais aussi les goûts français et allemand — comme il a joyeusement mélangé les motifs musicaux de ses sonates. Démêler les styles et les structures imbriqués dans les sonates est le secret du bonheur scarlattien, mais l'éducation musicale, par tradition, ne met l'accent que sur le style. C'est dommage, car c'est réducteur. Prenez par exemple un prestigieux pianiste, chef d'orchestre et grand scarlattien, Christian Zacharias. Prenez ensuite une sonate au hasard, la 193 par exemple, et demandez-lui ce qu'il entend. (Lire l'article)

Green Room / High-Rise, dans la cage aux chiens

Green Room, thriller américain de Jeremy Saulnier, avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Steward… Une critique de Thomas Gayrard

En ces temps d’Apocalypse sociale programmée, voilà deux huis clos construits comme des survivals, qui tracent un horizon de tragédie pour notre monde : le retour à la barbarie, la menace du fascisme. Assez sèche et surprenante, la série B Green Room explore un nouvel hors champ de l'Amérique white trash : un groupe de punk se retrouve pris au piège d'un local de skinheads, des red necks aryens moins cons qu'il n'y paraît... Moins convaincant, High-Rise, adapté d'une satire SF de Ballard, nous enferme dans une tour de béton où d'un étage à l'autre, s’architecturent les rapports de classe, avant que le meilleur des mondes ne dégénère en dystopie sale et sauvage... (Lire l'article)

Grimsby – agent trop spécial, ou la Révolution au stade anal

Gimsby, Agent Trop Spécial. Un article de Thomas Gayrard

Comment diable ? en de si délicates pages, on va vraiment évoquer la dernière provoc régressive du trublion-caméléon Sacha Baron Cohen ? Avec cette parodie d'espionnage jouée comme un buddy movie entre frères, l'un agent secret, l'autre prolo trash, bienvenue dans un monde d’obsessions anales et scatologiques, de corps monstrueux extirpés du hors champ social. Une version 2.0 du grand carnaval rabelaisien des chairs et des substances, une de ces farces où l'on joue à renverser l’ordre établi... (Lire l'article)

Le Livre de la Jungle, d’une hypnose à l’autre

Walt Disney, Le livre de la jungle

Welcome to the jungle – et dans un paradoxe de la création : parmi tous nos récits classiques, celui qui raconte combien difficile il est pour le “petit d’homme” de s’extirper de la Nature sauvage s’est incarné dans les formes les plus artificielles du 7ème art, le plus artificiel de tous. De la grâce que nous a laissé le dessin animé de 1967, merveille de notre enfance dont l'hypnose n'a jamais cessé, que reste-t-il dans le reboot de Jon Favrau – dessin animé aussi, mais tout en synthèse hyperréaliste, puisque de live action ici, il n'y a de fait que son héros Mowgli ? (Lire l'article)

L’annuaire de Kirkpatrick

Chroniques scarlattiennes / Ramón Casas, Jeune décadente (1899), Musée de Montserrat

L'Américain Ralph Kirkpatrick, élève de Wanda et musicologue à Yale, est le principal biographe de Scarlatti. Son Domenico Scarlatti de 1953 est cependant à prendre avec des pincettes. La biographie est remarquable, mais la musicologie a souvent été remise en question. Non, toutes les sonates ne vont pas par paires, non, le point d'orgue de la sonate n'est pas la “crux” qu'il avait inventée, non Scarlatti n'a pas composé toutes ses sonates pendant les cinq dernières années de sa vie. Mais tout défricheur prend et assume le risque de faire fausse route. Son jugement sur l'évolution des sonates est parfois un peu énigmatique mais toujours d'une grande justesse. Il est l'auteur d'une classification “scientifique” des sonates. Mais la  “vraie” classification chronologique reste à faire. (Lire l'article)

Kung Fu Panda / The Assassin… en quête du “chi-néma”

À l’affiche, deux films que tout semble opposer tentent de se réapproprier le film d’arts martiaux chinois. D’un côté, Assassin, le wu xia pian  de l’auteur Hou Hsiao-hsien, Sifu d’une modernité esthète et intimiste... De l’autre, Kung Fu Panda 3, la franchise la plus populaire de sa Seigneurie Dreamworks, dans la lignée des Jackie Chan... A priori, pas plus à voir entre ces deux là qu’entre un moine en tunique et un colosse en armure qu’on mettrait face à face.Mais l'un et l'autre parviennent-ils à saisir le “Chi”, ce principe de l’énergie vitale cher à la cosmologie bouddhiste ? (Lire l'article)

Superman vs Batman, concours d’engins

Batman vs Superman

Avouons-le, l’affiche du jour nous a fait envie : face à face sur le ring, les deux stars historiques de l’écurie DC Comics, Ange et Démon d’un catch geek planétaire, “super hérauts” de valeurs que tout oppose – entre le premier de la classe, immortel descendu sur Terre et remisé au placard dans son costume de réac, et le justicier vengeur borderline, “humain trop humain”. Tous deux réconciliés par le fantasme de l'hyperpuissance comme virilité, dans un imaginaire hollywoodien qui met ici à nu sa libido malade, sa mauvaise bile de frustration masculine et de régression œdipienne. Et Superman et Batman de finir entre poilus qui se comparent l’engin, selon la bonne vieille fraternité des vestiaires et des casernes. (Lire l'article)

Midnight Spécial, de l’enfance comme consolation

Midnight Special

Quand la SF tourne au road movie dépressif : un père s’enfuit avec son fils Aton, doué d’une aura paranormale, avant un mystérieux rendez-vous donné par des forces invisibles. Drame de la paternité, Midnight Special de Jeff Nichols met en scène “l’enfant prodige” comme un mystère – et d’abord pour ses parents –, ses transes spectaculaires et ses ressorts internes comme autant d’énigmes quantiques. C’est qu’ici notre univers tout entier est un mystère, une nuit noire où nos existences filent comme un bolide roulant tout phare éteint. Au milieu de tant d’obscurité, le regard d’Aton illumine les adultes, soudain touchés par la grâce d’une tendresse infinie… (Lire l'article)

Deadpool, ou l’esthétique du bluff

Deadpool

Dans le nouvel Olympe marketté par Hollywood, Deadpool, énième comics passé sur grand écran, incarne le sale gosse de la famille mutante. À savoir, sous sa combinaison noire et rouge, un tueur à gages amoral et roublard, avec un visage de zombie, une puissance de surhomme et un don d’immortel. Mais son vrai super pouvoir, c'est le super second degré. Dès l’ouverture se déploient tous les vertiges de l’ironie et de la mise en abyme : voix off gouailleuse et regard caméra complice, gags parodiques. Dans ce kaléidoscope de clins d’œil et de reflets à l’infini, que reste-t-il du réel ? Rien, ou si peu. Fini le temps où des super héros sombres ou fragiles portaient doutes et traumas de l’après 11 septembre : nous voici revenus à l’ère du clinquant et du chiqué. (Lire l'article)

Fixer une existence

Ulrike Edschmid, La disparition de Philip S., éditions Piranha, 2015

Venant de sa Suisse natale, Philippe S. arrive à Berlin à la fin de l'été 1967 pour entrer à l'Académie du film. Il a 20 ans, Ulrike Edschmid en a 27, elle vient de se séparer du père de son jeune fils et, parce qu'elle utilise le téléphone mural de l'Académie, croise Philip S. et en tombe amoureuse. La Disparition de Philip S., récit d'un amour qui s'évanouit avec la disparition volontaire d'un homme, tué en mai 1975 par un policier sur un parking d'une banlieue de Cologne, est construit comme un scénario de film alternant le récit de leur aventure commune et les flash-back sur la mort de Philip S., dévoilée dès la première page. Un homme qui écrivait “ne pas vouloir filmer les gens et le monde pour étayer une théorie, ni pour former et défendre une opinion, mais seulement pour fixer leur existence.” (Lire l'article)

Visions aveugles

Dong-Hyun Kim, “Blind Spot” (2015), vue d'installation. © ENSAPC YGREC

Il est une chose superbe dans le fonctionnement de l’œil, c’est qu’au beau milieu de la surface sensible qu’est la rétine se trouve un point aveugle. L’approche dominante postule la totale transparence du monde – la formule consacrée veut qu’à l’heure d’internet, des réseaux et des technologies de pointe, rien ne puisse plus échapper à l’œil inquisiteur d’un Big Brother menaçant. À moins, précisément, que la possibilité d’échapper à la vue ne se trouve dans la vision même ? C’est une des questions que pose le projet Staring at You Staring at Me, qui se déploie dans cinq lieux (deux à Séoul, trois à Paris et en région parisienne) et rassemble sans distinction le travail d’étudiants et d’artistes confirmés vivant en France ou en Corée. (Lire la suite)

Ramène donc ta science

Bâtir un spectacle à partir d’informations scientifiques, faire de la connaissance un divertissement, amener du complexe jusque sur le devant de la scène sont des entreprises éminemment casse-gueule. Aussi est-il surprenant de voir aujourd’hui de plus en plus de créateurs aller puiser dans des sujets technico-scientifiques ou économiques la matière de leurs productions. Plus surprenant encore est de constater que les réussites sont de moins en moins rares. La preuve avec Adam McKay, Jérôme Ferrari, Jean-François Peyret, David Wahl, Jean-Yves Jouannais, Frédéric Ferrer, Alexandre Astier ou Sébastien Barrier. (Lire la suite)

Autobiographique

Sharunas Bartas, Peace to us in our dreams

Comment se raconter, comment orchestrer l'aller-retour entre réel et fiction pour se faire entendre ? Réponses à travers trois films (Peace to us in our dreams de Sharunas Bartas, Peur de rien de Danielle Arbid, Mad love in New York des frères Safdie), deux livres (Le silence de Jean-Claude Pirotte, Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? de Roz Chast) et un spectacle (Les chatouilles ou la danse de la colère d'Andréa Bescond). Lorsqu'il s’agit de se raconter, c’est toujours à l’autre qu’un artiste parle, et c’est ainsi qu’il fait bouger son monde et le nôtre. (Lire la suite)

Jeunesse

Vingt ans après, Romeo Castellucci reprend son Orestie

Les œuvres de jeunesse sont passionnantes... à condition que les suivantes aient conquis notre intérêt. La preuve par Romeo Castelluci qui reprend vingt ans après son Orestie (une comédie organique ?) ; Apichatpong Weerasethakul, dont le premier long-métrage, Mysterious object at noon, sort pour la première fois en salles ; les courts métrages de Buster Keaton, dont l'intégrale est publiée en coffret chez ARTE et Lobster. (Lire la suite)

Splendeurs et misères

Quentin Tarantino - Les Huit Salopards

Un début de carrière est plus difficile à vivre face à une critique versatile. Des auteurs affirmés peuvent peut-être se payer le luxe de ne plus prêter attention à ce que l’on écrit sur eux. L'actualité théâtrale, littéraire et cinématographique nous permet de réfléchir à la question. Au menu, Thomas Jolly, Édouard Louis, Quentin Tarantino et Jean Echenoz. (Lire la suite)

La poussette infanticide

Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine

Les poussettes que certaines dames mères appellent des 4/4 n’hésitent pas à nous rouler sur les pieds ou à nous flanquer des coups dans les mollets. Mais il y a mieux encore. Propulsées sans frein sur la chaussée et sensées protéger la conductrice, se renversant dans les escaliers roulant, projetant des paquets, la plupart du temps des enfants mais aussi des colis suspects, elles sont des engins infanticides non déclarés. (Lire la suite)

Réel

Mettons côte à côte deux films et deux expositions, et posons-nous la question de savoir qui s’approche au plus près du “réel”. Au programme de ce Bentô : Mountains may depart, le film de Jia Zhangke et Toto et ses sœurs, celui d’Alexander Nanau ; l'exposition Étonnez-moi ! que le Jeu de Paume consacre au photographe Philippe Haslman ; et la première Biennale des photographes du monde arabe contemporain, organisée par l’Institut du Monde Arabe et la Maison Européenne de la Photographie. (Lire la suite)

L’oreille regarde (Thylacine + Rhodes Tennis Court)

Comment filmer un musicien populaire contemporain ? Prenons deux exemples : un qui filme et un qui joue, David Ctiborsky et Rhodes Tennis Court, respectivement. Le premier a suivi pendant deux semaines le musicien electro Thylacine dans le transsibérien, parti à la rencontre de musiciens locaux et d'inspiration. Le second, ce sont les musiciens de Rhodes Tennis Court, Marin Esteban et Benjamin Efrati, qui se décrivent comme “jouant face à face, comme à un jeu de raquettes, la compétition en moins”. Où l'on voit que c'est avec les yeux aussi qu'on fait de la musique. (Lire la suite)

Que l’énergie soit avec toi

star wars le réveil de la force

À l'heure où nous réalisons que notre révolution industrielle, avec sa débauche énergétique, a bouleversé le climat, et où les matières premières (dont le pétrole) commencent à se raréfier sérieusement, il apparaît clairement que Star Wars s'est trompé de siècle. Qui fera aujourd'hui de la science-fiction avec des énergies renouvelables et des idées pour sortir de l'impasse où nous nous sommes engagés ? (Lire la suite)

Absence

L’absence est une question essentielle dans l’histoire de l’art. Avec quatre exemples dans l’actualité, comme autant de tentatives de répondre à ce drame intime de nos vies, nous verrons que tous les sens peuvent être convoqués, mais qu’il en est un qui surpasse tous les autres : l’ouïe. La preuve dans Le Réveil de la force, l'épisode VII de Star Wars ; La Voix sombre, l'ouvrage bouleversant de Ryoko Sekiguchi qui vient de paraître chez POL ; le coffret de l'intégrale des récitals d'Elisabeth Schwarzkopf, publié chez Warner Classics ; et le film Valley of Love, de Guillaume Nicloux, qui vient de paraître en DVD et Blu-Ray. (Lire la suite)

Hauteurisme

Nanni Moretti Mia Madre Arnaud Laporte Bentô délibéré

Le naufrage artistique de Mia Madre, de Nanni Moretti, me semble un cas d’école du danger qui guette, et engloutit, nombre d’artistes que nous avons pu aimer à leurs débuts et qu’un accueil critique laudateur et/ou des prix prestigieux semblent avoir fait dévier de leurs trajectoires. Dans le nouveau film du cinéaste italien se trouvent conjuguées toutes les prétentions de l’auteur qui se pense sur les hauteurs de son art. Dans la liste des déconvenues : Le Pont des espions de Steven Spielberg, le roman 2084 de Boualem Sansal, ou encore la mise en scène de Tannhaüser de Wagner par Sasha Waltz. (Lire la suite)

Disparition

Pina Bausch - Café Müller

Qu’est-ce qui disparaît quand un artiste meurt ? Si un écrivain, un cinéaste ou un peintre voient leurs œuvres leur survivre, il n’en va pas de même pour tous les artistes. Et  la question de la préservation et de la restauration des œuvres d’art soulève régulièrement des polémiques, car le retour à l’état original relève du mythe. Un compositeurpeut publier ses partitions, mais  l’interprétation est une œuvre en soi. Qu’en est-il des comédiens et des danseurs ? Des metteurs en scène et des chorégraphes ? Luc Bondy disparu, que reste-t-il de son travail ? Et de celui de Patrice Chéreau ? De Klaus Michael Gruber ? De Pina Bausch ? D’Antoine Vitez ? (Lire la suite)

Empathie

minervini the other side yasmina reza bella figura raczymow Mélancolie d’Emmanuel Berl

Dans tous les arts, sous des formes diverses, se pose la question de l’empathie. Autrement dit, comment un auteur, un metteur en scène, un cinéaste, un plasticien, voire un musicien doit-il considérer son objet d’étude ou son sujet d’expression ? La réponse à cette question est déterminante dans l’effet produit sur le spectateur / lecteur / regardeur. Quelques exemples dans l’actualité – la pièce Bella Figura de Yasmin Reza, le documentaire The other side de Roberto Minervini, l'essai d'Henri Raczymow Mélancolie d’Emmanuel Berl – nous donneront un éclairage sur cette si singulière triangulation artiste-œuvre-public. (Lire la suite)

Lauréats

Boussole Mathias Enard Prix Goncourt

Il y a un décalage entre les critiques de toutes disciplines et le public. Combien de critiques cinéma ont-ils vu Les nouvelles aventures d’Aladin, qui cartonnent au box-office ? Hormis ceux des médias généralistes et populaires, sans doute assez peu. Quel public sera touché par le prix Marcel Duchamp, décerné lors de la dernière FIAC à Melik Ohanian ? Un tout petit nombre, déjà amateur d’art contemporain. Le prix Goncourt, décerné ce mardi à Boussole, de Mathias Enard, verra à coup sûr son lauréat arriver en tête de listes de vente dans les semaines à venir. Mais à qui la victoire ? Rarement aux artistes. (Lire la suite)

La force de l’âge

the visit la force de l'âge Bentô Arnaud Laporte

Pierre Soulages présente en ce moment à la Galerie Karsten Greve des œuvres réalisées entre 2013 et 2015, soit entre 92 et 94 ans. Michel Bouquet, 89 ans, et Robert Hirsch, 90 ans, arpentent toujours les plateaux de théâtre, et Charles Aznavour continue à se produire sur scène, à 91 ans, tandis que Claude Régy, 92 ans, ou Peter Brook, 90 ans, poursuivent leur travail de metteur en scène. Bien d'autres exemples pourraient être donnés d'une longévité sur laquelle ce Bentô s’interroge : quels sont les effets d’un âge avancé sur la pratique artistique, et quel est le regard que nous lui portons ? (Lire la suite)

Champ / Contre-champ

champ contre-champ oppenheimer hatzfeld

Comment se servir de son art pour dire le monde ? Un écrivain et un cinéaste répondent à cette question de façon magistrale : Jean Hatzfeld et Joshua Oppenheimer. Envoyé spécial de Libération au Rwanda juste après le génocide de 1994, Jean Hatzfeld enregistre des heures d’entretiens, retranscrit, se livre à un travail de montage et, dans une démarche absolument littéraire, donne forme à l’informe. Joshua Oppenheimer filme quant à lui les bourreaux du génocide indonésien et les confronte aux familles des victimes. (Lire la suite)

Amateurs

amateurs professionnels danse cinéma Laporte Jérôme Bel bruno dumont

“Tous ceux qui me disent qu'ils ne savent pas danser sont ceux qui m'intéressent le plus.” La phrase du chorégraphe Jérôme Bel prononcée en marge de son spectacle Gala permet de réfléchir à la place des amateurs dans les arts. Dans ce spectacle, il fait cohabiter les amateurs et les professionnels. Mêmes ingrédients pour la trilogie Dancing, de la Sud-Coréenne Eun-Me Ahn. Au-delà de ces cas particuliers, c'est la réception publique de ces propositions qui intrigue. (Lire la suite)

DésAccords

Comment mettre la musique en fiction ? On se souvient de l’excellent Ravel de Jean Echenoz, le récit des dix dernières années de la vie du compositeur, qui nous en disait long sur l'homme et ses sources d’inspiration. Dans l’actualité, un film et un spectacle ont aussi fait le pari, chacun à sa façon, d’approcher le mystère de la musique : Comme une pierre qui, d’après Greil Marcus, dans une mise en scène signée Marie Rémond et Sébastien Pouderoux, et Marguerite, de Xavier Giannoli. (Lire la suite)

Amours

Amour, manque d'amour, trop d'amour, amour masturbatoire, amour physique et sentiment amoureux... l'amour sous toutes ses formes, vu à travers le prisme de quatre œuvres choisies dans l'actualité culturelle de la semaine : Princesse Vieille Reine, ensemble de textes écrits par Pascal Quignard pour la comédienne et metteure en scène Marie Vialle ; Démons, une pièce de Lars Norén montée deux fois en cette rentrée, au Théâtre du Rond-Point et au Théâtre de Belleville ; Much loved, de Nabil Ayouch, et Fou d’amour, de Philippe Ramos, deux films sortis sur les écrans cette semaine. (Lire la suite)

PolitiquArts

La loi du marché, un film de Stéphane Brizé. Arnaud Laporte en parle dans délibéré

Les artistes ont-ils vocation à être les révélateurs des questions à l’œuvre dans nos sociétés ? Force est de constater que le théâtre français s’intéresse aujourd’hui davantage à lui-même et à ses formes qu’à la société toute entière. Qu'en est-il de la littérature et du cinéma ? Des bribes de réponses avec Christine Angot (Un amour impossible), Stéphane Braunschweig / Pirandello (Les Géants de la montagne), Stéphane Brizé (La Loi du marché), Jacques Audiard (Dheepan). (Lire la suite)

Luminothérapies

Que mettre dans un Bentô ? C’est la question que se posent chaque jour des millions de Japonais. C’est une bonne question pour ce premier Bentô qui, malgré une rentrée culturelle bien chargée et la tentation de mélanger les disciplines, fait toute la place à une œuvre-phare qui nous arrive à la fin de cet été, et qui bouscule tout le reste : Cemetery of splendour, du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. (Lire la suite)