Étiquette : Tex Avery

La porte !

"La porte", une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski

Tex Avery nous a cent fois menés au bord du gouffre, nous y a maintenus en lévitation tel le coyote suspendu, pour finalement nous plonger dans des abîmes de perplexité. Confrontés au choix de rire ou de réfléchir, nous avons choisi de faire les deux. Et parfois, l'analyse du rire rejoint la métaphysique la plus élaborée via une arithmétique irréfutable et une topologie irrésistible. (Lire l'article)

Cock-a-Doodle-Dog

Tex Avery, Cock-a-Doodle-Dog (analyse par Nicolas Witkowski)

Le secret d'Avery, c'est la construction, la disposition des gags les uns par rapport aux autres, et leur enchaînement. Les gags étaient déjà là depuis longtemps. Beaucoup se trouvent dans la période Warner, mais à l'état d'éléments dispersés, de spot gags. Ce n'est qu'à la MGM, autour de 1950, qu'ils s'assemblent selon la logique sémiophysique, comme les pièces d'un puzzle, pour constituer des touts précisément scénarisés et parfaitement cohérents. Exemple avec Cock-a-Doodle-Dog. (Lire l'article)

Des effets figuratifs

Si l'on suppose un émetteur (à peu près) stable, et une prégnance qui atteint sa cible, qu'advient-il du récepteur, troisième élément de la chaîne sémiophysique, et dernier élément de la syntaxe avéryenne ? Il subit des "effets figuratifs" d'une grande variété, comme on en a vu de nombreux exemples dans ces chroniques, les plus spectaculaires étant sans doute ceux que subit le loup à la vision de Cendrillon ou du Chaperon rouge. Cependant, l'effet peut ne pas être immédiat. Cet effet différé, car empêché ou interdit, se traduit par d'importantes transformations chez le récepteur. (Lire l'article)

Le langage est-il une chose ?

Tex Avery: le langage est-il une chose?

Parfois les bébés tentent de saisir les paroles qui sortent de la bouche de leur mère comme s'il s'agissait d'objets localisés. Et le miracle survient quand, ayant appris les noms des choses, il réalise qu'il suffit de les prononcer pour les obtenir. Qu'un adjudant-chef hurle “À vos rangs !” et 50 soldats se mettent au garde-à-vous. Et un "je t'aime" susurré chamboule toute une vie. Or, cette prégnance pas comme les autres qu'est le langage a fasciné Tex Avery, dont les cartoons regorgent de panneaux et de dispositifs visant à matérialiser le langage. (Lire l'article)

Obstinée comme une prégnance

“Obstinée comme une prégnance”, une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski

Une fois la question de la saillance réglée (si l'on peut dire), la prégnance est émise. Les divers accidents qui peuvent entraver la propagation de la prégnance sont une grande spécialité d'Avery, au ressort comique indéniable. Car la prégnance, malgré sa nature ondulatoire et évanescente, est bien plus stable et “solide” qu'une saillance. Parfois, elle s'avère impossible à arrêter. Mais parfois, elle s'arrête juste avant d'investir son récepteur, ce qui laisse le spectateur dans un état de frustration avancé. En fait, la seule façon d'arrêter une prégnance est de lui en opposer une autre. (Lire l'article)

Instable comme une saillance

“Instable comme une saillance”, une chronique de Nicolas Witkowski sur Tex Avery

La saillance : objet ou personnage émettant ou recevant des prégnances. Elle est d'une instabilité constitutive qui — acte fondateur du rire — tire le tapis sous nos certitudes les plus assurées. D'abord, un prédateur peut se transformer en proie, ou inversement, sans prévenir personne, ce qui mène à un cercle vicieux très réjouissant. Ensuite, une saillance peut se transformer en prégnance, ce qui pose une redoutable question, très voisine de celle que se sont posée les physiciens au début du XXe siècle, lors de la naissance de la physique quantique. (Lire l'article)

La sémiophysique pour les nuls

La sémiophysique pour les nuls

Après avoir repéré les principales références historiques d'Avery, il est temps maintenant d'analyser la structure de ses cartoons. À force de les regarder de près, on y remarque l'omniprésence d'une structure particulière, qui revient inchangée sous des aspects toujours différents : un personnage ou un objet émet un “influx” (un son, une onde, une parole, une pulsion) qui est capté par un autre personnage, ou objet, dont le comportement ou la forme est soudain modifié(e). On trouve curieusement une structure analogue chez le mathématicien René Thom, célèbre auteur de la “théorie des catastrophes” et médaille Fields 1958 pour ses travaux de topologie.
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Aristote à Hollywood (2)

Aristote à Hollywood (2) ou Tex Avery par Nicolas Witkowski

Aux causes finales, explications commodes mais illusoires, Aristote adjoignait les causes “formelles”, celles qui sont censées expliquer la forme des choses, vivantes ou inanimées. Et c'est sans doute la partie de sa philosophie qui a le plus mal vieilli, puisque la forme, dans le cadre de la science moderne, s'explique entièrement par les propriétés de la matière, guidées par une éventuelle “information”, matérielle elle aussi. Pour les créatures vivantes, cette information est d'ordre génétique et codée chimiquement dans leur ADN. La forme d'Aristote, elle, était une “essence”, une “idée” venant d'un mystérieux monde extérieur pour informer la matière brute. Tex Avery, bien sûr, se saisit de cette notion surprenante. (Lire l'article)

Aristote à Hollywood (1)

Aristote à Hollywood. Une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski

Les superstitions et les théories loufoques étant un grand ressort du comique avéryen, on a vu Tex Avery faire ses courses au XVIIe siècle (coyotes suspendus et homoncules) et même au Xe (regard télescopique) ; son voyage au supermarché de l'histoire des idées obsolètes ne s'est cependant pas arrêté là, le rayon “philosophes de l'Antiquité” l'ayant particulièrement fasciné. Plus une idée est ancienne, plus grand est son pouvoir comique potentiel. Aristote, avec son étrange (méta)physique dont il n'a pas été facile de démontrer la fausseté, et sa conception très personnelle de la causalité, est spécialement précieux. (Lire l'article)

Théorie du coyote suspendu

Théorie du coyote suspendu. Une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski

Le freinage (par antigravité ?) avant l'atterrissage est devenu un grand classique du dessin animé. La façon de tomber en est un autre : il arrive souvent chez Avery que lorsqu'on coupe un arbre (Timber !!), il tombe du mauvais côté en dépit des lois de la pesanteur. Surtout, comme chez le vil coyote de Chuck Jones, il n'est pas rare de voir un personnage courir, et continuer sur sa lancée en dépassant le bord de la falaise. Il finit par s'arrêter, se gratte la tête et réalise qu'il est dans le vide, ce qui déclenche sa chute immédiate — à la verticale. Or cette “théorie du coyote suspendu” est loin d'être absurde, comme va le montrer un petit détour par l'histoire des sciences. (Lire l'article)

Big Bad Wolf chez Ibn al-Haytham

“Big Bad Wolf chez Ibn al-Haytham”: Une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski

Le regard, chez Tex Avery, c'est toute une histoire... On a déjà vu les yeux du méchant loup palper Droopy pour s'assurer de sa présence. Bien plus souvent, ils vont palper le petit chaperon rouge ou Cendrillon avec des buts moins avouables. Grande est la variété graphique des représentations du regard — de l'œil exorbité et “sonnant et trébuchant” à l'onde impalpable mais transportant de l'énergie. Cette obsession visuelle est-elle un simple fantasme avéryen ? Pas du tout. La fixation pathologique de Tex Avery sur le regard a, comme son homoncule sensoriel, de très anciennes racines historiques. (Lire l'article)

Homunculus averyensis

Homunculus averyensis

Les personnages d'Avery, comme ceux des autres dessins animés, possèdent cette merveilleuse plasticité qui assure leur survie, même après s'être fait aplatir ou enfoncer dans le sol. Mais chez Avery, on peut aussi se fragmenter, clignoter, s'effriter. Chaque partie du corps acquiert son autonomie, reprend sa liberté. En opposition catégorique avec la notion d'“individu”, le corps avéryen est décidément du genre “dividu”. Un simple coup de marteau suffit à montrer que, loin d'être un assemblage visqueux de choses molles, le corps avéryen est un béton (mal) armé mais bien structuré en couches concentriques se fragmentant l'une après l'autre. On meurt pour de bon mais, à la mort violente, Avery préfère l'émotion pure, dont les effets sont bien plus spectaculaires. (Lire l'article)

Métaphores et métalepses

Gérard Genette à l'honneur des chroniques avéryennes de Nicolas Witkowski

À la fin de son Mystère Tex Avery, Robert Benayoun propose en vrac un “lexique succinct des métaphores texaveriennes”, en d'autres termes ces “trucs” qui prouvent que l'on se trouve bien dans l'univers avéryen. On y trouve l'effritement, propension des personnages maltraités à se retrouver en morceaux façon puzzle, la folie lubrique, de l'érection des globes oculaires à la mâchoire qui tombe sur le sol, la folie définitive, à coups de marteau, les “accélérations insanes”, les aphorismes, tel le kangourou sautant dans sa propre poche, ou le “sur-commentaire”, façon “Long isn'it ?” apparaissant sur un panneau devant une très longue voiture. Mais Tex Avery est surtout le roi de la “métalepse narrative”, au sens que lui a donné Gérard Genette. (Lire l'article)

Droopy chez Bergson

Henri Bergson (1878)

Comprendre le rire chez Tex Avery, c'est d'abord revenir aux grands classiques. En l'occurrence Le Rire de Bergson (1900), ouvrage qui, malgré sa petite taille et son âge avancé, n'a pris d'autres rides que celles qu'impriment les zygomatiques. Bergson, qui n'est pas un rigolo, balance d'emblée une hypothèse fracassante : “Le rire, c'est du mécanique plaqué sur du vivant”. Ensuite, cela se gâte, car son sens moral lui inspire qu'au fond, le rire est peut-être un signal social adressé aux marginaux en situation irrégulière pour les inciter à rentrer dans le rang. La gravité d'un Buster Keaton, ou l'apathie de Droopy, seraient-elles les figures tragiques indiquant que le rire, au fond, n'est pas si drôle ? (Lire l'article)

Tex Avery existe-t-il ?

Robert Benayoun

Robert Benayoun (1926-1996), historien du cinéma, scribe de l'érotisme et du rire surréalistes, a vécu avec Tex Avery, et surtout sans lui, une étrange aventure. Fasciné par une oeuvre qu'il qualifie magnifiquement de “déculottage darwinien, tarte à la crème relativiste et kugelhof freudien”, il monte dans les années 1960, avec quelques amis de la revue Positif, un “Bureau de recherches texaveriennes” qu'il situe quelque part entre le CNRS et l'Oulipo. Surtout : il tente dès 1951 d'entrer en contact avec Tex Avery... (Lire l'article)

Tex Avery fait-il (encore) rire ?

Tex Avery fait-il (encore) rire? Nicolas Witkowski pose la question.

Les dessins animés de Tex Avery ont fait rire dans les années 1940, 50 et 60. Et aujourd'hui ? Ont-ils rejoint l'humour 1900, qui ne passe plus, comme tant de comiques depuis, enfouis au cimetière de la rigolade ? Sur les 30 ans de création de Tex, bien des private jokes, des américanismes dont le sens s'est perdu, ainsi que nombre de vannes machistes ont mal vieilli. Tous les cartoons d'Avery ne sont pas excellents, loin de là. Pourtant, ils recèlent tous cette petite dose de piment indéfinissable qui fait son effet (explosif) à retardement. (Lire l'article)

L’irréductible Gaulois du cartoon

L'empereur du dessin animé s'appelle Walt Disney. Mais à son empire de bambis pelucheux et de mièvres cendrillons qui en est venu à conquérir la planète, s'est vite adjoint un groupuscule d'irréductibles cartoonistes qui se sont choisi un roi : Tex Avery. Cet anti-Disney, ce Walt qui aurait fumé la moquette, est coopté à l'unanimité par Bob Clampett, Preston Blair, Chuck Jones ou Bob Cannon : Avery a géré une fine équipe d'animateurs dévoués, pour produire, à raison de 4 ou 5 cartoons par an pendant plus de 20 ans, une extraordinaire série de dessins animés. (Lire l'article)