Étiquette : théâtre

Amphitryon, cauchemar à la russe

Amphitryon, mise en scène en russe de Christophe Rauck

L’Amphitryon en version russe que Christophe Rauck met en scène avec les acteurs de l’atelier Piotr Fomenko à Moscou est plus proche de la comédie noire -voire du cauchemar- que de la farce. Les malheurs de Sosie bastonné par Mercure, et d’Amphitryon humilié par Jupiter qui lui pique Alcmène sa légitime, prêtent moins au rire qu’à l’inquiétude et ce qui se joue sur la scène du Théâtre du Nord à Lille, renvoie plus à la lutte des classes (l’arrogance des maîtres de l’Olympe face à l’impuissance des simples mortels) qu’au divertissement carnavalesque. (Lire l'article)

La guerre des mots

Lola Arias: Minefield / Campo de minas / Champ de mines © Manuel Abramovich

Dans Champ de mines, l'Argentine Lola Arias continue à œuvrer à la (re)construction d'une mémoire collective, avançant le long d'une ligne ténue entre réalité et fiction. Elle y met en scène six hommes ayant appartenu à deux camps ennemis : l'armée argentine et l'armée britannique, en 1982, au moment de la guerre des Malouines. En revenant sur cet épisode de l'histoire des deux pays, Champ de mines place les questions de traduction au cœur de ses préoccupations. (Lire l'article)

Traduire le vivant

Traduire un auteur vivant offre la possibilité de l'interroger, de lever des doutes, de confirmer ou infirmer des hypothèses, etc. Possibilité que le traducteur n'est pas tenu d'exploiter puisque c'est l'œuvre qui est soumise à traduction, et non les intentions de son auteur. Il est un cas où la parole de l'auteur s'impose au traducteur : lorsqu'il s'agit de traduire une pièce de théâtre mise en scène par l'auteur, voire jouée par l'auteur. En d'autres termes, lorsque l'auteur reprend les droits sur son texte, pour l'extraire des pages du livre et lui donner une nouvelle vie sur la scène d'un théâtre. (Lire l'article)

Un documentaire réparateur

Vers une inconditionnelle liberté, documentaire de Vartan Ohanian et Serge Challon

Ce n’est pas l’histoire d’un taulard, ni l’histoire de ce qui a fait de lui un taulard (1). C’est l’histoire de portes qui ne se sont jamais ouvertes et qui se referment sur un jeune homme de 17 ans et 6 mois, qui s’entrouvriront pour une libération conditionnelle en 2003 et s’ouvriront à la fin de sa peine en 2013. Le film (56’) Vers une inconditionnelle liberté, de Vartan Ohanian et Serge Challon, ne pose aucune question directement, il fait confiance à son sujet, Jean-Marc Mahy, pour les poser. (Lire l'article)

Tout est scène

La Nuit des Camisards, texte de Lionnel Astier, mise en scène de Gilbert Rouvière, Compagnie Zinc Théâtre

“Tu as déshonoré la mémoire de mes ancêtres !” C’est ainsi qu’un éminent protestant cévenol a interpelé Lionnel Astier, auteur de La Nuit des Camisards, spectacle joué en nocturne et en extérieur, sur la soirée où commence la Guerre des Cévennes. Alors, pourquoi tant d’ires ? La fiction de théâtre n'a-t-elle pas droit de heurter l'Histoire et la Foi ? La pièce pose d’abord la question de la fiction, de la liberté qu’elle prend avec le réel. Le réel, Lionnel Astier revendique de lui infliger les outrages du créateur... (Lire l'article)

Aurillac en pleine forme

Festival d'Aurillac 2016 - une critique de René Solis dans délibéré

Soit, d'un côté, un festival dont le désordre public est la raison d'être, et de l'autre un contexte politique –l'état d'urgence– à la philosophie radicalement contraire. Le festival des arts de la rue d'Aurillac, qui s'est terminé samedi 20 août, a bien surmonté le dilemme, et ce n'est pas l'état d'urgence qui a gagné. Trente ans après sa fondation, en 1986, la manifestation se porte bien. Ce n'est pas qu'une question de chiffres –vingt compagnies dans la programmation officielle et plus de six-cents autres dites “de passage” dans le off. C'est aussi que les arts de la rue continuent d'inventer et de frapper fort, toutes générations confondues. (Lire l'article)

Chalon dans la rue, revivre à 30 ans

Compagnie Jeanne Simone © Michel Wiart - Un article de Marie-Christine Vernay au festival Chalon dans la Rue

Lors de sa 30e édition, du 20 au 24 juillet, le festival Chalon dans la rue qui va perdre son directeur Pedro Garcia (arrivée du successeur ou successeuse le 1er janvier 2017), défenseur sans faiblir de l’espace public, a réuni une fois de plus les artistes et la rue. Au menu, plus de 150 compagnies, in et off confondus, et 200 000 spectateurs pour plus de 1000 représentations en 5 jours. L'auteure de cet article y mettait les pieds pour la première fois. Expérience concluante malgré des erreurs de débutante dans l'appréhension de l'événement. (Lire l'article) 

Marco Layera, à gauche prout

Marco Layera: "La dictadura de lo cool" © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon 2016. Une critique de René Solis dans délibéré

Dans La Imaginación del futuro, présenté au festival d'Avignon 2014, le metteur en scène chilien Marco Layera s'amusait à déboulonner l'icône de gauche Salvador Allende, représenté en vieille baderne gâteuse responsable des exactions de la dictature à venir. Plutôt réussie dans la forme, la satire laissait perplexe quant au fond, même sous couvert d'humour et de second degré. Dans La Dictadura de lo cool, son nouveau spectacle, on retrouve les mêmes ingrédients : farce politique déjantée et fond de sauce réactionnaire, même si Layera prétend se donner un vernis radical d'ultra gauche.
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Thomas Bernhard, Krystian Lupa : l’Europe par la face sombre

Parue quelques mois avant sa mort, Place des héros est la dernière pièce de Thomas Bernhard, et l'une des plus provocatrices. Imprécateur impitoyable dans la lignée des héros bernhardiens, le personnage principal a la particularité d'être absent : la pièce s'ouvre au lendemain de son suicide. Si le mort est omniprésent tout au long de la pièce, ce n'est pas seulement parce que ses chaussures, ses chemises et ses costumes sont encore là, mais parce qu'il hante littéralement tous les survivants : quand ils ouvrent la bouche, c'est encore le suicidé qui parle, tant sa détestation du monde semble avoir contaminé tous ses proches. (Lire l'article)

Traité de savoir-rire

Raoul Collectif: Rumeur et petits jours © Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon 2016. Une critique de René Solis dans délibéré

Émission radio en direct au Cloître des Carmes : l'atmosphère renvoie aux années 1970 ; ça clope –des gitanes–, ça bricole –un tourne disque pour envoyer le générique–, ça enchaîne mais ça cafouille, on n'est pas chez des pros. Sur le fil de la dérision, Rumeur et petits jours, le spectacle de Raoul Collectif, puise aussi dans l'héritage politique ou philosophique de cette période. Le nom de leur compagnie fait référence à Raoul Vaneigem, l'une des figures de l'Internationale situationniste, auteur d'un Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations. Sous sa forme foutraque, Rumeur et petits jours poursuit aussi des obsessions de fond : de la remise en cause du néolibéralisme à la pensée magique des Indiens Huicholes du Mexique. Sans oublier la poésie. (Lire l'article)

Rubens, Godard et les autres

Het Land Nod / Le pays de Nod, par le FC Bergman © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon. Une critique de René Solis dans délibéré

La salle des Rubens, au cœur du musée royal des Beaux-Arts d'Anvers est actuellement fermée pour travaux. Qu'à cela ne tienne : dans Het Land Nod (Le Pays de Nod), le collectif FC Bergman se propose d'installer les spectateurs dans la salle d'origine, reconstituée à l'identique. Ne manquent que les Rubens aux murs. À l'exception d'une crucifixion, connue sous le titre Le coup de lance, où le Christ est entouré des deux voleurs. Entre gardiens maladroits et visiteurs intempestifs, la salle des Rubens est très fréquentée. On y croise même Godard... (Lire l'article)

Karamazov, tous ensemble…

Karamazov d'après Dostoïevski, mise en scène de Jean Bellorini © Christophe Raynaud de Lage - Festival dAvignon

Encore un roman fleuve et un spectacle au long cours : Jean Bellorini adapte et met en scène Les Frères Karamazov de Dostoïevski dans la carrière de Boulbon. Pendant près de six heures, les corps travaillent, fatiguent, transpirent. Sans écrans témoins, sans cinéma, à mains nues, face aux spectateurs. Loin de la géniale sophistication des Damnés dans la Cour d'honneur et du savoir faire consensuel de 2666  à la Fabrica, Karamazov est un formidable spectacle prolétaire, une extension du domaine de la lutte au théâtre. (Lire l'article)

2666, même pas mal

2666, d'après Roberto Bolaño, mise en scène de Julien Gosselin, festival d'Avignon 2016. Une critique de René Solis dans délibéré © Simon Gosselin

On saluera bien sûr la performance sportive. Enfermés ensemble durant une douzaine d'heures à la Fabrica, acteurs et spectateurs ont toutes les raisons, vers 2 heures du matin, de se féliciter mutuellement. Julien Gosselin a relevé le défi : son adaptation de 2666, le roman fleuve posthume du Chilien Roberto Bolaño, tient la route, fidèle à la structure du roman, restituant l'histoire et les principaux personnages, se baladant d'Europe au Mexique sans lâcher le fil de la narration, et révélant à de nombreux spectateurs un auteur majeur de la littérature du XXIe siècle. Pari réussi donc ? Tout dépend de ce que l'on entend par là. (Lire l'article)

Angélica Liddel, lumières dans la nuit

¿Qué haré yo con esta espada? - Que ferai-je,moi, de cette épée? (Approche de la loi et du problème de la beauté) - © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon 2016

Les trois actes du dernier spectacle de l'Espagnole Angélica Liddell vont et viennent entre Paris et Tokyo et entre deux événements sanglants : le meurtre, en 1981 à Paris, d'une étudiante hollandaise, dépecée et mangée par Issei Sagawa, le “Japonais cannibale”, et la tuerie du Bataclan, le 13 novembre 2015. L'horreur et la douleur du monde, c'est ce qui nourrit l'écriture de Liddell et son engagement physique sur le plateau. Ce qu'elle y fait de son corps tient de la performance – et de l'offrande, dans un rituel où la beauté est le contrepoint de la souffrance. (Lire l'article)

Des Damnés qui font Mal

LES DAMNES - D' aprés Luchino VISCONTI, Nicola BADALUCCO et Enrico MEDIOLI - Mise en scène : Ivo VAN HOVE © Christophe Raynaud De Lage / Festival d'Avignon 2016

Le 70ème festival d'Avignon s'est ouvert mercredi 6 juillet avec la représentation dans la Cour d'honneur du Palais des Papes des Damnés, d'après le film de Luchino Visconti, dans une mise en scène de Ivo van Hove avec la troupe de la Comédie-Française. Cauchemar ou bal des spectres, au delà des personnages du film de Visconti, ce sont bien des figures théâtrales qui revivent et meurent sur le plateau de la Cour d'honneur. Ivo van Hove fait de son spectacle un rituel mortuaire, parfois magnifique, souvent glaçant, en lien avec le monde d'aujourd'hui.
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Histoire d’Elle

© Yannick Perrin

Adapté du  roman d’Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens, sous la forme d'un quatuor où se mêlent théâtre, danse, cabaret, musique, poésie sonore, Icônes passe en revue sans hiérarchie les vies et œuvres de femmes qui ont marqué l’histoire et/ou nourri les magazines people. Auteur du texte et de l'adaptation, Anne-James Chaton est aussi sur scène aux côtés de François Chaignaud, Phia Ménard et Nosfell. Un enchantement dont le “Elle” qui revient comme un appel donne le ton mais également le rythme et la sonorité. Donné deux soirs à Chambéry, Icônes est programmé en mai à Mulhouse et Grenoble, avant une représentation à Avignon en juillet. (Lire l'article)

Lazare frappe à la porte

"Au pied du mur sans porte" de Lazare – Photo Hélène Bozzi

Artiste associé au Théâtre national de Strasbourg depuis janvier 2015, Lazare est candidat à la direction du Centre dramatique national de Gennevilliers, pour succéder à Pascal Rambert dont le mandat prend fin cette année. Dans une lettre adressée à Régine Hatchondo, Directrice générale de la création artistique au ministère de la Culture, il explique les raisons de sa candidature. Sur un ton qui tranche avec la pondération de rigueur dans ce genre d'exercice mais qui n'enlève rien à la pertinence et au sérieux de son projet. (Lire la lettre)

La femme aux masques de Phèdre

Isabelle Huppert et Norah Krief dans Phèdre(s) © Pascal Victor/ArtComArt

À l'Odéon, Isabelle Huppert incarne tour à tour une déesse antique, une star à la dérive dans un palace, une ménagère anglaise enfermée dans une banlieue glauque, une conférencière désabusée et l'héroïne de Racine. Autant de masques de Phèdre à la démesure d'une actrice qui excelle à souffler le chaud et le glacé et à livrer son corps à la contradiction. Sa performance exceptionnelle occulte en partie les failles du spectacle de Krzysztof Warlikowski, où les choix littéraires du metteur en scène (textes signés Wajdi Mouawad, Sarah Kane, J.M Coetzee) ne sont pas toujours à la hauteur de ses intuitions dramaturgiques. (Lire l'article)

A cup of Artdanthé

“They might be giants”, création de Steven Michel (Belgique) au festival Ardanthé (Vanves), 2016

Festival qui mêle les disciplines depuis 18 ans, Artdanthé accueille de nombreux jeunes (ou moins jeunes) auteurs et leurs recherches les moins attendues. En passant d’une performance à un spectacle, d’un workshop à une installation, on peut mieux appréhender ce qui propulse et inquiète les artistes, de moins en moins soutenus et reconnus, de moins en moins programmés et produits ou coproduits. Secoués comme leurs contemporains dans un monde de l’exclusion se repliant sur quelques nantis que la culture n’intéresse que si elle est attractive, rentable ou patrimoniale, plasticiens, metteurs en scène, chorégraphes, compositeurs ont fait de Ardanthé un lieu de parole, de controverse, d’invention et de réunion. (Lire l'article)

Ramène donc ta science

David Wahl dans Le Traité de la boule de cristal © Philippe Savoir

Bâtir un spectacle à partir d’informations scientifiques, faire de la connaissance un divertissement, amener du complexe jusque sur le devant de la scène sont des entreprises éminemment casse-gueule. Aussi est-il surprenant de voir aujourd’hui de plus en plus de créateurs aller puiser dans des sujets technico-scientifiques ou économiques la matière de leurs productions. Plus surprenant encore est de constater que les réussites sont de moins en moins rares. La preuve avec Adam McKay, Jérôme Ferrari, Jean-François Peyret, David Wahl, Jean-Yves Jouannais, Frédéric Ferrer, Alexandre Astier ou Sébastien Barrier. (Lire la suite)

Autobiographique

Sharunas Bartas, Peace to us in our dreams

Comment se raconter, comment orchestrer l'aller-retour entre réel et fiction pour se faire entendre ? Réponses à travers trois films (Peace to us in our dreams de Sharunas Bartas, Peur de rien de Danielle Arbid, Mad love in New York des frères Safdie), deux livres (Le silence de Jean-Claude Pirotte, Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? de Roz Chast) et un spectacle (Les chatouilles ou la danse de la colère d'Andréa Bescond). Lorsqu'il s’agit de se raconter, c’est toujours à l’autre qu’un artiste parle, et c’est ainsi qu’il fait bouger son monde et le nôtre. (Lire la suite)

Milo Rau, compassion pour un massacre

The Dark Ages, deuxième volet de la trilogie européenne de Milo Rau

Adepte d’un théâtre documentaire radical, le metteur en scène suisse Milo Rau, fondateur de L’International Institute of Political Murder, aborde l'actualité politique de front, du génocide rwandais à la tuerie d’Utoya, en passant par le procès des Pussy Riots ou les derniers jours des Ceausescu. Avec à chaque fois, un sidérant travail de reconstitution historique et de télescopage entre fiction et réalité. The Dark Ages, deuxième volet de sa trilogie européenne, suit le double fil de la guerre et de la mort du père, plaçant l'action dans un champ de bataille récent : la guerre des Balkans. (Lire la suite)

Jeunesse

Vingt ans après, Romeo Castellucci reprend son Orestie

Les œuvres de jeunesse sont passionnantes... à condition que les suivantes aient conquis notre intérêt. La preuve par Romeo Castelluci qui reprend vingt ans après son Orestie (une comédie organique ?) ; Apichatpong Weerasethakul, dont le premier long-métrage, Mysterious object at noon, sort pour la première fois en salles ; les courts métrages de Buster Keaton, dont l'intégrale est publiée en coffret chez ARTE et Lobster. (Lire la suite)

L’essence de l’œuvre

Warlikowski - "Les Français", à l'affiche à la Comédie de Reims

La fidélité à une œuvre n’est pas une question de respect d’une intégrité fantasmée, mais d’intelligence de lecture, de choix et de sensibilité. La preuve par deux spectacles de théâtre : Les Français, adaptation par Krzysztof Warlikowski de À la recherche du temps perdu, et Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, transcription, signée par Dorian Rossel du scénario de La maman et la putain. Dans les deux cas, la fidélité est totale, alors même que la “trahison” est évidente. (Lire la suite)

Rambert, entre brouillard et feu sacré

Laurent Poitrenaux dans “Argument”, de Pascal Rambert © Marc Domage

Après le succès planétaire de sa pièce Clôture de l'amour (créée au festival d'Avignon 2011), et le demi plantage de Répétition (2014), Pascal Rambert présente à Gennevilliers son dernier texte, Argument : Annabelle et Louis viennent d'un temps – les années 1870 – que Rambert s'amuse à reconstituer en multipliant les références historiques et sociales. Une pièce improbable, une scène de ménage entre un sadique et une revenante sous le regard d'un enfant mort vivant, un moment de théâtre hors sol, à la fois gonflé et artificiel, un tableau kitsch avec des traits de talent et de grâce. (Lire la suite)

Splendeurs et misères

Quentin Tarantino - Les Huit Salopards

Un début de carrière est plus difficile à vivre face à une critique versatile. Des auteurs affirmés peuvent peut-être se payer le luxe de ne plus prêter attention à ce que l’on écrit sur eux. L'actualité théâtrale, littéraire et cinématographique nous permet de réfléchir à la question. Au menu, Thomas Jolly, Édouard Louis, Quentin Tarantino et Jean Echenoz. (Lire la suite)

Le labo Dromesko

Le jour du grand jour, par le théâtre Dromesko © Fanny Gonin

À qui n’a jamais assisté à un spectacle de la compagnie Dromesko, il ne faudrait rien dire sinon d’aller y voir, et pour les Parisiens ça tombe plutôt bien : la dernière création, Le jour du grand jour, est actuellement à l’affiche du Montfort avant d’être à celle du 104 en février. C’est parfois drôle, souvent émouvant, toujours juste. Chacune des scènes s’apparente au développement d’une photo. L’image reste longtemps dans le bain, car le temps de Dromesko prend son temps. Ce mélange de burlesque et de poésie fait monter progressivement chez le spectateur un mélange d’émotions dont il se demande laquelle est la bonne. La chute est rarement celle que l’on avait anticipée. Donc voilà, allez-y, vous ne le regretterez pas. (Lire la suite)

Transmission de pensée

blanchard le reste sans changement dilettante bentô arnaud laporte

Comment restituer, transmettre une pensée ? Quelques réponses dans ce parcours de l'actualité des arts et de la culture : Le reste sans changement, dernier volume des Carnets d’André Blanchard, où l’employé municipal d’une galerie d’exposition de Vesoul consignait ses pensées sur le monde dans lequel il vivait. À Pompidou-Metz, l'exposition Cosa mentale. Les imaginaires de la télépathie dans l'art du XXe siècle nous propose de traverser l'histoire de l'art en s’intéressant à la fascination des artistes pour les modes de communication de la pensée. Nicolas Bouchaud et Eric Didry nous font quant à eux partager la pensée de Paul Celan, dans Le Méridien(Lire la suite)

Orestea, vingt ans après

Vingt ans après, Romeo Castellucci reprend son Orestie

Avant ou après le 13 novembre, impossible de ressentir de la même façon la représentation de la violence sur une scène de théâtre parisienne. Dans Orestea, l'adaptation par Romeo Castellucci des trois pièces qui forment L'Orestie d'Eschyle, cette violence cueille les spectateurs d'entrée. Elle est autant sonore (grondements d'avions et d'hélicoptères, explosions, rafales d'armes automatiques) que visuelle (corps torturés et mutilés, traînées de sang). Quand on a en tête de vraies images de massacre, ce déchaînement d'horreurs semble par moments dérisoire. Sa radicale étrangeté le sauve du ridicule ou de l'insupportable. Le spectacle présenté à l'Odéon est une reprise de celui créé il y a vingt ans. Comment avait-il été perçu à l'époque ? Pour ses lecteurs, délibéré remonte le temps. (Lire la suite)

Sister : spectacle fêlé en mal de scène

Hélène Mathon sister Eugene Savitzkaya

Les Subsistances aiment à brasser des idées, à mêler les genres et les styles. À l'occasion du festival Mode d’Emploi, la metteure en scène, auteure et comédienne Hélène Mathon proposait un spectacle sur la schizophrénie : Sister, sur un texte d'Eugène Savitzkaya qui nous met directement en relation avec le malade et son entourage, ne parlant pas de la maladie en tant que telle mais de sa perception à travers la fratrie. Sister est une plongée vertigineuse dans un monde délirant, trouble, douloureux mais peuplé. Sister a été déprogrammé par les Théâtres Sorano-Jules Julien à Toulouse. Dommage. (Lire la suite)

Disparition

Pina Bausch - Café Müller

Qu’est-ce qui disparaît quand un artiste meurt ? Si un écrivain, un cinéaste ou un peintre voient leurs œuvres leur survivre, il n’en va pas de même pour tous les artistes. Et  la question de la préservation et de la restauration des œuvres d’art soulève régulièrement des polémiques, car le retour à l’état original relève du mythe. Un compositeurpeut publier ses partitions, mais  l’interprétation est une œuvre en soi. Qu’en est-il des comédiens et des danseurs ? Des metteurs en scène et des chorégraphes ? Luc Bondy disparu, que reste-t-il de son travail ? Et de celui de Patrice Chéreau ? De Klaus Michael Gruber ? De Pina Bausch ? D’Antoine Vitez ? (Lire la suite)

Luc Bondy, mort d’un maître amoureux

Luc Bondy en répétitions sur Ivanov, Janvier 2015 © Thierry Depagne

De tous les amours de Luc Bondy, celui des acteurs était le plus remarquable. Séducteur, il avait dans la vie une attention en mouvement perpétuel, prompt à passer d'un sujet ou d'un interlocuteur à l'autre. Dans la salle de répétition, il était l'inverse, soudain capable d'extrême concentration, joignant le geste à la parole pour monter sur le plateau, saisir un bras, entourer une épaule, et donner au comédien la sensation d'être à cette seconde la personne la plus importante au monde, objet exclusif du désir de son metteur en scène. Luc Bondy est mort hier. Pour Paris et pour le théâtre européen, la perte est rude. (Lire la suite)

Empathie

minervini the other side yasmina reza bella figura raczymow Mélancolie d’Emmanuel Berl

Dans tous les arts, sous des formes diverses, se pose la question de l’empathie. Autrement dit, comment un auteur, un metteur en scène, un cinéaste, un plasticien, voire un musicien doit-il considérer son objet d’étude ou son sujet d’expression ? La réponse à cette question est déterminante dans l’effet produit sur le spectateur / lecteur / regardeur. Quelques exemples dans l’actualité – la pièce Bella Figura de Yasmin Reza, le documentaire The other side de Roberto Minervini, l'essai d'Henri Raczymow Mélancolie d’Emmanuel Berl – nous donneront un éclairage sur cette si singulière triangulation artiste-œuvre-public. (Lire la suite)

Kyoto forever 2 : la COP est vaine

Kyoto Forever cop 21

Frédéric Ferrer a installé sa compagnie Vertical Détour dans les cuisines désaffectées de l'hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, en Seine-Saint-Denis, où depuis 2004 il poursuit un travail qui tourne autour du thème du dérèglement, envisagé du point de vue psychique – les figures de la paranoïa – et climatique – le réchauffement planétaire. Ferrer affectionne une forme théâtrale : la conférence scientifique qui dégénère. Kyoto forever 2, le spectacle qu'il présente à la Maison des Métallos à Paris, est de ce point de vue particulièrement réussi. (Lire la suite)

Révolutionnaires

Qui a peur des femmes photographes

Quelles leçons tirons-nous de l’histoire ? Cette question, qui a agité les philosophes, de Hegel à Marx, en passant par Leibniz, est aussi au cœur de plusieurs œuvres récentes, parmi lesquelles : Ça ira (1). Fin de Louis, la pièce de Joël Pommerat actuellement présentée au théâtre des Amandiers, à Nanterre ; le film Francofonia, du Russe Alexandre Sokourov ; les expositions Qui a peur des femmes photographes ? au Musée de l’Orangerie (1839-1919) et au Musée d’Orsay (1918-1945), et À la recherche de 0,10 à la Fondation Beyeler, à Bâle. (Lire la suite)

Buzz

Golgotha Picnic Théâtre du Rond-Point Stéphane Trapier

Qu’est-ce qui fait buzzer ? C'est la question que pose le Bentô de cette semaine, où il est question, entre autres, de cinéma (Les nouvelles aventures d’Aladin et le site AlloCiné), de théâtre (le procès fait à Rodrigo García, aux éditions Les Solitaires Intempestifs et au Théâtre du Rond-Point) et de littérature (La 7ème fonction du langage, de Laurent Binet).  À qui profite le buzz ? Et à qui ne profite-t-il pas ? On sait aujourd’hui très bien qu’un clic n’est jamais loin d’un cent d’euro, et que les artistes qui font le plus cliquer ne tardent jamais à trouver une grande maison qui leur ouvre leur porte et leur carnet de chèques. (Lire la suite)

Tombé du pont

Vu du pont Berling Ivo van Hove Odéon

Vu du pont, la pièce d'Arthur Miller donnée en français aux Ateliers Berthier de l'Odéon est un copié-collé de la version anglaise, créée au Young Vic de Londres le 4 avril 2014. Un mélodrame politico-sociologique, conçu comme une tragédie grecque, dont la version française frise le ridicule, avec des acteurs oscillant sans cesse entre premier et troisième degré, entre sitcom et Duras. (Lire la suite)

Les bonnes idées de Federico León

Las ideas Federico León théâtre teatro

À quoi rêve un ordinateur ? C'est une des questions que se pose Federico León dans Las Ideas. L'ordinateur est conçu comme une machine à remonter le temps, une galerie des glaces où les deux protagonistes se regardent se regardant se regarder, et ainsi de suite. Un spectacle sur cette tendance à tout archiver dans l'instant, sur la croissance folle d'une mémoire qui envahit le présent, comme si la vie n'existait plus qu'à travers les preuves qu'on en garde. (Lire la suite)

De Bruits et de Fureurs

Joris Lacoste, Suite N°2 - Photo: Bea Borgers

Le metteur en scène Joris Lacoste, artiste associé au Théâtre de Gennevilliers et membre du collectif  l’Encyclopédie de la parole, propose dans sa nouvelle création Suite n°2 un concert pour mieux entendre la fureur du monde. Avec cinq acteurs et en seize langues (surtitrées en anglais ou en français), il orchestre des paroles qui font acte. (Lire la suite)

Amateurs

amateurs professionnels danse cinéma Laporte Jérôme Bel bruno dumont

“Tous ceux qui me disent qu'ils ne savent pas danser sont ceux qui m'intéressent le plus.” La phrase du chorégraphe Jérôme Bel prononcée en marge de son spectacle Gala permet de réfléchir à la place des amateurs dans les arts. Dans ce spectacle, il fait cohabiter les amateurs et les professionnels. Mêmes ingrédients pour la trilogie Dancing, de la Sud-Coréenne Eun-Me Ahn. Au-delà de ces cas particuliers, c'est la réception publique de ces propositions qui intrigue. (Lire la suite)

DésAccords

Comment mettre la musique en fiction ? On se souvient de l’excellent Ravel de Jean Echenoz, le récit des dix dernières années de la vie du compositeur, qui nous en disait long sur l'homme et ses sources d’inspiration. Dans l’actualité, un film et un spectacle ont aussi fait le pari, chacun à sa façon, d’approcher le mystère de la musique : Comme une pierre qui, d’après Greil Marcus, dans une mise en scène signée Marie Rémond et Sébastien Pouderoux, et Marguerite, de Xavier Giannoli. (Lire la suite)

Amours

Amour, manque d'amour, trop d'amour, amour masturbatoire, amour physique et sentiment amoureux... l'amour sous toutes ses formes, vu à travers le prisme de quatre œuvres choisies dans l'actualité culturelle de la semaine : Princesse Vieille Reine, ensemble de textes écrits par Pascal Quignard pour la comédienne et metteure en scène Marie Vialle ; Démons, une pièce de Lars Norén montée deux fois en cette rentrée, au Théâtre du Rond-Point et au Théâtre de Belleville ; Much loved, de Nabil Ayouch, et Fou d’amour, de Philippe Ramos, deux films sortis sur les écrans cette semaine. (Lire la suite)

PolitiquArts

La loi du marché, un film de Stéphane Brizé. Arnaud Laporte en parle dans délibéré

Les artistes ont-ils vocation à être les révélateurs des questions à l’œuvre dans nos sociétés ? Force est de constater que le théâtre français s’intéresse aujourd’hui davantage à lui-même et à ses formes qu’à la société toute entière. Qu'en est-il de la littérature et du cinéma ? Des bribes de réponses avec Christine Angot (Un amour impossible), Stéphane Braunschweig / Pirandello (Les Géants de la montagne), Stéphane Brizé (La Loi du marché), Jacques Audiard (Dheepan). (Lire la suite)

Histoires sans paroles

Samuel Achache au Cloître des Célestins et Marguerite Bordat et Pierre Meunier au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon proposent deux formes de théâtre musical. Pour Fugue, Achache a puisé dans un répertoire essentiellement baroque. Forbidden di sporgersi est une tentative d'inventer une correspondance visuelle et sonore à l'œuvre de la poétesse Hélène Nicolas, dite Babouillec, “autiste sans paroles”. (Lire l'article)

Antoine et Cléopâtre, passion parfaite

Tiago Rodrigues a baptisé sa compagnie Mundo Perfeito. Son spectacle Antoine et Cléopâtre est en harmonie avec ce nom : il est rare de sortir d'un théâtre avec la sensation que ce qui est montré est la traduction parfaite du projet initial. Faire vivre l'âme de l'un dans le corps de l'autre, c'est très exactement ce que réalisent sur scène Sofia Dias et Vítor Roriz. (Lire l'article)

Lear accable Py

Le Roi Lear - Olivier Py © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

La liste des spectacles ratés dans la Cour d'honneur du festival d'Avignon est très longue. Acteurs et metteurs en scène de talent s'y sont souvent cassé les dents, au point qu'il n'est pas abusif de prétendre que l'échec y est la règle. Choisissant de monter Le Roi Lear, Olivier Py a-t-il voulu signifier que la charge du pouvoir l'accablait déjà ? (Lire l'article)