Catégorie : Histoires

13. La Guerre des Mondes

J’aime les maths, elles ont un pouvoir incroyable. Il y a quelques années, j’ai calculé mes chances de trouver la femme de ma vie en utilisant une équation relativement simple, nourrie de paramètres comme l’âge, les goûts, l’apparence physique, etc. Résultat : douze partenaires potentielles dans tout le pays. Puis j’ai évalué la probabilité de rencontrer l’une de celles-ci. Eh bien elle était à peu près nulle, inférieure à un sur dix mille. Pourtant, deux petites années après avoir démontré scientifiquement que je ne trouverai jamais l’âme-sœur, j’ai convolé en justes noces. Depuis, je me dis que les statistiques sont pessimistes, ou que j’ai bien mal estimé les paramètres. (Lire la suite)

XXXIV. La tempête

L'Odyssée de Pi

Or ce nuage n’était rien, simple et modeste avertissement, amuse-gueule de tornade. Bientôt le vent, puis les vents, se levèrent, suivis de peu par une houle déchaînée qui tantôt couchait sur le flanc la frégate pirate, tantôt la redressait poupe sur proue, proue sur poupe, le tout à l’avenant. La mer furieuse se faisait trombe, montagne, volcan, puis, dans sa rage renouvelée, abîme, crevasse, canyon d’écume, défilé rugissant. Fanfare elle bruissait d’un tintamarre infâme, orchestre désaccordé que ne dirigeait plus qu’une main affolante, sortie tout droit des profondeurs de l’Enfer pour faire jouer sur les flots une partition démoniaque. Les flots, quant à eux (c’était vraiment une tempête réglementaire), se brisaient et battaient l’air comme les mille bras d’un monstre décapité qui cherche en tous sens sa proie. (Lire le chapitre)

XXXIII. Des pirates vont au cirque

Cirque du Soleil ©Tomasz Rossa)

Bientôt, un pirate subalterne entra dans le cachot et s’approchant du dompteur qui était le tigre lui jeta un peu de pain sec et quelques arrêtes de poisson. Puis, considérant le tigre qui était le dompteur, il sembla réfléchir ou tout comme. Se tournant de nouveau vers le tigre qui était le dompteur, il lui demanda alors en égyptien, gageant sur son apparence qu’il comprendrait cette langue que les pirates berbères maîtrisent assez bien, de quoi se nourrissait le tigre (qui était le dompteur). Le dompteur qui était le tigre resta muet et c’est dans le dos du pirate que la réponse fusa, précise : "Il ne dédaigne pas le pâté de tête, indeed". (Lire la suite)

12. Je t’aime, je t’aime

Je t'aime, je t'aime (affiche du film)

"À quoi se rend-on compte que l’on vieillit ?" avait lancé un mathématicien en ouvrant une conférence à laquelle j’assistais je ne sais plus où, pas plus d’ailleurs que je ne me souviens de son sujet. Eh bien, à deux choses, avait poursuivi l’orateur. La première, c’est que l’on perd la mémoire. "Et la seconde, euh… la seconde je ne m’en souviens plus." Cette classique opening joke m’avait fait rire à l’époque. Aujourd’hui elle peine à me faire sourire. J’ai encore assez de mémoire pour me rappeler la blague, mais c’est l’exposé qui a suivi dont j’aimerais me souvenir. Quelque chose autour du chaos je crois, cette théorie tissée de phénomènes imprédictibles, d’attracteurs étranges et de papillons dont un simple battement d’aile finit par soulever une tempête à l’autre bout du monde. (Lire la suite)

11. Secret Agent

 "Vous ignorez dans quelle histoire vous vous êtes embarqué, et ne croyez pas que le fait d’avoir une carte de presse va vous mettre à l’abri de quoi que ce soit". Leur ton était vite devenu menaçant. C’était notre deuxième rencontre. La première avait eu lieu dans une brasserie de la place Saint-Michel, au vu et au su de tous ; nous avions aimablement tourné autour du pot en buvant une bière. Ils m’avaient fixé un nouveau rendez-vous, cette fois dans un bâtiment proche des Invalides. J’avais été étonné de me retrouver dans un petit bureau sous les toits d’une annexe du ministère des Dom-Tom, en compagnie de ces deux hommes en blouson de cuir... (Lire l'épisode)

10. Lettre d’une inconnue

Deux gros mois après mon retour à Paris, j’ai reçu au journal un colis enveloppé de papier kraft hâtivement ficelé. Il avait été déposé à l’accueil par une personne que personne n’avait vue. Rachid m’a dit qu’il était au téléphone et que, lorsqu’il s’était retourné, le colis était là, posé sur le comptoir. Il contenait un livre ainsi qu’une grosse liasse de feuillets en anglais. Avant d’en révéler le contenu, je tiens à affirmer ici que moi, Édouard Launet, né le 13 juillet 1957 à Beauvais, suis parfaitement sain d’esprit. Je ne jure pas de dire toute la vérité et rien que la vérité, car où est la vérité là-dedans, mais je jure de dire tout ce que je sais, aussi objectivement qu’une carte de presse le commande. (Lire le chapitre)

9. La Grande Illusion

J’avais déjà navigué au large de l’Afrique, il y a des années. Je n’en gardais pas un bon souvenir, quoique les mésaventures que j’ai connues à cette occasion n'ont eu que peu de choses à côté de celles que je traversais maintenant. Y repensant aujourd’hui, il m'apparaît cependant que cette première croisière m'en avait donné un bel avant-goût. C'est pourquoi je me permets d’ouvrir ici une assez longue parenthèse. (Lire la suite)

8. Apocalypse Now

D’île, il n’y avait pas, bien sûr. En ce point où toutes les coordonnées géographiques s’annulent ne flotte qu’une grosse bouée rouge et blanche sur laquelle est peint en lettres capitales le mot ATLAS. J’ai appris depuis que c’est l’acronyme de Autonomous Temperature Line Acquisition System. Il s’agit d’une des bouées ancrées dans l’Atlantique pour collecter des données météorologiques et océanographiques. Elle est reliée au fond par cinq milles mètres de chaîne puis de câble en nylon, et au ciel par une balise Argos, le nom de notre bateau à une lettre près. (Lire l'épisode)

7. The Trip

Non seulement ce type se prenait pour Peter Pan, il pensait de surcroît être capable de communiquer avec des satellites ! Et il nous emmenait vers une île qui n’existait pas… Se trouvait à bord de l’Argo une brochette de cas pathologiques: universitaires dansant sur le pont d’une quasi épave au milieu du golfe de Guinée en invoquant les dieux de la télédiffusion ! Avocat spécialisé dans le droit spatial s’alcoolisant  en attendant d’aborder au Pays imaginaire ! Plus une fée Clochette cloîtrée dans sa cabine... (Lire l'épisode)

6. Prends l’oseille et tire-toi 

Null Island est une île qui se trouve au point zéro. Ses coordonnées géographiques sont 0°, 0° : zéro de longitude et zéro de latitude, soit le point d’intersection de l’équateur et du méridien de Greenwich. L’île est fictive car à cet endroit du Golfe de Guinée, à plusieurs centaines de kilomètres de la côte la plus proche, il n’y a en fait que de l’eau, et même beaucoup d’eau : les fonds sont de cinq milles mètres. Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je visiterai l’île des paumés, dont j’ignorais jusqu’alors la (relative) existence... (Lire l'épisode)

5. Gravity

Je me suis réveillé comme d’un mauvais rêve, à ceci près que le cauchemar continuait. Je n’avais rien d’autre que les vêtements que je portais, trempés de sueur, ainsi que dix dollars et vingt livres égyptiennes au fond d’une poche. Plus de passeport, d’ordinateur, de portable. La ligne de la chambre était coupée. La porte était ouverte, je suis sorti. Personne nulle part. (Lire  le chapitre)

4. L’Île du Docteur Moreau

L'île du Dr Moreau, avec Marlon Brando et Val Kilmer

Je crois bien que, durant des jours et des nuits, j’ai parlé aux arbres et qu’ils m’ont répondu. J’allais de l’un à l’autre en dansant, en riant aux éclats, et à chacun je lançais entre deux hoquets : et toi, mon grand, qui es-tu, que fais-tu ? Les palmiers et les cocotiers sont incroyablement bavards et, bien que leur langue soit fort différente de la nôtre, je pense avoir compris tout ce qu’ils m’ont dit. (Lire  la suite)

3. La Mort aux trousses

Tim Hetherington est un type que j’aurais aimé mieux connaître. Il ne m’en a pas laissé le temps : il est mort deux semaines après notre rencontre, fauché par un éclat d’obus ou de roquette dans une rue de Misrata en même temps que son collègue Chris Hondros — un autre éclat du même projectile. Les grands photoreporters ne couvrent pas un événement, ils sont dans l’événement, corps et âme, avec tous les risques que cela comporte pour l’un comme pour l’autre. (Lire la suite)

2. Un taxi pour Tobrouk

J’ai rejoint l’équipe de Libération le 16 août 1994. Son directeur Serge July s’était mis en tête de faire un quotidien de plus de quatre-vingt pages, une cinquantaine de journalistes avaient été recrutés (dont moi), quelques fonds avaient été réunis (pas suffisamment, hélas), des idées grandioses avaient été jetées sur le papier (il s’agissait de faire une sorte de New York Times français, rien de moins). Au pied du mur, l’équipe doutait, rechignait, trépignait, et c’est dans cette mêlée confuse que je débarquai. (Lire la suite)

1. La Passion de Jeanne d’Arc

Les faits que je vais relater, qui ne doivent pas être considérés comme des faits, se sont produits entre le 4 avril 2011 et le 15 juillet 2018. Impossible d’en donner une chronologie exacte car, entre ces deux dates, je n’ai pas toujours disposé de l’ensemble de mes facultés. La drogue, les cachets, la peur, parfois même la terreur. Il me faut tout d’abord remonter à l’année 1957 pour présenter l’un des principaux protagonistes de ces événements : moi. (Lire la suite)

Huit orages romains

Vacances romaines, sans princesse ni vespa. Nous débarquons de Fiumicino aeroporto par le train, puis la metropolitana nous jette sur les pavés en saillie de la place d’Espagne. Il est midi au milieu du mois d’août, lumière crue. Le soleil excite les groupes de touristes agglutinés au pied des escaliers qui grimpent à Santissima Trinità dei Monti. Nous tirons nos valises jusqu’à l’hôtel. Mon compagnon de voyage a quatorze ans, c’est son premier séjour à Rome. Je ne sais ce que mon fils en retiendra. Journal d'un voyage sur fond d'orages. (Lire le journal)

Maurice Clavel, bonsoir !

Le lundi 18 décembre a lieu à la Maison de la Poésie, à Paris, une soirée d’hommage au journaliste et philosophe Maurice Clavel, “Messieurs les censeurs, bonsoir !, avec la participation des historiens Philippe Artières et Christian Delporte, ainsi que celle de Jacques Faule, ancien conservateur à la BNF et ancien élève de Clavel. Ce dernier nous livre ici quelques souvenirs de ses années lycée. (Lire l'article)

Jimmy Arrow espoir du foot

C’est en 2005 que Fabien Clouette et Quentin Leclerc ont rencontré Jimmy Arrow, réalisateur de films pornographiques. Ils sollicitent alors son aide au sujet d’un projet de court métrage. En 2010, Jimmy Arrow meurt à Vladivostok, à l’âge de 62 ans. Au fil des revues qui les accueillent, ils dévoilent un peu plus de la vie de cet homme étrange, hors norme, qui a laissé derrière lui une œuvre aussi secrète que passionnante. Plusieurs revues – En attendant Nadeau, Yournal, Décapage, Diacritik et Vacarme – ont publié des morceaux du puzzle Jimmy Arrow. (Lire l'article)

L’espion aux sept maisons

Jean-Baptiste Carpeaux, L’Espion. Épisode du siège de Paris (1871)

Je découvre en lisant le livre de Louise Michel La Commune. Histoires et souvenirs une remarque intrigante : « Vaysset qui pour mieux conspirer avait sept domiciles à Paris ». Je n’ai jamais entendu parler du dénommé Vaysset, mais le fait qu’il ait eu sept domiciles me semble une exagération, même pour un espion versaillais et anti-communard. Je me dis qu’il doit s’agir d’une métaphore sortie de la plume merveilleuse de Louise Michel. Piqué quand même par la curiosité, je me rends au garage où se trouve l’étagère de ma bibliothèque contenant les livres sur la Commune et j’y recherche le nom de Vaysset... (Lire l'article)

Biodiversité

Frelon

Le sujet s’était invité dans la campagne présidentielle peu avant le premier débat, suite à un fait divers tragique : dans le Loiret, un vieux monsieur piqué par des frelons asiatiques se trouvait dans le coma. Impossible d’éluder la question, les candidats s’étaient préparés en conséquence. Sans surprise, ce fut la candidate nationaliste qui lança la polémique : "On ne peut plus se promener à la campagne sans avoir peur. Ils se déplacent en essaims et s’attaquent aux personnes vulnérables. On n’est plus en sécurité chez soi !" (Lire l'article)

Affaire Fillon : éléments de langage

François Fillon, éléments de langage, par Sébastien Rutés

La classe politique a été prise de court par l’affaire Fillon. Les innombrables déclarations, démentis, lettres ouvertes et discours qui s’en sont suivis en un temps record ont témoigné de l’urgence, voire de la panique. Les communicants n’ont pas eu le loisir de peaufiner leurs argumentaires. Résultat, les éléments de langage sont apparus plus visibles que d’habitude, et moins subtils. À grand renfort d’euphémismes, de pléonasmes, de périphrases et d’antiphrases, certains ont improvisé métaphores à la limite du surréalisme. Petit lexique non exhaustif... (Lire l'article)

Roms, ville fermée

10 août 2016 – Marta (6ans) devant une voiture de police venue les chasser de la place Jean-Jaurès. Photo: Gilles Walusinski

C'est par les réseaux sociaux que Juliette Keating et moi-même avons appris le 28 juillet 2016 au soir l'expulsion par la police de treize familles Roms qui habitaient depuis plusieurs années au 250, boulevard de la Boissière à Montreuil. Le lendemain, les familles s'étaient installées devant la mairie. Le 30 juillet la police chassait les Roms de la place de la mairie, puis de la place Anna Politkovskaïa où ils s'étaient réfugiés. C'est à ce moment que commence mon travail de photographe accompagnant quotidiennement les familles pendant quatre mois et demi... (Lire l'article)

Un regard de biais sur l’Occupation

Les photographies d'Egon Pfender: un regard de biais sur l'Occupation. Photos recueillies par Valentin Schneider. Un article d'Edouard Launet

Un reportage de près de 1500 photos faites par un jeune soldat allemand durant toute la Seconde guerre mondiale, présentant l’Occupation en France (et dans les îles anglo-normandes) sous un angle très subjectif : c’est ce trésor inédit, réuni par un collectionneur privé, qu'a exhumé le jeune historien Valentin Schneider. Ce dernier a pu identifier le photographe (Egon Pfende), puis il a édité et documenté l’album. Le fruit de ce travail va être l’objet de quatre ouvrages, dont les deux premiers paraîtront en France le 15 novembre. Ce contre-champ de l’horreur occulte la rigueur de l’Occupation en en offrant une vision éminemment singulière et décalée.
(Voir les photos)

7. Eux (c’est-à-dire nous cinquante ans plus tard)

Ils s’étaient fabriqué des tee-shirts où l’on pouvait lire sur le devant : “Nés pour perdre”, et dans le dos : “Mais pas pour négocier”. Ils avaient appris qu’une chose telle que la “victoire finale” n’existe pas, que tout n’est qu’une succession de victoires et d’échecs qui nous obligent à accepter que la guerre contre l’État et ses démons doit se livrer à perpétuité. (Lire la nouvelle)

6. Toute histoire est personnelle

J’entretiens une relation affective forte avec L’Internationale. C’est une des chansons que l’on chante habituellement dans ma famille pour le réveillon du Nouvel An, même si le chœur est plutôt discordant. J’ai songé à laisser un petit papier avec des consignes pour qu’on la joue à mon enterrement, une version que je crois avoir écoutée, la mémoire me joue peut-être des tours, interprétée par Édith Piaf avec les chœurs de l’Armée rouge... (Lire l'article)

Filmer un territoire : les Cévennes, pays-palimpseste

Champdomergue. Sur les traces des Camisards, une chronique de Thomas Gayrard dans délibéré

Dans ce spectaculaire monument de schiste, de calcaire et de granit que constituent les Cévennes, s'est déposée aussi par strates toute une geste des hommes, les mémoires mêlées des camisards, des maquisards, des Celtes... Alors, comment donner à voir le territoire, quand il est une telle puissance de l’espace et du temps ? Comment faire entrer, dans le format 1.85 du cadre et les 52’ du programme, les milliers de kilomètres carrés et d’années passées qui font un lieu ? (Lire l'article)

4. L’amour, le vrai

C’est devenu un lieu commun de dire qu’on est relié à cette ville comme par un cordon ombilical, attrapé dans un mélange d’amour et de haine. Je relis mes propres mots. Je me sens comme le dernier des Mohicans. Je constate, je confirme. Il n’y a pas de haine. Seulement un énorme, un infini sentiment d’amour pour la ville mutante où j’habite et qui m’habite, dont je rêve et qui me rêve. (Lire la nouvelle)

Tout est scène

La Nuit des Camisards, texte de Lionnel Astier, mise en scène de Gilbert Rouvière, Compagnie Zinc Théâtre

“Tu as déshonoré la mémoire de mes ancêtres !” C’est ainsi qu’un éminent protestant cévenol a interpelé Lionnel Astier, auteur de La Nuit des Camisards, spectacle joué en nocturne et en extérieur, sur la soirée où commence la Guerre des Cévennes. Alors, pourquoi tant d’ires ? La fiction de théâtre n'a-t-elle pas droit de heurter l'Histoire et la Foi ? La pièce pose d’abord la question de la fiction, de la liberté qu’elle prend avec le réel. Le réel, Lionnel Astier revendique de lui infliger les outrages du créateur... (Lire l'article)

3. Petit frère

Benito n’était pas petit et poilu comme l’âne Platero, c’était plutôt la version défectueuse d’un mini flashman : sa vitesse ne l’empêchait pas de se cogner contre toutes les portes, de renverser tous les verres, d’envoyer valser toutes les poubelles, de faire exploser toutes les bouteilles de soda. Ses exploits, majeurs et mineurs, avaient fini par devenir légendaires... (Lire la nouvelle)

2. La petite fourmi

En me servant un coca glacé, j’ai découvert une petite fourmi qui flottait dans le verre. Deux options s’offraient à moi : la gastronomique, après tout, c’est des protéines, et hop j’avale ; ou la franciscaine : lui tendre un crayon pour l’aider à sortir. La deuxième option a pris le dessus et j’ai déposé le petit animal ivre sur le rebord de la fenêtre pour qu’il sèche au soleil, même s’il devait rester tout poisseux. J’ai lancé un regard aimable à la petite fourmi, qui était complètement bourrée au coca et j’ai bu une longue gorgée que j’ai savourée.
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1. Eux (c’est-à-dire nous il y a 45 ans)

Eux, bien sûr, se croyaient immortels. Absolument convaincus que le passé, le présent et le futur étaient des éléments interchangeables dans un cycle de 24 heures. Ils avaient l’intuition que rien n’était vraiment impossible. La faute peut-être au climat, à l’atmosphère irréelle régnant à Mexico dans les années 1960, aux pluies pernicieuses de ce mois de septembre. C’étaient des jours où les illusions s’évanouissaient sans laisser l’amertume de la défaite, parce qu’elles avaient été rapidement remplacées par d’autres illusions nouvelles, tout aussi attirantes. (Lire la nouvelle)

Tout est signe

Le sommet de la montagne du Bougès, la première des hautes vallées cévenoles au Sud du Mont Lozère, depuis son Col du Sapet. D’ici, une nuit de l’été 1702, les tout premiers Camisards, réunis autour des prophètes Pierre Séguier dit “Esprit” et Abraham Mazel, descendent lancer le “signal et commencement de la guerre des Cévennes” © Thomas Gayrard, Sur les traces des Camisards - délibéré

Il y a, entre la foi et le cinéma, entre le mystique et le réalisateur, plus de correspondances qu’on ne croit. Le temps et l’espace prennent soudain une densité nouvelle, comme chargée de vibrations, d'évènements qui font avènements. Ces coïncidences dont le réel fait la bonne surprise à une équipe de tournage, notre infatigable guide et conseiller historique, Henry Mouysset, les résume d'une formule ironique reprise aux Camisards : “c'est un signal de l’Éternel”. (Lire l'article)

Résistant, participe présent

La Grotte du Péras de l’intérieur © Thomas Gayrard. “Sur les traces des Camisards”, une chronique de Thomas Gayrard dans délibéré

Comment filmer le Désert, quand c’est un trou tout noir ? En l’occurrence, la grotte du Péras, une cavité bien cachée parmi les chênes verts d’une colline de Mialet, assez grande pour accueillir des centaines de croyants en manque de la parole de Dieu. La veille du jour de Noël 1687, ils vinrent des alentours, et de bien plus loin, pour écouter la liturgie sous la voute même où des hommes préhistoriques ont laissé leurs traces. Comment donner à voir ce temple réinventé dans la roche néolithique, quand le matériel manque pour rendre visible tout le volume, quand sa perspective s’écrase ou s’efface sous le halo de la minette (petit projecteur accroché à la caméra) ? (Lire l'article)

La mémoire des morts, champ de batailles et théâtre d’ombres

Samuel Bastide, Les Camisards. SUR LES TRACES DES CAMISARDS. Carnet de bord de Thomas Gayrard dans délibéré ©Musée des Vallées Cévenoles de Saint-Jean-du-Gard

L’Histoire est écrite par les vainqueurs. Celle-ci fut peinte par un enfant des vaincus. La Guerre des Cévennes, commencée en 1702, s’achève officiellement en 1704, en réalité un peu au-delà, par la mort ou l’exil des “soulevés”. Un homme s’est donné pour mission de faire revivre les ombres. Il s’appelle Samuel Bastide (1879-1962), c’est un artisan photographe natif de Saint-Jean-du-Gard, et pour tombeau à ses ancêtres, il leur fabrique une boîte et leur trace des vitraux : son monument aux disparus, ce sont des peintures sur verre projetées par une lanterne magique. (Lire l'article)

Prologue amoureux: comment commencent les histoires

Carte des Cévennes par Jean-Baptiste Nolin, imprimeur du Roi, datée de 1703, en plein cœur donc de la “Guerre des Cévennes” (1702-1704). SUR LES TRACES DES CAMISARDS, carnet de bord de Thomas Gayrard © Musée du Désert

Il y a vingt ans, je montais en Cévennes, selon l’expression consacrée – c’est à la fois au Nord, et plus en altitude que mon Midi natal – pour repérer le décor d’un court métrage. Je cherchais alors un “mas”, que j’avais imaginé dans les garrigues de la plaine où j’ai poussé, entre Nîmes et Montpellier. Mais un ami poète et philosophe de la famille m’indiqua la ferme d’un ami, au cœur de cet arrière-pays, près de Barre-des-Cévennes. Je n’étais pas revenu dans le coin depuis l’enfance post-hyppie, et je n’en gardais que les souvenirs heureux mais confus des gardons de l’été, des châtaignes ou des champignons à l’automne. Ce fut une révélation, un coup de foudre. (Lire l'article)

C’était une république, mais…

Kurt Gödel & Albert Einstein, Princeton, 1950 © akg-images/Imagno

L'Autrichien Kurt Gödel (1906-1978), qui dut s'expatrier aux États-Unis pour fuir le régime nazi, est unanimement reconnu comme le plus grand logicien du XXe siècle. Il s'était fait naturaliser américain, ce qui avait mis à rude épreuve son âme de logicien. Dans un livre intitulé Dieu est-il mathématicien ?, à paraître en octobre prochain, l'astrophycicien Mario Livio rapporte le récit que fit Morgenstern de la procédure de naturalisation de Gödel. Ce document lui a été confié par la veuve de Morgenstern, Dorothy, et il nous autorise à la reproduire ici. Tout lien entre cette petite histoire et la montée de l'extrême droite en Europe, ou avec les difficultés de la démocratie américaine avec un certain Donald, qui n'est pas celui de Walt Disney, serait pure coïncidence. (Lire l'article)

Trotsky, complément d’enquête

Depuis la parution, le 23 février dernier, de notre dossier accompagnant les photos inédites de Trotsky prises au Mexique en 1939, nous avons reçu plusieurs documents qui nous permettent d'en savoir plus sur ces images et sur les circonstances du voyage entre Paris et Mexico de Seva Volkov, le petit-fils de Trotsky, alors âgé de 13 ans. Et d'abord, une lettre, écrite au verso de deux cartes postales dont l'une représente une vue de Taxco, la petite ville à 170 kilomètres au sud de Mexico où Trotsky se rendait volontiers en villégiature. Signée de Marguerite Rosmer, adressée à Daniel Martinet, cette lettre que nous reproduisons livre une précision importante : le séjour à Taxco, pendant lequel les photos ont été prises, date non pas de septembre 1939 comme nous en avions émis l'hypothèse, mais d'août 1939, soit quelques jours après l'arrivée à Mexico de Marguerite et d'Alfred Rosmer, et de Seva qu'ils s'étaient chargés de convoyer depuis Paris. (Lire l'article et voir les documents)

Seva Volkov ou la mémoire ininterrompue

Petit-fils de Léon Trotsky, balloté toute son enfance entre la Russie, la Turquie, l’Allemagne, l’Autriche et la France, Seva Volkov, alors âgé de 13 ans, est arrivé à Mexico en août 1939 en compagnie d’Alfred et Marguerite Rosmer, des amis de son grand-père. Il est le dernier témoin vivant de l’assassinat de Trotsky par Ramón Mercader, le 20 août 1940, et a vécu plus de trente ans dans la maison de l’avenue Viena, dans le quartier de Coyoacán à Mexico, où il a élevé sa famille. Ingénieur chimiste à la retraite, il a fondé et préside toujours le Museo Casa de León Trotsky. À presque 90 ans, il n’a rien oublié, rien pardonné, et se souvient du séjour à Taxco, peu après son arrivée au Mexique, durant lequel ont été prises des photos jusqu'à ce jour inédites. (Lire l'article)

Il était dix-huit négatifs…

Pendant plus de quarante ans, Gilles Walusinski a conservé la pochette que lui avait remise son père et qui contenait dix-huit négatifs représentant Trotsky et ses proches au Mexique. Pour lui, ces photos ne sont pas seulement des documents historiques mais une clé qui ouvre sur sa propre histoire, sur celle de son père, Gilbert Walusinski, et de toute une génération de militants révolutionnaires anti-staliniens, regroupés autour du journal La Révolution prolétarienne, animé par Pierre Monatte et Alfred Rosmer. Vieil ami de Trotsky, Rosmer avait prêté en novembre 1938 sa maison de Périgny en région parisienne pour la réunion de fondation de la IVe Internationale. Une maison où Gilles Walusinski enfant a souvent séjourné dans les années cinquante. (Lire l'article)