Une revue indépendante qui privilégie les choix tranchés, les chemins de traverse, explore les créations méconnues, les angles morts, pour dénicher l’improbable, voire le créer…

Brest, 1982-1992
Brest 1992 : le port et la ville (3)

par Gilles Walusinski
Brest 1992 © Gilles WalusinskiDernière séquence du travail à Brest en août 1992 pour la commande publique passée par le ministère de l’Équipement à six photographes : Le port et la Ville. L’appareil Horizon produit des images intéressantes si l’on prend garde à maintenir l’horizon, comme l’évoque son nom, au centre de l’image. Le niveau à bulle intégré au viseur de l’appareil assure au photographe qu’il maintient le dos et donc le film bien vertical. Ces vues panoramiques permettent de capter l’évolution de la ville et invitent à poser une question : combien de temps faut-il attendre pour qu’une photographie devienne lisible en accord avec les intentions de son auteur ? L’occasion, aussi, de réfléchir sur les intentions de ceux qui passent des commandes publiques. (Lire la suite, voir les photos)

Arts plastiques
« Hey#4 », l’art de s’émouvoir

par Stéphanie Estournet
Rise And Rise Again Until Lambs Become Lions © THE KIDDu stylo, de la mosaïque, des perles… Il n’y a qu’à voir les matériaux, variés, inattendus – et également les techniques, plurielles, pour comprendre pourquoi ce quatrième opus de « Hey! modern art & pop culture » se tient à nouveau à la Halle Saint-Pierre à Paris jusqu’au 2 août. Les œuvres montrées par Anne & Julien ne sont en effet pas loin de l’art brut qui traditionnellement réside ici, au pied du Sacré-Cœur. Derrière ces pièces situées à la marge des conventions traditionnelles du marché de l’art, on perçoit des obsessions, de vieilles douleurs installées – l’art en tant que bouée. (Lire l’article)

Chroniques scarlattiennes
La sonate comme OVNI

par Nicolas Witkowski
Un mystère des sonates tient à l'emploi de l’improvisation. On a vu Scarlatti l’utiliser pour ajuster leur proportion et ainsi en finir avec les règles, dites ou non-dites, qui structurent sa musique. Du coup, les nombreux jazzmen qui swinguent sur Scarlatti courent le risque d’improviser… sur de l’improvisation. Le pianiste Enrico Pieranunzi n’est pas tombé dans le piège, lui qui reconnaît le côté jazzy des sonates mais ne les « jazzifie » jamais. L’autre pianiste David Greilsammer rapproche les sonates de Scarlatti de celles, pour piano préparé, de John Cage. Quel lien entre les deux hommes ? « Ils partagent la même conception, dit Greilsammer, de la sonate comme Ovni fugitif, solitaire et lointain, messager d’un monde futur où tout serait possible ». (Lire l’article)

Livres
Une pépite au bidonville

par Juliette Keating
Rue des pâquerettes, le dernier livre de Mehdi Charef, est le récit de l’arrivée en France de l’auteur-réalisateur, de son enfance dans une baraque d’un bidonville à Nanterre. Les enfants immigrés portent en eux la blessure de l’arrachement au pays d’origine, qu’ils sont obligés de soigner comme ils peuvent, puisque « le retour est un mythe ». (Lire l’article)

Signes précurseurs de la fin du monde
Le Vin

par Édouard Launet
Il est 11 heures au bar-tabac de la Poste, à Saint-Pair-sur-Mer (Manche). Au comptoir, deux hommes discutent devant un verre de calvados, qui n’est apparemment pas le premier que le patron leur ait servi. Le moins éméché des deux attrape un journal dont la manchette interroge en lettres rouges : « Faut-il croire à la fin du monde ? ». Il le met sous le nez de l’autre, qui s’emporte :
– Putain, ils commencent à nous faire sérieusement chier avec leur fin du monde. Un coup c’est le Brexit, un coup c’est l’apocalypse. Qu’est-ce qu’y vont nous servir, après ? Le retour des clowns maléfiques ?
– Après quoi ? Après la fin du monde ?
– Mais non, c’est des conneries tout ça ! Tu la vois, toi, la fin du monde ? Tu la sens venir ? Elle est où ? (Lire la suite)

La branloire pérenne
La folie ordinaire

par Gilles Pétel
Il est aujourd’hui à la mode d’être contre. Il y a quelque temps, une chanteuse en vogue déclarait qu’elle était contre le Sida. Une autre fois, une écrivaine de renom se disait contre la guerre. Les Gilets jaunes sont contre le gouvernement, contre Macron, contre le capitalisme et accessoirement contre les banques qu’ils brûlent et contre le Fouquet’s qu’ils saccagent. Les Anglais sont contre l’Europe. D’autres sont contre le réchauffement climatique. D’autres encore contre la souffrance animale. Mais si beaucoup savent vaguement ce qu’ils ne veulent pas, peu connaissent ce qu’ils désirent. (Lire l’article)

Ordonnances littéraires
Sérotonine pour le cardinal Barbarin

par Sophie Rabau
Quand un cardinal bien coupable se présente en robe violette de pénitence aux urgences de médecine littéraire, quand la moitié de l’équipe démissionne devant tant de puanteur en soutane, il ne reste que la Dre R. pour traiter le cas. Le cardinal Barbarin n’a pas dénoncé les sévices sexuels perpétrés au sein de la Sainte Église et aspire à être puni. Abandonné par la justice des hommes qui ne lui accordé que quelques mois de prison avec sursis et par le Pape qui refuse sa démission, il supplie qu’on lui fasse l’aumône d’un traitement-punition. Unissons-nous dans la prière pour que le Cardinal supporte l’administration de Sérotonine de Michel Houellebecq, mis sur le marché par les laboratoires Flammarion, sans l’autorisation de l’agence du médicament littéraire et des produits linguistiques.
(Lire l’article)

Choses revues
L’étrange cas Mayeut (dénouement)

par Philippe Mignon
L’enquête diligentée après la découverte de la malle à l’origine de l’affaire qu’il est convenu depuis de nommer le « Cas Mayeut » est à présent terminée. Pendant plusieurs semaines, des journalistes du monde entier se sont retrouvés sur le côteau de Cachan pour suivre en direct l’enquête menée par la police scientifique. « Il était temps que tout ça se termine », a déclaré un habitant du quartier en mal de tranquillité. Il était temps que l’incroyable vérité soit enfin révélée à nos patients lecteurs. (Lire cet article… et quelques autres)

Les aventures de Tigrovich
Un tigre atterrit

par Sophie Rabau
La mystérieuse passagère clandestine du Circus n’était donc autre qu’Ali le dompteur lui-même, indeed ! À bord, tout le monde se réjouit de ces retrouvailles. Si ce n’est que qu’à l’horizon des pirates les abordent. Tigrovich et son dompteur se retrouvent prisonniers des pirates, en compagnie de deux otages occidentaux. Ingénieux autant qu’artistes, ils parviennent à séduire les pirates par un époustouflant numéro de cirque maritime. Hélas, une tempête vient ruiner leurs efforts. Ils se retrouvent à l’eau en pleine mer et en fâcheuse posture. (Lire l’épisode)

Guide
Les choix de délibéré

Un film-fleuve atypique, aux chiffres invraisemblables : quatorze heures de projection qui s’effeuillent en quatre parties, tournées pendant un peu plus de dix ans. La Flor de Mariano Llinás revisite avec intelligence, un brin d’humour et plein de subtilité narrative plusieurs genres cinématographiques. L’étrange animal, le nouveau roman de Béatrice Leca  n’entre dans aucune catégorie connue si ce n’est, à la rigueur, celles du conte et du rêve… Un livre dont on sent qu’il a été aimé par ceux qui l’ont fait : Marronnages part à la recherche de l’histoire des esclaves évadés à la Guadeloupe. Dans Trompe-la-mort, Lionel Ruffel célèbre la puissance des mots face au désastre. Et le Jeu de Paume consacre une superbe rétrospective au photographe italien Luigi Ghirri. Suivez le guide !

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