Les choix de délibéré – 17 oct. 2017

Rebonjour tristesse

Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur obsédaient la jeune Sagan, Otto Preminger mettait dès 1958 des images en cinémascope, en noir pour les scènes parisiennes, en couleurs pour la Côte d’azur. À l’époque de sa sortie, on aurait trouvé cette adaptation du sulfureux Bonjour Tristesse un poil contestable – car hésitant entre marivaudage et carte postale – mais aujourd’hui on se régale. Le temps a bonifié le film qui se laisse désormais regarder comme un document curieux comme un kaléidoscope de couleurs primaires, et réjouissant comme un vieux film de vacances retrouvé miraculeusement dans le grenier. Quel plaisir de retrouver Jean Seberg, David Niven, Mylène Demongeot et Deborah Kerr dans une copie restaurée, impeccable. Et peu importe que Preminger soit largement passé à côté du sujet. EL

Bonjour Tristesse, d’Otto Preminger (1958)

   

Complètement stone

Autre ressortie réjouissante (mais pas en version restaurée celle-là, hélas), le One+One de Godard sur lequel le regard est aujourd’hui plus tendre, plus amusé aussi. En 1968, le cinéaste livrait un film plutôt expérimental qui mélangeait un reportage sur la mise au point (assez laborieuse) de Sympathy for the Devil (pour l’album Beggars Banquet) par les Rolling Stones, des séquences d’agit-prop très loufoques et la lecture en voix off d’un texte politico-policier délirant. On ne sait quelles intentions Godard avait mis là-dedans à l’époque, mais à la revoyure on passe un sacré bon moment. C’est drôle, punchy, créatif, déroutant. Seul bémol : cette bouffée d’air du temps qui nous arrive (presque) intacte aurait tendance à rendre nostalgique. Des années soixante, d’un cinéma sans entraves ni inhibition, de la musique des Stones quand Jagger et Richards en avaient encore dans le ventre. EL

One+One, de Jean-Luc Godard (1968)

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