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Un marcheur à New York. Journal d’exploration urbaine (hiver 2016-2017)

J’ai encore réduit la voilure du marcheur, il faut dire qu’il a plu toute la journée, la première aussi humide depuis cet hiver qui, ici aussi, a été très clément. Une seule journée de neige, trois de grand froid, et beaucoup de beau temps : où est passé le pôle nord new-yorkais ? 

J’ai tout de même pu, posté dans la vitrine du Pain Quotidien au début de la 5e avenue, mener une petite enquête urbaine autour d’une question qui me trottait dans la tête ces derniers jours, en tant que praticien parisien : comment roule-t-on à vélo à manhattan ? 

La question se pose car la motricité vélocipédique s’y est beaucoup développée ces derniers temps, comme à Paris, faisant contraste avec une histoire urbaine où le vélo, c’est le moins qu’on puisse dire, n’était longtemps pas le roi, ni même le bienvenu. Il existe maintenant des bike lanes partout dans la ville, et même une bike superhighway, qui permettent aux vélos de circuler dans un couloir réservé dans lequel personne d’autres n’est autorisé à rouler (ou à marcher, sinon on est rappelé rapidement à l’ordre par les cyclistes hurleurs). Sont également apparus, comme je pense dans la plupart des capitales, des Vélib’… Ici cela s’appelle des City-bikes (du nom de la banque qui les subventionne, City-bank), ils sont bleus et noirs, assez lourds, mais tout de même moins nombreux que les Vélib’ parisiens. 

Malgré ces facilités nouvelles, il faut tout de même être assez costaud pour faire du vélo à New York. D’ailleurs, ils ne sont pas si nombreux, ceux qui s’y risquent… Ce ne sont, en immense majorité, que des hommes jeunes : la répartition des genres et la pyramide des âges de Paris, relativement équilibrées, n’exitent pas ici en matière de vélo. Le vélo new-yorkais est d’abord un instrument de travail pour certains, et rarement un loisir ni un plaisir : beaucoup de coursiers, noirs, chinois et latinos, ou alors des étudiants. Très équipés : casque obligatoire et nécessaire, être bien couvert car il peut faire froid, et des vélos qui marchent bien et vite – je n’ai vu quasi aucun vieux clou, comme les miens par exemple. Et une lumière clignotante indispensable, car il fait nuit tôt (16h45) et il fait très noir, les rues de la ville n’étant pas très éclairées. Les cyclistes partagent cet aspect de vigie clignotante dans le noir avec les policiers de la circulation de la NY Street Police qui, ici, portent tous accrochés à leur veste, devant et derrière, deux lampes clignotantes rouges. 

Bref, les cyclistes sont des guerriers à New York : ils vont vite, respectent assez peu les feux, casqués, sanglés, grimpés sur des machines noires assez perfectionnées et performantes ; et vont, viennent, avec des missions précises. Ce sont les nouveaux samouraïs urbains. 

Avec deux sous-catégories échappant au stéréotype dominant :

1/ les dandys high-tech, souvent des hipsters stylés pourvus de vélo de course chromé aux couleurs vives, assez nombreux dans le Village. Eux sortent clairement pour se montrer, le vélo faisant office de dernier gadget à la mode.

2/ les plus vieux, souvent des Chinois, qui roulent à l’électrique, et dépassent parfois et les hipsters branchés et les coursiers pressés !

Dernier jour de l’année – froid, givré ; la ville plus silencieuse, comme si tout s’était arrêté, même les sirènes… Pour le rituel réveillon, moi ce fut très beau et très simple, chez des amis : quelques minutes avant minuit, de nombreux toits se couvrent de gens qui ont l’habitude de fêter le cérémoniel passage en ce lieu aéré et, ce soir, relativement pas trop froid. Le toit n’est pas très haut, pour New York, 7 ou 8 étages, il était magnifiquement bien situé, avec regards circulaires sur Manhattan, un 360 degrés partant du Brooklyn Bridge, remontant vers la tour Chrysler et sa gangue de fer, une de mes préférées, l’ensemble Midtown avec en illuminations multicolores l’Empire State Building, puis un panoramique jusqu’au nouvel One Trade Center, qui, à minuit, éclairé comme il l’est, a tout de même de la gueule. À minuit pile, des petits feux d’artifices partent et se succèdent dans tous les coins de la ville, ce qui donne une ambiance pétaradante assez surprenante, tandis que, la plupart du temps, les immeubles cachent les illuminations. Pendant une demi heure, Manhattan n’est que pétards !

Auparavant, dîner entre amis dans un restaurant, Chez Madam Zhu, de gastronomie shanghaïenne, avec des plats très sophistiqués où l’on ne comprend pas ce qu’il y a dedans… On comprend juste que c’est parfois très spicy, très, très, et parfois très sweet, très, très, avec du coco et de la pâte de haricots rouges.

Le retour, vers 1h du matin, s’effectue sur la voie du dégueulis avec moult poivrots titubant et beuglant « happy new year » aux arbres et aux lampadaires qu’ils croisent, parfois d’un peu trop près. Mais je suis arrivé vivant à la maison… 

Antoine de Baecque
Degré zéro

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