Vive la République !

Il était presque dix-huit heures quand la tête du cortège a atteint la place de la Bastille. Un ministre nous attendait. Après avoir félicité vivement les fiertés transgenres pour la beauté de leur char, il a tenu un discours :

« Transgenres, travestis, gays, lesbiennes, fétichistes de tous poils, la République est heureuse de pouvoir vous accueillir en son sein. Les temps où vous étiez pourchassés tels des pestiférés sont maintenant révolus et c’est au nom de citoyennes et de citoyens de plein droit que je m’adresse à vous. Vous êtes la dignité de la République. Grâce à vous, le pays a retrouvé le goût de l’insurrection qui présida à notre grande Révolution. Quoi de plus beau, de plus élevé que vos chars paradant dans les rues de Paris animées par une foule en liesse. Votre Gay Pride, qui est aussi notre fierté, ressuscite cet idéal de liberté morale qui veut que chacun voit en l’autre son prochain. Vous méritez notre respect. Vous méritez votre bonheur. Et maintenant place à la fête ! Que tout le monde s’embrasse ! »

Des exclamations de joie ont salué ce beau discours. Le ministre a donné l’exemple et embrassé un superbe travelo qui descendait de son char. Stimulée par le geste du ministre, la foule a envahi les chars et c’était à qui embrasserait le plus grand nombre de gays et lesbiennes. Je me rappelle aujourd’hui encore avec émotion ce moment magique où l’on pouvait croire en un monde meilleur. Les géantes, qui avaient entre-temps passé un nouveau string, embrassaient à pleine bouche toutes celles qui se pressaient à leur rencontre. La poitrine toujours dénudée, elles collaient vaillamment leurs seins sur les jeunes impétrantes, pendant que de leurs mains elles allaient réveiller les fiertés endormies au fond des petites culottes.

Une ministre célèbre pour sa défense de l’environnement regardait ce spectacle un peu éberluée. Elle se tenait en retrait, réticente au fond. Birgit l’a alors appelée à venir nous rejoindre. La ministre hésitait. Elle avait fait voter peu auparavant la nouvelle charte sur le droit des animaux. Elle était en principe acquise à la cause gay. Mais de là à l’embrasser ! semblait-elle se dire dans son tailleur classique dont la jupe descendait bien au-dessous du genou. À dire la vérité, son attitude réservée détonnait dans la liesse générale. Birgit l’a de nouveau interpellée :

— Encore un effort, madame la ministre !

La ministre pour autant ne bougeait pas d’un pouce. Elle paraissait effrayée et s’apprêtait à quitter la parade quand trois travelos barbus se sont emparés d’elle pour la porter à bord de notre char. Birgit aussitôt fond sur elle comme la Révolution sur l’Ancien Régime. Elle lui ôte sa veste, lui retire sa jupe, découvre enfin une gaine digne des carmélites. La ministre se débat. Elle invoque sa famille, un mari, quatre enfants, elle oppose son grand âge, bientôt cinquante-quatre ans, elle implore la clémence de ce qu’elle considère comme un moderne comité de salut public. Devant tant de mauvaise foi, Birgit redouble de fureur. Elle appelle ses comparses, leur montre l’infortunée puis, d’un geste de la main, donne le signal de l’attaque. Sans qu’elle puisse dire un mot ni esquisser un geste, la ministre voit sa gaine lacérée alors que les géantes la bousculent à l’aide de leurs tétons. C’en est trop cependant pour cette amie des bêtes. Elle pousse un cri de détresse avant de s’évanouir. On la retient, on lui file quelques claques, on lui rappelle les devoirs républicains. Rien n’y fait. La ministre est exsangue.

— Quelle salope ! hurle Birgit au comble de la rage.

— Ministre de mes deux ! ajoute une autre géante.

— Et ça se dit républicaine ! renchérit une troisième.

— Monarchiste ! crie la foule en colère.

Mais Birgit ne se le tient pas pour dit. Elle abandonne la ministre aux mains de ses comparses, descend de notre char, vole vers les fiertés fétichistes et revient en courant munie d’un gigantesque godemiché.

— Qu’on la branle !

La ministre est couchée à même le sol. On lui tient les mains, on lui écarte les cuisses. Birgit introduit le godemiché dans le con de la ministre quand celle-ci rouvre un œil.

— Prends ça ma garce ! lui dit une des géantes en la forçant à boire un liquide relevé aux acides aphrodisiaques.

L’effet est immédiat. Le visage de la ministre s’empourpre, sa poitrine se soulève. Birgit n’a plus qu’à donner une légère pression de la main sur le godemiché que la ministre prend dans un râle de plaisir. On lui libère les mains qu’elle porte aussitôt à son con afin de s’emparer de l’objet de sa stupeur. Birgit recule d’un pas pour admirer tout à son aise notre ministre se branler. Quand elle atteint enfin le seuil de la jouissance, on entend une clameur parcourir la foule :

— Vive la République !

Gilles De Coninck
Thomas ou les infortunes de la fierté