La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

| 09 Avr 2020

Lights (1964-1966) de Marie Menken (1909-1970)

 

Lights, de la peintre et cinéaste américaine Marie Menken, est un formidable cocktail d’expérimentation, de fantaisie, de fureur et d’enthousiasme graphiques.

Trois années d’affilée, l’artiste est sortie de chez elle vers minuit pour aller filmer les décorations lumineuses sur les places et dans les vitrines au moment de Noël, et a tout mis bout à bout. Le résultat est une écriture luminescente, une peinture en cours d’exécution, un poème abstrait qui laisse transparaître la personnalité de celle qui scande, une femme adepte du changement et du mouvement, qui a utilisé sa caméra Bolex 16mm comme un pinceau et la pellicule comme un support où s’inscrivent ce que les mains, le cœur et les yeux font, pensent et voient. Le cinéma ici est plus action ou performance qu’enregistrement, et le corps de l’artiste donne le rythme, le tremblement halluciné qui rappelle les dessins mescaliniens de Michaux qui datent de la même époque.

Selon les mots de Menken, « faire des films a été une évolution naturelle de mon travail de peintre, surtout parce que ce qui m’intéressait, c’était la capture de la lumière, de son effet sur les surfaces et les textures, de sa façon de briller dans l’obscurité, de l’éclat des couleurs superposées, de la permanence de la vision et de la fatigue oculaire ».

Adepte d’un cinéma non narratif, elle a peint des gribouillages, elle a éclairé des idées débordant en dripping hors de la toile, en créant des tableaux mobiles, festifs et impétueux, dans le même registre que les « fêtes sauvages » qu’elle organisait dans son penthouse de la rue Montague à Brooklyn, en compagnie de son mari, le poète et cinéaste Willard Maas.

Nombreux sont les créateurs qui ont fréquenté la maison et ont mûri sous l’influence de la forte personnalité de Marie Menken, parmi eux Andy Warhol, Stan Brakhage, Jonas Mekas ou Kenneth Anger. Le couple Menken-Maas est devenu l’épicentre d’un mouvement frénétique et underground qui réunissait écrivains, cinéastes et artistes. Le charisme de Marie Menken a fait d’elle « la mère de l’avant-garde ».

Elle a réalisé plus de vingt court-métrages dont Visual Variations on Noguchi (1945), Glimpse of the Garden (1957), Arabesque for Kenneth Anger (1961), Notebook (1962), Go Go Go (1962–64), Watts with Eggs (1967) et Lights, film emblématique de son écriture effusive.

Ángela Bonadies*

 

* La version originale de ce texte a été publiée le 28 décembre 2017 dans la section Máquinas de visión de la revue en ligne Campo de Relámpagos

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Dans la même catégorie

All My Life

Bruce Baillie est l’un des pionniers du cinéma d’avant-garde tourné sur la côte ouest des États-Unis à la fin des années soixante. Ce court-métrage de 1966 fait correspondre en un plan-séquence la voix d’Ella Fitzgerald et la lumière d’été sur la côte californienne.

The Naked Director

Pop objets par excellence, les séries s’emparent de la représentation des sexualités et des corps, thématiques ô combien contemporaines. Retour sur cinq propositions aux angles variés. Et pour commencer : The Naked Director.

Exploratory Movement

Comment écrit-on un texte ? Comment imprime-t-on un livre ? Comment apparaissent, disparaissent et réapparaissent les mots ? Comment fait-on attention aux “choses” ? Autant de questions contenues dans Exploratory Movement (2017) de Inma Herrera

Romance

Des mains féminines repassent une chemise d’homme: Romance de Helen Grace, épouse la durée et le rythme d’un mouvement célèbre de Chostakovitch. Sept minutes simplement vertigineuses.