Guanajuato, musiques en tous genres

Le Festival Cervantino a tout d’un “Avignon” d’Amérique latine. Pendant trois semaines, la ville de Guanajuato, à quatre heures de bus de Mexico, vit au rythme des spectacles, ceux donnés dans les lieux officiels (théâtres, églises, université…) comme ceux improvisés au milieu de la rue. Classée au patrimoine mondial de l’humanité, Guanajuato offre un décor architectural idéal, avec son dédale de ruelles, de places et d’escaliers. Mais la différence majeure par rapport à Avignon tient dans la programmation, qui ici brasse tous les arts. Outre le théâtre et la danse, la musique occupe une place considérable. Dans le passé (le festival en est à sa 43ème édition), des chefs d’orchestre comme Leonard Bernstein ou Carlos Kleiber sont venus jusqu’ici. L’écrivain Jorge Volpi, directeur depuis trois ans du Cervantino, a choisi de jouer pleinement la carte musicale.

Mais de quelle musique parle-t-on ? C’est là tout l’enjeu, politique, de ce festival, qui doit faire le grand écart entre les musiques traditionnelles, indigènes et les musiques classiques occidentales. Entre, d’une certaine façon, les cultures pré-hispaniques et post-coloniales. Dans la première catégorie, on a pu assister à un concert de musiques andines interprétées par l’Orchestre national du Pérou. Hormis une sonorisation médiocre, les œuvres offraient un beau compromis entre mélodies folkloriques et instrumentation symphonique. Loin des groupes commerciaux qui, à quelques centaines de mètres de là, revisitaient les musiques d’Ennio Morricone sur leurs flûtes de pan – le “off”, comme à Avignon, ne réserve pas toujours de bonnes surprises… Dans un registre plus pédagogique, le répertoire des bandas, les harmonies traditionnelles mexicaines, était mis à l’honneur par des jeunes étudiants de l’État de Guanajuato. En soliste, le tromboniste solo de l’Opéra de Zurich, d’origine mexicaine, s’en donnait à cœur joie. Les cuivres ont ici des sonorités rutilantes, presque métalliques.

Festival Cervantino Guanajuato
@ Antoine Pecqueur

Contraste total avec le concert de l’Ensemble Modern de Francfort au Teatro Juárez – un bijou d’architecture de la fin du XIXème siècle, mais à l’acoustique terriblement sèche. Dans ce cadre qui nous rappelle la folie de Fitzcarraldo, le héros de Werner Herzog qui rêvait de se faire construire un opéra au cœur de l’Amazonie, les musiciens allemands proposaient des œuvres de Ligeti, Wolfgang Rihm, Hanspeter Kyburz… Avec comme à leur habitude, une alliance idéale de dynamisme et de précision. Mais les spectateurs se faisaient bien rares… C’est tout à son honneur : Jorge Volpi a choisi de défendre la musique contemporaine, jusque dans ses courants les plus expérimentaux. À l’Université de Guanajuato, l’ensemble A Tempo donnait à entendre des créations avec vidéos de compositeurs mexicains. Dans la plupart des cas, une parodie de langage moderniste neurasthénique. Dehors, les trompettes mariachis enflammaient les terrasses. On l’aura compris : l’équilibre entre les genres n’est pas aisée au Cervantino, où populaire et exigeant ont parfois du mal à trouver un terrain commun. Rare point d’union : l’opéra de Vivaldi, Montezuma, donné sur instruments baroques par l’ensemble italien Modo Antiquo. Dans cet ouvrage, le compositeur italien relate la vie de l’empereur aztèque et jette ainsi un pont entre les cultures. Trois siècles plus tard, le geste est toujours aussi salutaire.

Antoine Pecqueur

Festival Internacional Cervantino, Guanajuato (Mexique), jusqu’au 25 octobre.

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