La voix de Marianne Seleskovitch, mezzo-soprano

Une robe couleur de lune volute les nuages du matin, sur les plages de blés et les champs de lucioles dans la pénombre d’une église où l’on embrasse les saints sur la bouche.

C’est un voile transparent vif, bleuté à force d’être orange, qui vague, flotte, spirale, étire l’horizon, effleure.

Et c’est un grand tissu brillant de rhum, de bronze et de cithare, tissé de noms ocres et jaune – Bucarest et Marabout, Budapest et Jabirus, Corfou, Vérone, Cordoue.

L’orange vif se lève comme un rideau. Voix chat, on n’avait rien vu, on y est, d’un coup de hanche, dans les cintres, fétu de paille dans la main de cette voix.

Et la voix lune-chat se frotte à la peau, onguent cuivre-satin d’orge et d’étoile qui soigne. Voix pétrisseuse du mot bien, les mains dans les couleurs du désert de Wadi Run.

Ou bien parfois, pour s’ébrouer, des étincelles de gouttes fraiches éclaboussent en riant.

Voix de printemps à son début, et du vent poudré de l’été, de la saveur du Sahara, du mimosa l’hiver à Nice au mois de février quand la mer cabriole une ronde d’iris, du soleil l’hiver à Antibes, voix d’ajour et de genêts, pour s’enduire de lune et de soleil mélangés, voix qui émonde le noir.

Un sourire du matin, voix bonjour, voix mon amour, un peu sirène, sans la mort, de jonque et de la baie d’Halong.

Ou bien d’une limousine, le soir, en Californie, descend une star glamour, voix Marilyn, en robe couleur d’eau verte, rang de perles et teint capiteux. Et d’Hollywood jusqu’à l’Arizona, la voix prend la lumière des plaines du Nouveau Mexique, prend la couleur de la roche sur la route qui va de Collioure à Port Bou, de rocher bleu en sable chaud, quand la lumière se goûte comme un pain grillé au réveil, se palpe comme la chaleur d’une lune viennoiserie, croissant d’Orient à Paris.  

Voix comme le pain grillé, le bonheur sur le bout de la langue. Voix de l’heure, comme le pressentiment d’une douceur déjà vue.

Baume de la déesse aux fauves, voix déesse renoueuse, enrobe, s’enrobe, se niche dans les anfractuosités, serpente dans les recoins de l’âme.

Lumière douce rouge au cœur, comme sur la colline d’Hélène la sainte, dont le culte remplaça celui de Sélènè la lune, pas loin d’Antibes riante.

Oui de la lune, c’est la voix, à Antipolis, oui d’Hélène, c’est la voix de Marianne Seleskovitch, mezzo-soprano.

Médée depuis longtemps a volé le char d’Apollon.

Et le noir irréfutable, et le noir radieux embrasse le ciel sur la bouche.

 

Pauline Viardot, « Canción de la infanta », « Hai Lulli », « Moriro »
Récital donné à La Flaine le 24 juillet 2017

 

Claude Debussy, « Romance »
Avec Lorenzo Bovitutti, piano
Concert donné à Colombes, 8 juillet 2017, Auditorium du Conservatoire
 
Claude Debussy, « Nuit d’étoiles »
Avec Lorenzo Bovitutti, piano
Concert donné à Colombes, 8 juillet 2017, Auditorium du Conservatoire

 

Verdi, « Deh, pietoso, oh addolorata » (romance)

 

Federico Mompou, « Primeros pasos »

 


Marianne Seleskovitch débute la musique à l’âge de 7 ans. Elle entre à la Maîtrise de Paris où elle acquiert une solide pratique du chœur, tout en étudiant le chant lyrique, le piano et l’écriture. Elle obtient une licence de musicologie à la Sorbonne et un prix de chant lyrique dans les classes supérieures des CRR de Rueil et Paris. Elle se perfectionne auprès de Peggy Bouveret à l’École normale de musique de Paris et de Jean-Louis Serre au CRD de Noisiel.
Son expérience chorale l’a amenée à chanter sous la direction des plus grands chefs – Sir Colin Davis, A. Allemandi, M. Corboz… Elle explore tous les répertoires et se produit régulièrement en récital avec la pianiste Elsa Cantor avec qui elle a fondé le « Duodifa ». Son goût pour la création la pousse vers la musique contemporaine et les compositeurs du XXe siècle. Le chef d’orchestre Clément Mao-Takacs fait appel à elle régulièrement pour les projets de son ensemble Secession Orchestra. Sous sa direction, elle est soliste à Copenhague, New York et Bergen dans l’opéra La Passion de Simone de Kaija Saariaho et crée avec lui le spectacle Give me a few words, composé d’œuvres pour voix solo de la seconde moitié du XXe siècle, donné en 2017 au festival Intervalles à Paris et à la première édition du festival Terraqué.
Performeuse autant que chanteuse, elle créé ses propres spectacles et aime les formes qui échappent aux définitions classiques. Elle travaille au sein de la compagnie La Chambre aux Échos et dans le collectif d’artistes et intellectuelles féministes Les PlatonnEs.
Professeure de chant et de chant choral, elle ne dissocie pas l’enseignement de sa pratique artistique et multiplie les activés dans ce domaine, à Paris, notamment au festival Classique au vert, et partout en France.

Actualités

Du 3 au 6 février 2018, Marianne Seleskovitch se produira dans la Banquette des PlatonnEs durant le festival Oktovrénie (Kazakhstan). On l’entendra le 12 février, à la librairie Palimpseste, dans Habaner-ah, une performance vocale sur un air de Bizet. Du 12 au 28 février, elle sera en résidence en Île de France pour préparer une création avec la Compagnie Les Épis Noirs. Le 9 mars 2018 elle réalisera une performance invitée dans Suite Samourai de Aline César au Point Ephémère, à Paris. Au printemps, elle chantera en avril dans Babayaga, une création à La Tannerie de Choisy-le-Roi, et, elle donnera un récital le 13 mai à Martizay (Indre) avec la pianiste Elsa Cantor.

Sophie Rabau
Portraits de voix lyriques