Lear accable Py

La liste des spectacles ratés dans la Cour d’honneur du festival d’Avignon depuis la première édition en 1947 est très longue. Acteurs et metteurs en scène de talent s’y sont souvent cassé les dents au point qu’il n’est pas abusif de prétendre que l’échec, plutôt que le succès, y est la règle. Le ratage du Roi Lear mis en scène par Olivier Py n’est donc a prori ni un événement, ni une surprise. Difficile par ailleurs de reprocher au directeur de s’exposer en se programmant lui même dans le lieu fondateur du festival : premier artiste à diriger la manifestation depuis Jean Vilar, Py a toujours fait de sa pratique artistique le fondement majeur de sa légitimité.

Le Roi Lear - Olivier Py © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Le Roi Lear © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Une double casquette -directeur et artiste- bien lourde à porter quarante-quatre ans après la mort de Vilar. Choisissant de monter Le Roi Lear, Olivier Py a-t-il voulu signifier que la charge du pouvoir l’accablait déjà ? Ce n’est pas du tout ce qu’il affirme, mais le décalage entre ses intentions affichées et le résultat est troublant.

Le metteur en scène dit être parti d’une méditation sur le silence de Cordelia, la plus jeune-fille du vieux roi, muette ou presque à l’heure de dire son amour pour son père en train de diviser son royaume. Il dit aussi voir dans Le Roi Lear une course au néant, annonciatrice des castastrophes du vingtième siècle. Dans le spectacle, deux inscriptions en lettres de néon posées sur le plateau, “Ton silence est une machine de guerre” (réplique de Lear au début de la pièce) et “Rien” (l’un des mots qui reviennent le plus souvent dans le texte), soulignent cette lecture du texte. Silence et néant, c’est en effet à peu près l’effet produit par le spectacle. Un silence bruyant, avec des comédiens criant sans relâche un texte -retraduit par Olivier Py- dont la puissance tragique semble se réduire à quelques bons mots d’aujourd’hui, et une mise en scène en panne d’imaginaire, où l’esprit potache et la légèreté des tréteaux (ici une palissade, un plancher en bois, un trou où faire disparaître les cadavres) ne tiennent même pas lieu de cache misère, et des personnages privés de nuances. Edmond, le fils bâtard de Gloucester, est une petite frappe en combinaison de cuir qui circule à moto. Et l’on repense alors à ce même Olivier Py interprétant en ce lieu sa pièce Le Visage d’Orphée en 1997. De l’image du poète de 30 ans s’exposant, nu, dans la Cour d’honneur, à celle du motard en cuir et casque à cornes pétaradant sur son engin, la chute est vertigineuse.

René Solis

Le Roi Lear, traduction et mise en scène d’Olivier Py, Cour d’honneur, 22h, jusqu’au 13 juillet (relâche le 9)

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