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Les tribulations de Monsieur M. à Marseille
| 03 Avr 2026

Monsieur M., pour ne pas le citer (d’ailleurs, par précaution, même l’initiale a été changée), a bien failli rater son train. Arrivé, suant et soufflant, sur le quai de la gare Marseille Saint-Charles à quelques secondes seulement de la fermeture des portes, il monte précipitamment dans le premier wagon et rejoint tant bien que mal la voiture 4 en traînant sa valise bleue derrière lui. Il la juche sur un tas d’autres bagages avant d’aller s’écrouler à sa place.

Le voyage jusqu’à Lyon lui paraît bien court.

Arrivé!

Ne pas oublier d’attraper sa valise. (Monsieur M. est distrait, il oublie souvent des affaires ici ou là et doit ensuite subir les reproches et sarcasmes de Madame M. Disons-le, chez les M. C’est Madame qui porte la culotte*.)

Tiens, il y a plusieurs valises bleues ! Pas de temps à perdre, l’arrêt est de courte durée et l’essentiel est de ne pas rentrer les mains vides. Monsieur M. s’empare de celle qui est au-dessus de la pile, et qui lui semble bien être la sienne**, s’efforce de ne pas piétiner les deux individus profondément endormis devant le compartiment des bagages. “Mieux vaut ne pas les réveiller”, se dit Monsieur M. Car même s’ils dorment du sommeil du juste, ils ressemblent plutôt aux joueurs de bonneteau qui l’ont jadis plumé rue de Steinkerque. Oui, Monsieur M. est déjà allé à Montmartre, comme en témoigne son portrait par un artiste de la place du Tertre trônant dans le salon familial.

Sur le quai, la valise lui semble un peu plus lourde qu’à Marseille. La fatigue, sans doute. Il prendra un taxi. Déjà tourné vers la sortie, il ne voit pas le visage patibulaire d’un des joueurs de bonneteau coincé derrière la porte vitrée du wagon qui vient juste de se refermer devant lui.

Monsieur M. rentre chez lui, salue Madame M. qui lui demande s’il a fait un bon voyage et si cette fois il n’a rien oublié dans le train ou dans le taxi.

Haussant les épaules et sa valise Monsieur M. monte la déposer dans son bureau.

Décidément, elle est vraiment plus lourde qu’à Marseille! Il la videra plus tard.

Plus tard…

L’explication est toute simple. En ouvrant la valise, Monsieur M. découvre que ce n’est pas la sienne. Il est d’abord un peu décontenancé, bien sûr, mais après tout, il ne transportait rien de très précieux ni d’irremplaçable.

Voyons ce qu’elle contient. “Tiens, les propriétaires, doivent jouer au Monopoly. Mais ces billets paraissent plus vrais que nature. Je vais les donner aux enfants (Monsieur M. a trois enfants en âge de jouer au Monopoly), ainsi que ces faux lingots d’or. Bien imités d’ailleurs, eux aussi, et aussi lourds que des vrais! Ils vont être contents et pourront épater leurs copains.”

Pas étonnant donc que cette valise soit si lourde! D’autant qu’elle est, pour une raison que Monsieur M. ne comprend pas, lestée par plusieurs sacs de sable.

Tiens, non, ce n’est pas du sable! C’est plus fin et c’est blanc.

Du plâtre? Non plus.
Du sucre? Que nenni.
Du sel? Ce n’est pas du sel.

En tout cas, ne perdons pas de temps et débarrassons-nous-en vite et discrètement avant que Madame ne se rende compte de l’erreur.

Il se trouve que c’est le jour des encombrants dans le quartier de Monsieur M. En trois aller-retour, il dépose les sacs de lest dans les tiroirs d’un meuble de cuisine Ikea démantelé abandonné sur le trottoir,  ignorant qu’il vient de mettre à la poubelle 9 kg de cocaïne d’une valeur approximative de 700000€.

*Qu’on nous pardonne cette expression un peu surannée.
** S’il l’avait étiquetée comme la SNCF demande de le faire, rien de tout ceci ne serait arrivé!

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