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Le syndrome de Sporgersi
| 26 Déc 2017

Le coin des traîtres : pièges, surprises, vertiges, plaisirs et mystères de la traduction…

Dans le flou du passé, ma première découverte de l’idée de « traduction » qui me remonte à l’esprit est ma perplexité d’enfant devant les inscriptions au bas des fenêtres du train Marseille-Rome qui m’amenait fêter ma première communion dans la famille de mon père.

La phrase française : Ne pas se pencher au-dehors était répétée en allemand : Nicht Hinauslennen, en anglais : It is dangerous to lean out et surtout en italien : E pericoloso sporgersi.

Mais pendant longtemps mon atavisme marseillais m’a empêché de jouir des richesses des langues étrangères. Je pense que c’est dû à l’accent prononcé que nous nous trimballons. Inconsciemment l’enfant marseillais se dit que si, déjà, il ne peut pas prononcer correctement le français, on imagine les dégâts que cela peut faire s’il se met en tête de parler une langue étrangère.

Je me souviens des terribles ricanements qui secouaient toute notre classe de cancres lorsque l’un d’entre nous tentait maladroitement de réciter une phrase en anglais ou en allemand. Le comble de la moquerie était atteint lorsqu’un petit binoclard obtenait une très bonne note.

Depuis, tentant comme je pouvais de combler ce retard, mais sans grand progrès à l’oral, je me suis mis pendant quelques années à traduire certains textes de théâtre et puis de fil en aiguille, je n’ai pu m’empêcher de traduire tout ce que je pouvais. Ma folie m’a donc amené ces derniers jours à tenter de traduire en français un tableau de Jean-Michel Basquiat intitulé All Colored Past Part III.

Et voilà ce qu’a donné ma première tentative :

Insatisfait de cette première version, j’ai décidé ensuite de traduire ce même tableau en italien :

Mais là encore mon insatisfaction m’a amené à pousser encore plus loin le bouchon. J’ai donc traduit ce tableau en plusieurs langues en même temps : russe, hébreu, grec, tadjik, thaï, chinois, japonais, tamoul, etc. :

Dépasser l’idée même de peinture pour faire vibrionner les images et au risque de l’incompréhension, obscurcir tous les sens pour parvenir enfin à les éclairer.

J’ai du pain sur la planche, voilà mon prochain travail :

Serge Valletti
Le coin des traîtres

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