Alchimie amusante

“Russie : ils vendaient une ‘potion magique’ pour changer du papier en dollars.”

La police russe a arrêté deux Centrafricains qui tentaient d’écouler une “potion magique” présentée comme capable de transformer du simple papier en billets de 100 dollars. Pour faire croire à cette alchimie fiduciaire, les escrocs versaient devant les badauds un liquide sur une feuille de papier noir puis, avec une habilité de maîtres de bonneteau, substituaient à la feuille un vrai billet. Ils proposaient ensuite aux gens d’aller vérifier son authenticité auprès d’une banque. Miracle ! Opération a priori avantageuse pour le client puisque le flacon vendu cinq millions de roubles (environ 68.000 euros) devait permettre de produire ensuite jusqu’à 20 millions de dollars. Évidemment elle n’était avantageuse in fine que pour les vendeurs, dont le commerce a été de courte durée.

L’histoire peut faire sourire mais les temps modernes ne nous portent-ils pas à croire en l’alchimie ? Avec de l’encre et du papier, les banques centrales savent aujourd’hui créer des milliards. Les fluctuations des cours de bourse font apparaître ou disparaître des richesses en quelques heures ou minutes. Les armées de boutonneux de la Silicon Valley amassent des fortunes simplement en tapant des lignes de code informatique sur des claviers. A cette aune, les alchimistes du Moyen-Âge n’auront été que des besogneux. La seule différence, c’est qu’hier on voulait produire de l’or alors qu’aujourd’hui le dollar a nettement nos préférences. Le reste est histoire de foi : “In god we trust” est-il écrit sur chaque billet vert.

Notre époque a eu assez de génie pour inventer également l’anti-pierre philosophale, un objet qui a l’extraordinaire pouvoir de faire s’évaporer en un clin d’oeil les roubles, dollars et euros : cela s’appelle la carte bancaire. Ce n’est plus du charlatanisme, c’est de la magie noire. Il suffit de taper un code de quatre chiffres pour que de l’argent dont vous n’avez jamais vu la couleur s’échappe vers d’autres poches où il restera à peu près aussi virtuel. Vous auriez expliqué cela à Nicolas Flamel qu’il en serait resté comme deux ronds de flanc. Eussiez-vous ajouté quelques considérations sur les monnaies électroniques, le trading à haute fréquence et les bitcoins que vous auriez pris illico le chemin du bûcher.

Les espoirs de Flamel et de ses collègues n’étaient cependant pas tout à fait vains. En 1980, le chimiste américain Glenn Seaborg est parvenu à tranformer en or quelques milliers d’atomes de bismuth. Il lui a fallu pour cela utiliser un accélérateur de particules, engin un tantinet plus coûteux à faire fonctionner qu’un creuset de sorcier : 5000 dollars de l’heure à l’époque. Grâce à la transmutation nucléaire, l’alchimie est désormais à notre portée, sauf qu’elle nous coûterait tout l’or du monde ; Seaborg a calculé que pour produire une trentaine de grammes d’or à coups d’accélérateur, il faudrait dépenser plus de mille millions de millions de dollars. Mille ans de civilisation auront donc été nécessaires pour établir ce principe : il y a plus d’avenir dans la fausse monnaie que dans l’alchimie, à condition de ne pas se faire coincer.

Édouard Launet

Sciences du fait divers

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