Blue Janis délavée

Janis joplin Little girl blue amy j. BergUn docu sur Janis ? Tiens, ça faisait longtemps. Très longtemps puisque le dernier datait de Pearl, son album posthume. Poussé sans aucun doute par un brin de nostalgie qui me replongeait dans les soirées lycée à écouter son extraordinaire interprétation de “Me and Bobby McGee” de Kris Kristofferson, j’ai filé à Bastille pour une projection en matinée. La salle est presque comble et le public féminin nombreux ; quarante cinq ans après, l’icône rock, symbole d’une émancipation débridée, est toujours indétrônable. La réalisatrice Amy J. Berg, née pratiquement à l’époque où la star des sixties est morte d’une overdose dans une chambre d’hôtel d’Hollywood, s’est plongée dans l’enfance de la petite fille de Port Arthur. Parents, frère et sœur, amis proches, copains d’école parfois sans merci, Country Joe McDonald et Big Brother ses compagnons de route musiciens… Huit ans de travail et un million et demi de dollars ont été nécessaires pour rassembler et monter les témoignages. Ses escapades à Austin, puis San Francisco, son ascension fulgurante, et surtout son rapport constant avec les siens au travers de lettres qui prennent vie grâce à la voix de Chan Marshall alias Cat Power, autre rockeuse sudiste.

Fragilité du personnage et puissance de la voix, les frissons sont toujours là. Surtout en revoyant ses débuts ou lors de sa révélation au Monterey Pop Festival en compagnie de Otis Redding ou Jimi Hendrix. Quelques raretés dénichées par Amy J. Berg, en studio ou en coulisses, éclairent également certains moments cachés de Janis, notamment ses retours ratés à Port Arthur. 

La drogue est toujours présente en toile de fond. Comme une épée de Damoclès menaçant à chaque scène de s’abattre sur une rêveuse amoureuse de tout ce qu’elle croisait. Puis on s’habitue. On oublie presque l’aspect morbide derrière les rires et sourires de la jeune femme.

Les images d’archives de Little Girl Blue sont (logiquement) délavées et floues, dues à la piètre qualité des enregistrement VHS. Bref, mieux vaut être loin de l’écran pour reconstituer les détails de la photographie et oublier un grain très grossi. Mais la première chanteuse rock de l’histoire est bien là, vivante et imparfaite, à chanter ses amours perdues. Surtout David Niehaus, l’homme rencontré sur une plage du Brésil parti ensuite à Katmandou et qu’elle était censée retrouver. Mais dont le télégramme est arrivé un jour trop tard à la réception de l’hôtel où elle logeait.

 

Dino Di Meo

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