Brosses à dents et autres aliments

“Un chirurgien trouve dix-huit brosses à dents dans l’estomac du patient.” (Liveleak.com)

Il est important de bien se brosser les dents du fond, mais l’exercice a ses limites, qui sont celles de l’estomac. Dix-huit brosses semble être un maximum ; en tout cas, c’est un nouveau record.

On sait peu de choses du patient, hormis qu’il a survécu. Voilà un miraculé. Le reste de l’information vient d’une vidéo qui a été beaucoup regardée sur Internet : celle de l’opération elle-même. Les médecins ont en effet filmé leur intervention tout en la commentant en direct, non sans alacrité. Il est vrai qu’ils sont en train d’extraire de leur patient toute une armoire de salle de bain car, en sus des brosses, il y a dans cet estomac divers articles de toilette. Cet homme est l’équivalent anatomique d’une mine d’or.

Il est probable que le type n’avait pas toute sa tête. Parfois des boulimiques avalent la brosse à dents avec laquelle ils se font vomir, mais il est rare qu’ils fassent ce genre d’erreur dix-huit fois. Par contre, chez certains cas pathologiques, engloutir tout et n’importe quoi est une activité quotidienne. On relève dans l’American Journal of Forensic Medicine un cas d’intoxication mortelle par le zinc suite à l’ingestion de 461 pièces de monnaie : le patient était un bandit-manchot ambulant. Un article du même journal a signalé un jackpot de 275 pièces récupérées dans l’estomac d’un autre homme, mort lui aussi, mais d’une intoxication au cuivre cette fois. Le record à battre est celui d’un Anglais dans le ventre duquel on a récupéré plus de 700 pièces de 1 et 2 pence. On peut aussi, dans un état de grande confusion, s’enfoncer quantité de choses dans l’anus, y compris des brosses à dents.

La brosse à dents est un des accessoires transitionnels du fait divers. Elle s’est déjà illustrée dans quantité d’affaires surprenantes. Prenez Valentina Tereshkova, la première femme jamais envoyée dans l’espace. En juin 1963, cette cosmonaute russe s’apprête à faire le grand saut en solo. Elle prépare méticuleusement sa mission, enchaîne les check-listes car on ne part pas dans l’espace comme en week-end. Arrivée là-haut pour un séjour de trois jours, Valentina s’aperçoit qu’elle a emporté du dentifrice… mais pas de brosse à dents. Pour le reste, la mission a été un succès.

En 1997, aux États-Unis, un homme a abattu son frère parce que celui-ci ne voulait pas lui rendre sa brosse à dents. Le différend entre les frangins ne devait pas se limiter à cela, il fallait un déclencheur. Soudain, tel le monolithe noir de 2001 Odyssée de l’Espace, la brosse s’est dressée, et la guerre fratricide a commencé.  En 2014, en Angleterre cette fois, un homme en a tué un autre avec une brosse à dents électrique. Comment fait-on pour trucider quelqu’un avec un tel appareil ? Eh bien il suffit d’avoir pris des métamphétamines et de se livrer à des jeux sexuels du genre violent. Exposer le détail de l’affaire choquerait nos plus jeunes lecteurs.

La première brosse à dents est apparue sur cette planète il y a 5000 ans. Les poils n’étaient pas en nylon à l’époque, et d’ailleurs la brosse n’en avait pas, de poils : c’était une simple brindille effilée avec laquelle nos prédécesseurs se curaient les dents. Des modèles moins rudimentaires ont été mis au point par la suite, et la production en série a pu démarrer en Angleterre vers 1780. L’idée en revient à un certain William Addis qui, lors d’un séjour en prison, s’est inspiré des balais : il a percé des trous dans un petit os et y a collé des poils de cheval. Quelques décennies plus tard, l’objet était devenu d’usage courant de la France jusqu’au Japon. La brosse à dents électrique est apparue en 1960, en même temps que le nouveau franc et Jean-Claude Vandamme (né le 18 octobre). Et le dentifrice ? Il semble remonter à l’Egypte ancienne, c’était alors un simple mélange de cendres et d’argile, sans oligo-éléments. Et la première prise d’otages avec une brosse à dents ? C’était en 2015 à la prison de Poitiers. Une lame de rasoir avait été fixée au bout du manche. Ce modèle-là ne s’avale pas. En tout cas, jamais personne n’en avalera dix-huit.

Édouard Launet

Sciences du fait divers

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