Les choix de délibéré – 21 nov. 2016

EXPOS

Qu’est-ce qui nous soulève ?

“Chaque fois qu’un mur se dresse, il y aura toujours des ‘soulevés’ pour ‘faire le mur’, c’est-à-dire pour traverser les frontières. Ne serait-ce qu’en imaginant.” Le philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman a imaginé son exposition Soulèvements au Jeu de Paume, tel un tour du monde des expressions de la révolte des peuples, de la Révolution française aux printemps arabes. Avec toutes les formes d’images et de documents, de gestes en mots, de conflits en désirs, il montre que l’on a toujours levé le poing, sans asséner de leçons à coups de poings. AMF

Soulèvements, jusqu’au 15 janvier au Jeu de Paume, 75008 Paris. Catalogue, 420 p., Gallimard, Livres d’art, 49 euros.

DESIGN

Copie ou pas copie ?

Un mal empoisonne le design, le plagiat. Qui n’a pas repéré une chaise, ici ou là, qui avait une forme de déjà vue ? Entre mondialisation et création par imprimante 3D, la copie se généralise. Avec l’exposition Ceci n’est pas une copie, le centre d’art belge le Grand Hornu, près de Mons, entend explorer la frontière qu’il y a entre inspiration, réemploi, référence, hommage, réinterprétation, pastiche, c’est-à-dire tous les jeux de filiations qui habitent toute nouvelle création, et le piratage assumé bassement commercial ou la copie naïve par ignorance. AMF

Ceci n’est pas une copie, Site du Grand-Hornu, 7301 Hornu, Belgique. Du 25 novembre 2016 au 27 février 2017

Les Bouroullec déchaînés

En cette année 2016, il est difficile de ne pas être enchaîné à Ronan et Erwan Bouroullec. On avait repéré leur “Serif”, pour Samsung, ou comment, grâce à eux, une télévision peut redevenir belle et meublante. A Rennes, au printemps, ils ont présenté quatre expositions dont Rêveries urbaines, des petites structures destinées à l’espace public, telles Liane, Cascade, Ruisseau, Cheminées…. En septembre, ils montraient les vases Nuage, en aluminium et aux formes tubulaires. Et voici qu’aujourd’hui leurs Chaînes, assemblages de cloches en différentes matières, illuminent et redessinent la galerie kreo comme des guirlandes luminescentes très pures. AMF

Chaînes, Galerie kreo, 31, rue Dauphine, 75006 Paris. Jusqu’au 7 janvier. Rêveries urbaines, Vitra Design Museum, Charles-Eames-Straße 2, Weil-am-Rhein, Allemagne, jusqu’au 22 janvier

ARCHITECTURE

Les architectes français s’exportent

La Cité de la musique à Rio de Janeiro (Brésil), signée Christian de Portzamparc. La gare de Casablanca réalisée par l’agence AREP. Ou encore l’université féminine Ewha à Séoul, conçue par Dominique Perrault. Trois grande architectures françaises que l’on peut découvrir parmi 50 autres réalisations venues de l’hexagone, dans l’exposition Ailleurs/Outwards, présentée par l’Afex (Architectes français à l’export) à Paris. Cette association célèbre 20 années d’existence, en complétant cette présentation par un livre (éditions Dominique Carré). AMF

Ailleurs/Outwards, Palais Royal, Galerie d’Orléans, prolongation jusqu’au 18 décembre, 5, rue de Valois, 75001.

THÉÂTRE

Suite de la suite

Joris Lacoste, Suite N°2 - Photo: Bea BorgersPour harmoniser les prises de parole individuelles de sa Suite n°2 (qui fait suite à la n°1, basée sur l’unisson), Joris Lacoste a procédé en chef d’orchestre. Titanesque, son travail laisse sans voix. À leur pupitre, cinq acteurs performers – car il s’agit d’une performance hors du commun – s’emparent des mots prononcés par d’autres avec une force qui cloue le bec. Car sous ce flot ininterrompu de discours apparaît la réalité du monde actuel. Suite n°2 est en fait tout ce que les journaux télévisés ne nous disent pas avec leurs paroles orchestrées officiellement, de manière à flouter le réel. (Lire la critique de MCV)

Suite n°2, mise en scène de de Joris Lacoste / Encyclopédie de la Parole, Le Maillon, Strasbourg, du 23 au 25 novembre, à la Comédie de Clermont-Ferrand du 29 novembre au 2 décembre, au Manège (Maubeuge) le 9 décembre, au Nouveau Théâtre de Montreuil du 13 au 15 décembre, au Théâtre Garonne (Toulouse), du 10 au 14 janvier 2017

CONFÉRENCE

Victor encore

unnamedLe mardi 22 novembre, quelques jours après Emmanuel Macron, Victor Hugo présentera officiellement sa candidature à la présidentielle. Plus exactement, c’est le metteur en scène Laurent Schuh qui le fera en son nom lors d’une soirée organisée dans un café parisien. Où l’on constatera que l’hugolâtrie est une pathologie remarquable, mais qui peut prendre des formes sévères. EL

22 V’la demain, mardi 22 novembre à 19h30 à La Cantada, 13, rue Moret, 75011 Paris

DANSE

Ca va valser !

Le chorégraphe allemand Raimund Hoghe s’empare une nouvelle fois du répertoire de la musique et de la danse moderne. Après le Sacre du Printemps, il trafique avec bonheur La Valse de Maurice Ravel. Serge de Diaghilev, impresario des Ballets russes, passa commande de cette pièce au compositeur pour finalement refuser de la monter, la jugeant trop morbide. Cette œuvre écrite en 1920 ne donna lieu à une chorégraphie de Nijinska qu’en 1928. Nul doute que Raimund Hoghe saura signer dans cette nouvelle création sa propre danse macabre. MCV

Raimund Hoghe, La Valse, du 23 au 26 novembre au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris

38 amateurs

pulseHéla Fattoumi et Eric Lamoureux, directeurs du Centre chorégraphique national de Bourgogne Franche-Comté à Belfort, ont ouvert pour leur nouvelle création Pulse un espace de recherche en prise directe avec des rythmes collectés au fil du temps, venant pour la plupart d’ailleurs, issus de différentes cultures. Ils les ont mixés à leur façon avant de les partager avec 38 amateurs. Les rythmes sont maîtres de ce jeu imaginaire : “syncope, rupture, impact, suspension, continuité, vélocité, vivacité, rebond, détournements seront autant de déclencheurs, autant d’appuis, convoquant des états et des qualités propices à faire surgir la danse”. MCV

Pulse, le 27 novembre à 17h, au Moloco, Espace Musiques Actuelles du Pays de Montbéliard à Audincourt, dans le cadre du festival Frimats, 03 84 58 44 88

Tutu

C’est de la danse pour rire et l’on rit. Les Chicos Mambo aiment à décliner les mille et une manières de jouer du tutu qui se transforme en brassière, en chapeau, en queue de canard, en pantalon en forme de pilon pour volatile. Maniant l’autodérision, les danseurs n’en connaissent pas moins la musique, parodiant les grands moments de danse contemporaine (notamment Pina Bausch) mais aussi l’émission Danse avec les stars, le tango et même le haka. MCV

Tutu, par les Chicos Mambo, du 22 au 27 novembre, à la Maison de la danse de Lyon, 04 72 78 18 00

LIVRES

(dés)intégrer

Exil. Partir sans même un certificat de naissance. Tout laisser dans un appartement. Fermer la porte. Aucunes traces tangibles du passé. Pas une seule photo de l’enfance. Des parents. Et se retrouver des années plus tard, à traverser les jardins d’un hôpital parisien, avec un tube pour une insémination. Aventure intime d’une jeune femme et saga flamboyante d’une grande famille iranienne des années vingt à nos jours, ce premier roman rappelle que “Quand il s’agit d’Iran, l’Occident et sa vision hégémonique ne sont jamais très loin”. Une histoire et des vies racontées pour bousculer les ignorances. Avec, une question de fond, profonde, celle de l’identité. Un très très grand livre. LB

Désorientale, de Négar Djavadi, Éditions Liana Levi

GRAPHISME

Faire étapes: avec le graphisme

Dans le dernier numéro d’étapes:, revue de graphisme, on plonge dans la “risographie”, mode d’impression renaissant, grâce au gros dossier “risomania”. La critique Jeanne Quéheillard fait découvrir Nathalie Du Pasquier, artiste-peintre installée à Milan, qui joue avec le design et le décor, transformant toute surface en espace. Et en plein trumpisme, un panorama des signes qui ont marqué l’histoire politique américaine détend. Comme en 1789, les boutons en laiton gravés des slogans et des noms des candidats aux élections. AMF

étapes: n°233, 19,90 €

CONCERTS

All that Jewazz

le-jewa-project_3457726776840469592L’excellent sax Jacques Schwartz-Bart s’est embarqué dans un singulier « Jewazz Project », interprétation jazzistique de chants liturgiques juifs, qu’il présente pour la première fois en France. La chose peut sembler singulière, mais tendez bien l’oreille, gens de peu de foi, vous serez étonnés. Avec Gregory Privat au piano, Stephane Kerecki à la contrebasse et Arnaud Dolmen à la batterie. EL

Jacques Schwartz-Bart Jewazz Project, Mercredi 23 novembre (19h30 et 21h30) au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple, 75003 Paris