Les choix de délibéré – 7 nov. 2016


MUSIQUE


Divin Scofield

scocountry0345Après Paris (New Morning) et Issoudun, il se produira à Aix-en-Provence, Tours et Nevers. Le divin guitariste et ses sidemen ébouriffants (Stewart, Swallow et Goldings) revisitent le répertoire country avec subtilité. Scofield est l’une des dernières grandes figures du jazz ; cet homme a traversé toutes les époques et tous les styles avec une souplesse de chat. Nous serions prêts à souscrire pour l’érection d’une statue, mais dans l’immédiat il y a mieux à faire : aller l’écouter partout où il joue. EL

À Aix-enProvence le 8 novembre, Tours le 10 novembre et Nevers le 12 novembre


LIVRES


Vous avez dit bizarre ?

Méfiez-vous des personnes qui croquent de la glace ! Et si les filles de l’accueil de votre nouvelle boîte sont des odalisques aux rires légers et que votre mutuelle d’entreprise rembourse à 300% les vacances en Europe, c’est qu’il y a un loup. Surtout si vous avez été recruté par un chat télépathe et que votre supérieur s’écrase du quatrième alors qu’il voulait vous voir. Musa s’en fiche. La paye est bonne et il est amoureux. Un polar cartoon à Istanbul pour tout savoir, enfin !, sur le Prince Charles. LB

L’Agence secrèted’Alper Canigüz, traduit du turc par Célin Vuraler, Mirobole éditions


Somnambules

somnaQue nous dit l’anthropologie freudienne sur les attentats djihadistes ? Avouons que nous ne nous serions pas posé la question si nous n’avions eu en mains le dernier ouvrage de Gérard Rabinovitch. Esprit original et hétérodoxe, ce chercheur en philosophie politique s’interroge dans ce court essai sur ce qui est pour lui une des fautes fatales de la culture moderne, post-Lumières : notre incapacité à prendre acte de la pulsion de mort qui nous vient du fond des âges. On l’a vue à l’oeuvre au XXe siècle (ce “siècle des génocides”), elle se manifeste aujourd’hui sous une forme nouvelle, mondialisée, technologique, mais ressortit toujours à ce que Rabinovitch appelle la “potentialité humaine à la destructivité mortifère”. EL

Somnambules et Terminators, de Gérard Rabinovitch, Ed. Le Bord de l’Eau (100 p., 8 euros)


Un pas de plus vers l’enfer

Beam a dix-sept ans et on ne lui a pas tout dit. Il ne sait rien du passé de sa mère. À peine de celui son père. Sa réputation de violence. Les clients retrouvés au matin, la tête défoncée, alors qu’il devait leur faire passer la rivière Kentucky sur son bac. Beam ne le sait pas mais il est le fils d’Érèbe et de Nyx. Il est le Charon de la mythologie grecque, né des Ténèbres et de la Nuit. Ce qu’il a vu faire par son père il va le reproduire. Avec une clé très lourde. Sauf qu’il ne sait pas encore sur qui il vient de cogner. LB

Le verger de marbre, d’Alex Taylor, traduit de l’américain par Anatole Pons, éditions Gallmeister


Le graphiste Apeloig dans le texte

On connaît les affiches, les ouvrages d’art et les alphabets animés de Philippe Apeloig (né en 1962). Voici son journal de bord, en dix chroniques, où il nous entraîne dans les labyrinthes de ses recherches. Ce “créateur en guerre avec lui même”, enfoncé dans un métier qui le “dévore” et qu’il “adore”, déroule son enfance intimidée, le rôle d’un imprimeur, des histoires de Garamond ou Futura, la place de l’engagement politique. Et ses principales sources d’inspiration, le théâtre, la danse et les concerts. Un récit intime qui donne envie d’être son stagiaire. AMF

Chroniques graphiques, de Philippe Apeloig, éditions Tind, 19,90 euros. Rencontre à la librairie du Centre Pompidou, le 10 novembre, à 19h


Fenêtres sur cour

Un immeuble parisien, où “tous les voisins n’étaient que des fantômes, de lointaines éventualités”. Y vivent Aurore, femme en apparence comblée (mari, enfants, appartement, boulot, …) et, de l’autre côté de la cour, Ludovic, un type bizarre venu de la campagne, qui bosse dans le recouvrement de dettes. Leur solitude commune, plus que leur rencontre somme toute banale, est au cœur de l’histoire. Le ton est juste, la distance parfaite, le travail sur la langue et les sentiments alterne délicatesse et dureté. À lire, un œil sur la fenêtre du voisin. NP

Repose-toi sur moide Serge Joncour, Flammarion


Steppe by steppe

la-mort-nomadeTraditions et légendes héritées de l’immense Gengis Khan imprègnent ce polar et l’éclairent de l’aura sauvage de la mémoire d’un peuple. Un thriller intense et féroce, dépaysant et décalé, drôle souvent même si le rire grince. Une réussite sans pitié ni pardon pour retrouver Yeruldelgger, le flic d’Oulan-Bator en lutte contre la corruption. LB

La Mort nomade, de Ian Manook, Albin Michel


DANSE


Accoutumance

Coproud (proposition pour danseuse expérimentée), une création de César Vayssié et Olivia Grandville. Photo: Caroline RedyOn adore La Ménagerie de Verre, lieu mythique qui a accueilli dès les années 80 les premiers pas de la danse contemporaine, et sa patronne Marie-Thérèse Allier, sur laquelle le chorégraphe Raimund Hoghe a tourné un film, La Jeunesse est dans la tête. Et on est accro au festival Les Inaccoutumés. Il démarre cette année avec Coproud (proposition pour danseuse expérimentée), une création de César Vayssié et Olivia Grandville, du 8 au 10 novembre. Puis, on y verra Maguelone Vidal, Anna Gaïotti, Myriam Gourfink et Kasper T. Toepliz, Lorenzo De Angelis, Sophie Perez et Xavier Boussiron, Antonija Livingstone et Nadia Lauro. MCV

Festival Les Inaccoutumés, à la Ménagerie de Verre, 12 rue Léchevin, Paris 11e. 01 43 38 33 44, du 8 novembre au 3 décembre (photo : Coproud, © Caroline Redy)


La Ribot se distingue

Depuis 1991, La Ribot présente ses Pièces Distinguées, des solos qui juxtaposent des éléments hétéroclites sur son propre corps dans des musées, galeries ou théâtres. Éclats poétiques sous forme de brèves, la plupart des Pièces Distinguées sont réunies dans une compilation Distinguished Hits (1991-2001), un “feuilleté permettant de scruter chaque pièce comme un haïku autonome, tout en les replaçant sur le canevas de ce vaste patchwork performatif”. On ne résiste pas à Maria Ribot, performeuse hispano-suisse. MCV

La Ribot, Distinguished Hits (1991-2000), Centre national de la danse, CND de Pantin, du 7 au 10 novembre, 1 Rue Victor Hugo, 93500 Pantin, 01 41 83 27 27


Jours toujours étranges

© Caroline AblainEn 1990, Dominique Bagouet créait Jours étranges sur la musique des Doors (cinq chansons de l’album Strange Days), une façon de “ruer dans les brancards, de jeter le bonnet par-dessus les moulins”. Catherine Legrand, membre des Carnets Bagouet qui perpétuent l’oeuvre du chorégraphe, à l’époque interprète et assistante pour cette chorégraphie grimaçante, vient de re-créer la pièce pour six danseuses de choc. Après Rennes, le spectacle entame une sérieuse tournée. MCV

Jours étranges, Le lieu Unique, quai Ferdinand-Favre, Nantes, les 8 et 9 novembre – 02 40 12 14 34 – billeterie@lelieuunique.com (photo : Caroline Ablain)


Robyn Orlin rattrapée par l’Afrique du Sud

Albert Ibokwe Khosa, dans And so you see... de Robyn OrlinInstallée à Berlin, la chorégraphe et metteur en scène Robyn Orlin a été rattrapée par l’histoire de son pays d’origine, l’Afrique du Sud, qu’elle n’a d’ailleurs jamais totalement quitté. La pratique des viols correctifs (viols pratiqués sur des homosexuels, hommes et femmes) lui est restée en travers de la gorge, au point qu’elle en a fait un spectacle, non pas documentaire mais un solo pour un jeune performer noir de 25 ans, le phénoménal Albert Ibokwe Khosa. And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice…  se place en déclinant les Sept péchés capitaux aux côtés des jeunes générations d’un pays qui a bien du mal à gérer le post-apartheid. MCV

And so you see… de Robyn Orlin, avec Albert Ibokwe Khosa (photo © Jérôme Seron), au Théâtre de la Bastille (dans le cadre du Festival d’Automne), jusqu’au 12 novembre, à 19h30, 01 43 57 42 14


THÉÂTRE


Archi-dérangeant 

Présentée au festival d’Avignon 2014, la géniale adaptation par Ivo Van Hove du roman de Ayn Rand, The Foutainhead, est de retour au théâtre de l’Odéon. C’est l’histoire, dans le New York des années 20, d’une rivalité professionnelle entre deux jeunes architectes – le premier considère son métier comme un geste artistique, le second œuvre au nom d’une architecture sociale – doublée d’une rivalité amoureuse. Éloge du créateur, de l’artiste, du visionnaire face au conformisme, aux parasites… De la défense de la liberté artistique à la vision de la collectivité comme le mal absolu, il n’y a qu’un pas. Dérangeant et brillant. RS

The Fountainhead (La Source vive), d’Ayn Rand, mise en scène Ivo van Hove, du 10 au 17 novembre à l’Odéon-Théâtre de l’Europe (ateliers Berthier)


Croule Raoul

Quel rapport entre Milton Friedman, les indiens huicholes du Mexique et la poésie d’Henri Michaux ? La réponse est au Théâtre de la Bastille à Paris où Raoul Collectif replonge dans l’atmosphère des années 1970 via une émission de radio qui dégénère en chaos politique. La compagnie belge, qui a présenté ce spectacle au dernier festival d’Avignon, tire son nom de Raoul Vaneigem, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Et pratique avec humour le détournement d’héritage situationniste. RS (Lire la critique)

Rumeurs et petits jours, conception et mise en scène de Raoul Collectif, théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette, 75011 Paris, jusqu’au 25 novembre.


Gabily, vingt ans après

Auteur, metteur en scène, fondateur du Groupe T’Chan’G, Didier-Georges Gabily est mort en août 1996 à l’âge de 41 ans. Depuis, son rayonnement perdure, propagé par tous ceux qui ont croisé sa route et n’ont jamais oublié. Ecrivain de plateau, poète, artisan, brasseurs de mythes anciens et de tragédies contemporaines, Gabily a changé le visage du théâtre contemporain. Ses anciens compagnons organisent trois jours d’hommage et de rencontres au ThéâtreMonfort à Paris: ateliers, témoignages, lectures, films, concerts conçus comme une célébration du vivant. RS

Didier-Georges Gabily, À tout va !, Le Monfort Théâtre, 75015 Paris, du 11 au 14 novembre. entrée libre sur réservation. 


FILMS


La vie avant tout !

Sing StreetDublin, années 80. Pop, rock, métal, new wave, VHS, K7, coupe “crinière de lion”, Depeche Mode et Cure… Conor, livré à la violence d’une école tenue par des reliquats pervers de l’Église, préfère tomber amoureux plutôt que de subir. Raphina ne ressemble à personne. Il va lui inventer un groupe dont elle sera la muse. Tendresse, humour, énergie, ce film amène de la chaleur. Les deux acteurs principaux, 17 et 22 ans, sont magnifiques sans être parfaits. Cela pourrait être nous. On y croise même en peignoir, mal rasé, le Littelfinger de Game of Thrones. LB

Sing Street, de John Carney, avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor et Aidan Gillen


EXPOS


Le design en leurs maisons

C’est Elise Foin qui a scénographié l’exposition “Design Addicts, la nouvelle vague d’édition française” au VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement). Les objets sélectionnés sont proposées par une trentaine de petites maisons, comme autant de modèles économiques différents : Petite Friture et Objekto très affirmés, start up naissante tel Point D, vente en ligne comme Bibelo et plus haute facture avec Drugeot Labo. Parmi les designers, on passe de la jeune Margaux Keller à l’architecte brésilien Paulo Mendes Da Rocha. Couleurs et diversité. AMF

“Design Addicts”, galerie VIA, 120, avenue Ledru Rollin, 75011 Paris. Jusqu’au 29 novembre. 01 44 68 18 00


Also known as Africa

Paris, Opéra Garnier Ballet © Chris Morin-Eitner | Courtesy Galerie WLe Carreau du Temple à Paris accueille cette semaine AKAA (Also known as Africa), une nouvelle foire d’art contemporain et de design centrée sur le continent africain, qui se veut aussi prétexte à des regards croisés entre l’Afrique et le reste du monde. 30 galeries et 123 artistes participent à cette première édition. En tête du palmarès des pays représentés, l’Afrique du Sud, suivie par le Bénin et le Zimbabwe, mais on y trouvera aussi quelques Français, une Russe et trois Américains… 

AKAA, Also known as Africa, au Carreau du Temple, 4 rue Eugène-Spuller, 75003 Paris, du 11 au 13 novembre (photo : Paris, Opéra Garnier Ballet © Chris Morin-Eitner – Galerie W)


Tiwanaku-Atacama, terre et ciel (derniers jours)

En projetant, dans l’espace fluide du Plateau, un seul et même film incessamment décalé, Mark Geffriaud construit une exposition comme une caisse de résonnances et d’inversions spatio-temporelles. Le film est tourné sur deux sites : le chantier du futur plus grand télescope au monde, au sommet du mont Armazones dans le désert d’Atacama, et le site archéologique de Tiwanaku, au bord du lac Titicaca. Astronautes et archéologues y travaillent et sondent l’espace (galactique ou géologique) dans l’espoir d’entrouvrir les profondeurs du temps, et peut-être, d’en inverser le cours… NL

Mark Geffriaud, Deux mille quinze, Le Plateau, FRAC Île de France, 22 rue des Alouettes, 75019 Paris, jusqu’au 11 novembre 2016


Roses tropiques (derniers jours)

L’imaginaire tropical occupe une place toujours plus importante sur la carte de l’art d’aujourd’hui, charriant une esthétique, mais aussi une politique. Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie Derouillon, Roman Moriceau voit les tropiques en rose et pose le décor d’un paradis artificiel, bruissant de chants d’oiseaux et d’odeurs sucrées. Une drôle d’île où robinsonner. NL

Roman Moriceau, In Heaven Everything is Fine, galerie Derouillon, 38 rue Notre Dame de Nazareth 75003 Paris, mardi-samedi, 14h-19h, jusqu’au 12 novembre


Cristallisation (derniers jours)

Christian Hidaka et Raphaël Zarka, Vue de l'exposition La Famille Schoenflies. Photographies : Aurélien Mole © Christian Hidaka/Raphaël Zarka, 2016 Courtesy galerie Michel ReinImaginons une histoire de l’art écrite sous l’angle des polyèdres. Elle commencerait sûrement à la Renaissance et se poursuivrait jusqu’à aujourd’hui, dans une ancienne brasserie de Montreuil, transformée en lieu d’exposition depuis 2004 sous le beau nom d’Instants chavirés. Deux artistes et amis, Christian Hidaka et Raphaël Zarka, y présentent une exposition commune intitulée La Famille Schoenflies. Elle donne souffle à des géométries qui auraient pu s’emmurer dans une inhumanité et une froideur faciles. Mais la géométrie révèle qu’elle n’est pas qu’une question d’angles, de lignes et de plans : elle est aussi affaire de sentiments. On peut être ému par un polyèdre. On peut même en tomber – un peu – amoureux. NL (Lire la critique)

Christian Hidaka et Raphaël Zarka, La Famille Schoenflies, Les Instants chavirés / ancienne brasserie Bouchoule, 2 rue Émile Zola, 93100 Montreuil, entrée libre, du mercredi au dimanche, de 15h à 19h, jusqu’au 13 novembre 2016. 

 

LES CHOIX DE LA SEMAINE

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