CINÉMA

   

Clair de lune à Miami

À Miami, le jeune Chiron est régulièrement rossé par les jeunes de son quartier à cause de son homosexualité. Sous forme de triptyque, le film suit le parcours initiatique du jeune Afro-Américain dans la quête de sa sexualité et de son identité. Adaptation soignée de la pièce In Moonlight Black Boys Look Blue de T. A. McCraney, l’œuvre nous prend à contre-courant : le décor visuel reproduit l’ambiance d’un ghetto américain, tout en restant éloigné des clichés « gangsta ». Un film à la fois touchant et surprenant qui, peut-être, permettra à Barry Jenkins d’être le premier Afro-Américain à recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur. CLD

Moonlight, de Barry Jenkins, avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes…

   

Libérés ?

Seuls, de David Moreau, avec Sofia Lesaffre, Stéphane Bak…Seuls : ainsi se réveillent une poignée d’ados, dans leur ville de banlieue soudain déserte, encerclée d’une fumée toxique et hantée par un tueur psychopathe… Les voilà partis pour un voyage au bout de la nuit, entre ivresses de liberté et angoisses d’abandon, descente aux Enfers servie par une photographie sombre et colorée à la fois. Sans doute nous faut-il un peu de temps pour accepter, face à cette adaptation d’une BD franco-belge devenue culte, d’être en train de voir un Hunger Games hexagonal, interprété et fabriqué par des compatriotes, avec son esthétique de blockbuster hollywoodien, ses twists de scénario et sa bande de teenagers – formidables Sofia Lesaffre et Stéphane Bak, qui portent l’aventure sur leurs épaules d’aînés. Les intégristes du film d’auteur à la française n’y comprendront rien, mais c’est pourtant une bonne nouvelle pour notre septième art, doublée d’une autre : en propulsant une Arabe et un Noir héros du thriller, en faisant de leur différence un enjeu, l’œuvre prend position et fait campagne. Du cinéma français de genre et politique, enfin décomplexé. Après ce premier opus encore maladroit mais attachant, de quoi attendre la suite avec impatience. TG

Seuls, de David Moreau, avec Sofia Lesaffre, Stéphane Bak…

   

Miroir

Premier contact, de Denis Villeneuve, avec Amy Adams, Jeremy Rener…Alors que la science-fiction minimaliste et métaphysique n’en finit plus de renaître, le cinéaste canadien déjà culte Denis Villeneuve (Incendies, Sicario…) propose sa version des Rencontres du troisième type, comme si l’on intéressait au rôle alors joué par Truffaut pour Spielberg. En suivant la linguiste Louise Banks (Amy Adams, qui n’en finit plus de se révéler) expérimenter le langage et la communication avec des aliens aux desseins bien mystérieux, il ne propose pas seulement une belle réflexion humaniste sur l’altérité, portée par un beau travail atmosphérique de l’image ou du son. Il nous embarque dans tout un jeu de paradoxes temporels et affectifs. Vertigineuse et rare expérience de montage, qui devient philosophique… De cette surface transparente derrière laquelle les extra-terrestres nous font face, il fait un miroir où se réfléchissent nos désirs, nos peurs, nos choix. TG

Premier contact, de Denis Villeneuve, avec Amy Adams, Jeremy Rener…

  

DANSE

 

Chili à Brest

Marcela Santander Corvalán - Festival Dansfabrik 2017Pour sa sixième édition, le Festival Dansfabrik concocté par le Quartz de Brest regarde vers le Chili. Avec le centre de résidence et de création, NAVE situé à Santiago, l’artiste-interprète Marcela Santander Corvalán, a imaginé la venue de six autres artistes chiliens. À noter également, l’installation chorégraphique et musicale de Satchie Noro et le spectacle, exposition et performance de Volmir Cordeiro.

Festival Dañsfabrik, du 26 février au 4 mars, réservations au 02 98 33 70 70 ou lequartz@lequartz.com

  

ARCHITECTURE

Épris du Bauhaus

Herbert Bayer, Carte postale pour l’exposition Bauhaus, lithographie, 1923. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservésDerniers jours pour aller voir l’exposition L’esprit du Bauhaus, qui revient sur l’histoire du mouvement fondé en 1919 par l’architecte allemand Walter Gropius à Weimar. En mettant simplement en scène l’école du plus grand collectif artistique du début du XXe siècle, qui s’est épanoui à Dessau, et s’est dissout en 1933 à Berlin, réprimé par le nazisme. L’œuvre totale y est décortiquée au fil des enseignements de tous les arts, en liaison avec l’artisanat et l’industrie. Jaillissent des centaines de pièces, symboles d’un art de vivre moderne, esthétique, festif et social, créées en commun par une troupe fameuse, de Paul Klee à Mies Van der Rohe. (Lire la critique d’AMF)

Musée des Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001. Jusqu’au 26 février

  

Jean Prouvé

Olivier Cinqualbre, Jean Prouvé bâtisseur, Éditions du Patrimoine, collection Carnets d’architectesÀ l’occasion de la parution du livre Jean prouvé, bâtisseur, présentation par son auteur, Olivier Cinqualbre (conservateur au Centre Pompidou), de ce designer, ingénieur et architecte (1901-1984). Il fut d’abord ferronnier à Nancy, puis participera en 1929 à la création de l’Union des artistes modernes. Celui qui a créé nombre de maisons préfabriquées est aussi le constructeur du pavillon de l’aluminium ou de sa maison à Nancy (1954). Encore une référence aujourd’hui, entre fonctionnalité et simplicité. AMF

Olivier Cinqualbre, Jean Prouvé bâtisseur, Éditions du Patrimoine, collection Carnets d’architectes, 25 euros. Présentation au Centre d’archives d’architecture du XXe siècle, Cité de l’architecture & du patrimoine, 127, rue de Tolbiac, 75013 Paris, le 1er mars 2017, à 18h30. 

      

L’Île de la Cité embarque vers le futur

Mission Ile de la Cité, Philippe Bélaval, Dominique Perrault - Exposition à la Conciergerie, ParisCette île-monument n’a fait l’objet d’aucun réaménagement depuis les travaux d’Haussmann. Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux, et l’architecte Dominique Perrault ont remis à François Hollande les 35 propositions de leur rapport :  Mission Île de la Cité, le cœur du cœur. À quoi pourrait-elle ressembler, selon leur étude, à court terme et en 2040 ? Réponse à la Conciergerie, dans une exposition-balade interactive, de la place centrale de Lutèce au débarcadère du parvis de Notre-Dame. AMF

Salle des gens d’armes, Conciergerie, exposition du 15 février au 17 avril. Accès libre et gratuit du 15 au 19 février et le 5 mars. 2 boulevard du Palais, 75001 Paris

  

Tous en boîte à la Villa Noailles

Boîtes de nuit, Villa NoaillesAprès l’exposition Landskating présentée en 2016, la Villa Noailles de Hyères (Var) poursuit sa réflexion autour des lieux de divertissements. Sa nouvelle exposition s’élargit à l’architecture des discothèques. Avec la même équipe de commissaires, la critique Audrey Teichmann et les jeunes architectes Benjamin Lafore et Sébastien Martinez-Barat. Des projets des années 60 à nos jours, du Palace de Paris à l’Uberhaus de Beyrouth, ils analyseront ce monde artificiel, cette ambiance maîtrisée, isolée de l’extérieur. L’architecte Nicolas Dorval-Bory va même créer une discothèque éphémère dans la Villa. AMF

La boîte de nuitVilla Noailles, montée de Noailles, 83400 Hyères. 04 98 08 01 98. Du 19 février au 19 mars

       

THÉÂTRE

      

Bonjour Tristan

Tristan, texte et mise en scène d'Éric Vigner @ Jean-Louis FernandezIl y a des philtres d’amour dans des thermos, des rideaux de bambous dorés, une grande épée, des écrans télé, et un héros mutique. Directeur jusqu’en 2015 du Théâtre de Lorient, Éric Vigner avait choisi, en guise de spectacle d’adieu, de réécrire la légende de Tristan et Yseult, en mélangeant les genres, les références, les époques. Metteur en scène, scénographe, et pour une fois auteur, il raconte l’histoire d’un jeune Breton qui lui ressemble, « saisi sans raison par la passion du théâtre, oscillant entre la quête et la fuite ». Le charme opère. RS

Tristan, texte et mise en scène d’Éric Vigner, Théâtre de Gennevilliers, du 21 au 26 février.

   

SOCIOLOGIE

   

La Saint-Valentin n’est plus ce qu’elle était

Christophe Giraud, L'Amour réaliste. La nouvelle expérience amoureuse des jeunes femmes, Armand ColinUn jour mon prince viendra, un jour on s’aimera dans son château… Ce scénario suppose trois choses : « l’évidence des sentiments partagés […], l’articulation étroite et durable de la vie féminine avec celle de l’être aimé, et la cohabitation dans le château du prince comme mode de vie normal ». C’est cette normalité que le sociologue Christophe Giraud interroge dans son ouvrage consacré à la nouvelle expérience amoureuse des jeunes femmes. Elles ont de 18 à 25 ans, sont hétérosexuelles, issues du milieu étudiant, et ont été questionnées (car le questionnaire est l’arme secrète du sociologue) entre 2005 et 2014. Point commun : elles entamaient une nouvelle « histoire » au moment du premier entretien. L’auteur classe, analyse et rend compte de la complexité de nommer les étapes et les catégories de ces histoires « en train de se faire », depuis la rencontre amoureuse et durant les phases de « conjugalisation ». Et la désillusion amoureuse ? Loin d’être la conclusion systématique de ces histoires, elle est souvent un élément fondateur, antérieur à cet amour réaliste. CV

Christophe Giraud, L’Amour réaliste. La nouvelle expérience amoureuse des jeunes femmes, Armand Colin, 22,90 euros

 

EXPO

   

La source Bazille

Frédéric Bazille (1841-1870), Scène d'été (1869) - Huile sur toile - H. 158 ; L. 158 cm - Cambridge, Massachusetts, Fogg Art Museum © President and Fellows of Harvard College« Voilà deux peintres besogneux que je loge. C’est une véritable infirmerie. J’en suis enchanté ». Nous sommes en 1866 et les deux « besogneux » s’appellent Monet et Renoir. Leur infirmier n’a pas 25 ans. Fils d’une famille aisée de Montpellier, Frédéric Bazille est monté à Paris pour peindre. Il partage  sa bourse et son atelier, côtoie Degas, Manet, Cézanne, Sisley, Pissarro, s’engage dans l’armée au moment de la guerre de 1870 et meurt à 28 ans. L’exposition du musée d’Orsay le remet en lumière, celle de la naissance de l’impressionnisme. Du plein soleil d’une Réunion de famille à Montpellier, où tous posent pour la photo – existe-t-elle ? – à la nuit pré-chagallienne de Booz endormi, sa dernière toile, la source est vive. RS

Frédéric Bazille (1841-1870). La jeunesse de l’impressionnisme. Musée d’Orsay, Paris, jusqu’au 5 mars 2017

 

 MUSIQUE

 

Fantaisie animale

Dans la jolie petite salle de théâtre de l’Ile Saint-Louis, Marion Hérold, soprano, nous offre une fantaisie musicale : Rose au zoo. Sur le thème des animaux, Marion Hérold chante des mélodies de Lecocq, d’Hoffenbach, de Fauré, de Bernstein… qu’elle relie entre elles par un texte inédit de Pierre Ahnne. Elle est accompagnée au piano par Cyprien Delay.

Rose au zoo, une fantaisie musicale,  du 28 février au 04 mars 2017 à 21h, dimanche à 17 h 30. Théâtre de l’Île-Saint-Louis, 39, quai d’Anjou, Paris 4e. 01 46 33 48 65. Tarif : 15 euros (moins de 25 ans : 10 euros)

    

LITTÉRATURE

 

Aux sources de l’utopie

William Morris, La Source au bout du monde, Aux Forges de Vulcain, traduction Maxime Shelledy et Souad DegachiDes paisibles Haults-Prés jusqu’à la lointaine Muraille du monde, rien ni personne n’est ce qu’il paraît : les brigands se révèlent de preux chevaliers, les nobles des coquins et les bourgeois des tyrans. Roman initiatique nourri de merveilleux médiéval, inspiration de la fantasy moderne, La Source au bout du monde (1896) est surtout une exhortation à défier l’ordre établi au crépuscule de l’ère victorienne. Entre manifeste socialiste et roman d’aventures, ode à la fraternité, La Source au bout du monde est un texte aux multiples lectures publié pour la première fois intégralement. Une traduction remarquable et un objet digne du théoricien de l’arts and crafts. SR

William Morris, La Source au bout du monde, Aux Forges de Vulcain, traduction Maxime Shelledy et Souad Degachi

 

         

GRAPHISME

 

Cherchez le graphisme !

Graphic Design Festival - Air PosterLa Fête du Graphisme, qui devient le Graphic Design Festival, est revenue depuis le 11 janvier à Paris. Même quand elle se célèbre, cette discipline a le don de ne pas se laisser voir. C’est pourquoi il faut jouer à trouver les 1600 panneaux Decaux où s’expriment les créateurs ; et aller au Musée des arts décoratifs parisien, lieu fédérateur, qui présente conférences et expositions. Dont celle du collectif Air Poster qui rassemble une dizaine de studios, dont Des Signes. Le Numa, petit Silicon Sentier, accueillera la Creative Night, participative, de workshops en expérimentations. AMF

Graphic Design Festival, jusqu’au 22 février.

 

Chaque semaine, les choix de délibéré

Spectacles, livres, films, expos…

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