Marathon

Chaque année, le théâtre de l’Atalante accueille la manifestation Traduire/Transmettre, organisée en collaboration avec la Maison Antoine Vitez (centre international de la traduction théâtrale), qui met à l’honneur un pays, ses dramaturgies, ses traducteurs et ses traductrices, en invitant le public à des lectures de pièces choisies et traduites en français. Cette année, Traduire/Transmettre sera concentrée sur une seule journée au cours de laquelle le public pourra entendre des extraits de 11 pièces européennes (moldave, catalane, polonaise, norvégienne, anglaise, bosniaque, lituanienne, finlandaise, suédoise, flamande, danoise), ainsi qu’un extrait d’une pièce inédite de l’Américaine Naomi Wallace. Un exercice de « dramaturgie comparée » assez rare pour être signalé. CV

Traduire/Transmettre, Théâtre de l’Atalante, 10 place Charles Dullin, 75018 Paris (métro Abbesses, Anvers ou Pigalle), dimanche 12 novembre de 11h à 19h

Malick twist

La fondation Cartier montre jusqu’au 25 février une rétrospective consacrée à Malick Sidibé, grand photographe malien. Qu’ils nous emmènent dans les clubs de Bamako, au bord du Niger ou simplement dans le studio de l’artiste, les clichés exposés témoignent tous d’une joie de vivre réjouissante. Le Mali qu’immortalise Sidibé est celui de l’indépendance survenue en 1962 et la jeunesse qu’on découvre ici semble aimer la liberté ! Une expo qui réchauffe le cœur. GP Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 bd. Raspail – 75014 Paris. Exposition Malick Sidibé, « Mali Twist », jusqu’au 28 février 2018    

À quoi rêve un ordinateur ?

“Las ideas” de Federico LeónChez Federico León, un ordinateur est un personnage comme un autre. Les autres filment, lui il stocke. Et devient une véritable machine à remonter le temps, mais aussi une galerie de glaces où se refléter à l’infini. De quoi devenir fou. Le Mac n’y survivra pas. Mais le spectateur ferait bien d’aller y regarder de plus près. RS (Lire la critique) Las Ideas de Federico León, au théâtre Garonne (Toulouse), du 8 au 10 novembre à 20h ou 20h30, puis du 16 au 18 novembre à 21h. À voir aussi : Yo en el futuro, du 16 au 18 novembre à 18h30.  

Rebonjour tristesse

Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur obsédaient la jeune Sagan, Otto Preminger mettait dès 1958 des images en cinémascope, en noir pour les scènes parisiennes, en couleurs pour la Côte d’azur. À l’époque de sa sortie, on aurait trouvé cette adaptation du sulfureux Bonjour Tristesse un poil contestable – car hésitant entre marivaudage et carte postale – mais aujourd’hui on se régale. Le temps a bonifié le film qui se laisse désormais regarder comme un document curieux comme un kaléidoscope de couleurs primaires, et réjouissant comme un vieux film de vacances retrouvé miraculeusement dans le grenier. Quel plaisir de retrouver Jean Seberg, David Niven, Mylène Demongeot et Deborah Kerr dans une copie restaurée, impeccable. Et peu importe que Preminger soit largement passé à côté du sujet. EL

Bonjour Tristesse, d’Otto Preminger (1958)    

Complètement stone

Autre ressortie réjouissante (mais pas en version restaurée celle-là, hélas), le One+One de Godard sur lequel le regard est aujourd’hui plus tendre, plus amusé aussi. En 1968, le cinéaste livrait un film plutôt expérimental qui mélangeait un reportage sur la mise au point (assez laborieuse) de Sympathy for the Devil (pour l’album Beggars Banquet) par les Rolling Stones, des séquences d’agit-prop très loufoques et la lecture en voix off d’un texte politico-policier délirant. On ne sait quelles intentions Godard avait mis là-dedans à l’époque, mais à la revoyure on passe un sacré bon moment. C’est drôle, punchy, créatif, déroutant. Seul bémol : cette bouffée d’air du temps qui nous arrive (presque) intacte aurait tendance à rendre nostalgique. Des années soixante, d’un cinéma sans entraves ni inhibition, de la musique des Stones quand Jagger et Richards en avaient encore dans le ventre. EL

One+One, de Jean-Luc Godard (1968)    

Oh la vache !

Dans un paysage cinématographique plutôt morne en cette rentrée, Petit Paysan, le premier long-métrage d’Hubert Charuel, est une divine surprise. N’attendez pas qu’il ait disparu de l’affiche pour découvrir ce film fin et sensible qui réussit – prouesse ! – à nous intéresser au sort d’un petit éleveur de vaches laitières. Comment Charuel a-t-il fait ? Eh bien c’est simple, et très compliqué à la fois :  il a choisi un point de vue (celui du héros de cette histoire), s’y est tenu, a collé à sa sèche réalité, n’a rien ajouté qui eusse terni l’intégrité du propos et sa fluidité, et surtout il n’a pas pris son spectateur pour un idiot. On aurait aimé que 120 Battements par minute ait autant de sobriété. EL

Petit Paysan, de Hubert Charuel, avec Swann Arlaud. 1h30. Encore dans quelques salles à Paris et en province

 

Effets de surface

Barbara, de Mathieu Amalric, avec Mathieu Amalric, Jeanne Balibar, ...Sans doute le trio Amalric / Barbara / Balibar que placarde l’affiche ne peut-il faire qu’appeau aux nuées cinéphiles, et plus encore quand le biopic cède au méta-film : le tournage d’une actrice incarnant la chanteuse, ici interprétée par l’ex du cinéaste jouant lui-même son propre rôle. Sans doute le montage et l’image portent-ils la virtuosité jusqu’au vertige, si brillant jeu de reflets qu’on n’en démêlerait presque plus voix ou visage de la copie et de l’original. Sans doute (ré)entend-on avec bonheur les paroles, chantées ou pas, d’une icône à la grâce si singulière, tragique ou tendre ironie que module un timbre à nul autre pareil. Mais l’on préférerait qu’au lieu de s’auto-émerveiller sans cesse de la performance d’imitation, le film nous donne à saisir de quoi est faite cette grâce – hélas, nous n’en saurons rien. Faut-il que les critiques et les publics soient si fascinés des effets de surface pour que mérite tant d’éloges un portrait qui dit si peu de la personne/persona qu’elle prétend dépeindre ? Reste la petite réussite burlesque de l’autoportrait d’Amalric en Woody Allen français, aussi aveuglé par l’aura de Barbara que l’acteur-réalisateur par celle de son ancienne compagne, manifestement. TG

Barbara, de & avec Mathieu Amalric, avec Jeanne Balibar…

 

Respectez-vous, révoltez-vous !

Jean-Christophe Brochier aime le rock et la révolution. Il entreprend de marier les deux dans un livre musicalement, politiquement, littérairement tonique : Petits remèdes à la dépression politique. Brochier, éditeur au Seuil, brosse aussi le portrait d’une génération, la sienne, dont l’histoire est « l’histoire de ceux qui n’ont pas fait la guerre (ni la révolution, ni rien du tout) ». Au moins cette génération-là sait-elle transmettre le goût de la révolte, ainsi qu’un peu de l’histoire des grandes utopies politiques, et c’est déjà beaucoup. Respectons-nous, révoltons-nous ! En d’autres termes, rebâtissons sur le champ de ruines de nos illusions et, surtout, de nos désillusions. EL

Petits remèdes à la dépression politique, de Jean-Christophe Brochier. Don Quichotte. 245 pages, 18 euros

 

De la Kabylie à la Normandie

La saison des grands prix littéraires s’en revient, et il serait bien injuste (mais la justice là-dedans…) que le dernier roman d’Alice Zeniter n’en décroche pas au moins un. L’Art de perdre, quatrième roman de Zeniter, raconte l’histoire d’une famille de harkis sur trois générations. On s’y engage un peu à reculons, mais on est rapidement happé par une écriture précise, légère et entraînante, qui sonne constamment juste. Et l’on en sort, cinq cents pages plus loin, impressionné par la qualité d’un texte romanesque non dénué d’humour et d’amour qui, de surcroît, nous apprend encore sur l’Algérie et l’émigration. EL 

L’Art de perdre, d’Alice Zeniter. Flammarion. 506 pages, 22 euros

 

La mort aux trousses

Cauchemar ou bal des spectres, au delà des personnages du film de Visconti, ce sont bien des figures théâtrales qui revivent et meurent dans la mise en scène des Damnés par Ivo van Hove, que la Comédie-Française reprogramme cet automne. Van Hove n’est pas seulement doué pour les images et la dramaturgie, il sait aussi diriger les acteurs, venus briller dans ce « rituel de la mort ». RS (Lire la critique, Avignon 2016).  

Les Damnés, d’après le scénario de Luchino Visconti, Nicola Badalucco et Enrico Medioli. Mise en scène Ivo van Hove, à la Comédie française, salle Richelieu (place Colette, Paris 1er), jusqu’au 10 décembre 2017

 

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Chaque semaine, les choix de délibéré

Spectacles, livres, films, expos…

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