Heureux hasard

Excellente exposition d’art contemporain au 104, à Paris : « Les faits du hasard ». Les œuvres d’art numérique exposées ont en commun de faire intervenir un hasard maîtrisé dans leur conception, et le résultat est parfois époustouflant. Vous découvrirez parmi bien d’autres un tunnel de lumière inspiré des récits d’expérience de mort imminente – hypnotique mais étrangement serein –; un cabinet d’alchimiste où la voix se retrouve distillée jusqu’à la quintessence dans d’étrangent appareils qui allient la science de Cagliostro à celle de Mary Shelley et de Jules Vernes ; une plaque vibrante en déformation constante, modulant à l’infini le son qui l’habite ; le discret contrepoint magnétique d’aiguilles aimantées faisant tinter des centaines de verres (n’hésitez pas à demander le silence aux fâcheux qui n’ont pas lu le cartel et vous gâchent l’expérience en parlant)… Vous pourrez aussi échanger votre corps avec celui de votre partenaire, une expérience qui ne laisse pas indifférent même si la technologie n’est pas encore tout-à-fait à la hauteur. À voir, à entendre, à ressentir. YC

Au 104 à Paris, jusqu’au 4 mars 2018     

Suivez le cheval !

Nanterre, un homme, un chien et un cheval blanc au milieu d’une friche, entourée de hautes tours. Un espace périurbain des années 2000, délaissé mais encore vivant. C’est cette photo-affiche de Cyrille Weiner qui conduit à l’exposition de la BNF, Paysages Français. Plus de 1000 images de commande ou personnelles, 167 photographes célèbres ou inconnus, réalisent un portrait kaléidoscopique et touffu de la France, de 1984 à 2017. En rupture avec le pittoresque du clocher, entre esthétique du banal, exacerbation de l’urbanisme standard et force du Land Art. AMF

Exposition Paysages français. Une aventure photographique, 1984-2017, Bibliothèque nationale de France, quai François-Mauriac, 75013 Paris. Galeries I et II. Entrée de 11 euros à 9 euros. Jusqu’au 4 février 2018.

        

Entrez chez les architectes B/NT

D’abord les photos tourbillonnantes et humaines d’Olivier Amsellem qui font entrer dans différents bâtiments, de détails incisifs en plans larges généreux. Puis des textes denses, sans ponctuation, de l’écrivain Éric Reinhardt, qui illustrent l’aridité de la conception architecturale. Et un entretien de Nikola Ankivic avec Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé. Voici une monographie singulière de l’agence d’architecture B/NT dans laquelle, depuis les immeubles de logement à Paris XIIIe à une bibliothèque à Marne-la-Vallée, se dessine l’élégance au-delà des apparences. AMF

Olivier Amsellem, Éric Reinhardt, Nikola Ankivic, B/NT, éditions Loco, 39 euros.

    

Malick twist

La fondation Cartier montre jusqu’au 25 février une rétrospective consacrée à Malick Sidibé, grand photographe malien. Qu’ils nous emmènent dans les clubs de Bamako, au bord du Niger ou simplement dans le studio de l’artiste, les clichés exposés témoignent tous d’une joie de vivre réjouissante. Le Mali qu’immortalise Sidibé est celui de l’indépendance survenue en 1962 et la jeunesse qu’on découvre ici semble aimer la liberté ! Une expo qui réchauffe le cœur. GP

Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 bd. Raspail – 75014 Paris. Exposition Malick Sidibé, « Mali Twist », jusqu’au 28 février 2018

 

Rebonjour tristesse

Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur obsédaient la jeune Sagan, Otto Preminger mettait dès 1958 des images en cinémascope, en noir pour les scènes parisiennes, en couleurs pour la Côte d’azur. À l’époque de sa sortie, on aurait trouvé cette adaptation du sulfureux Bonjour Tristesse un poil contestable – car hésitant entre marivaudage et carte postale – mais aujourd’hui on se régale. Le temps a bonifié le film qui se laisse désormais regarder comme un document curieux comme un kaléidoscope de couleurs primaires, et réjouissant comme un vieux film de vacances retrouvé miraculeusement dans le grenier. Quel plaisir de retrouver Jean Seberg, David Niven, Mylène Demongeot et Deborah Kerr dans une copie restaurée, impeccable. Et peu importe que Preminger soit largement passé à côté du sujet. EL

Bonjour Tristesse, d’Otto Preminger (1958)

    

Complètement stone

Autre ressortie réjouissante (mais pas en version restaurée celle-là, hélas), le One+One de Godard sur lequel le regard est aujourd’hui plus tendre, plus amusé aussi. En 1968, le cinéaste livrait un film plutôt expérimental qui mélangeait un reportage sur la mise au point (assez laborieuse) de Sympathy for the Devil (pour l’album Beggars Banquet) par les Rolling Stones, des séquences d’agit-prop très loufoques et la lecture en voix off d’un texte politico-policier délirant. On ne sait quelles intentions Godard avait mis là-dedans à l’époque, mais à la revoyure on passe un sacré bon moment. C’est drôle, punchy, créatif, déroutant. Seul bémol : cette bouffée d’air du temps qui nous arrive (presque) intacte aurait tendance à rendre nostalgique. Des années soixante, d’un cinéma sans entraves ni inhibition, de la musique des Stones quand Jagger et Richards en avaient encore dans le ventre. EL

One+One, de Jean-Luc Godard (1968)

   

Oh la vache !

Dans un paysage cinématographique plutôt morne en cette rentrée, Petit Paysan, le premier long-métrage d’Hubert Charuel, est une divine surprise. N’attendez pas qu’il ait disparu de l’affiche pour découvrir ce film fin et sensible qui réussit – prouesse ! – à nous intéresser au sort d’un petit éleveur de vaches laitières. Comment Charuel a-t-il fait ? Eh bien c’est simple, et très compliqué à la fois :  il a choisi un point de vue (celui du héros de cette histoire), s’y est tenu, a collé à sa sèche réalité, n’a rien ajouté qui eût terni l’intégrité du propos et sa fluidité, et surtout il n’a pas pris son spectateur pour un idiot. On aurait aimé que 120 Battements par minute ait autant de sobriété. EL

Petit Paysan, de Hubert Charuel, avec Swann Arlaud. 1h30. Encore dans quelques salles à Paris et en province

   

Respectez-vous, révoltez-vous !

Jean-Christophe Brochier aime le rock et la révolution. Il entreprend de marier les deux dans un livre musicalement, politiquement, littérairement tonique : Petits remèdes à la dépression politique. Brochier, éditeur au Seuil, brosse aussi le portrait d’une génération, la sienne, dont l’histoire est « l’histoire de ceux qui n’ont pas fait la guerre (ni la révolution, ni rien du tout) ». Au moins cette génération-là sait-elle transmettre le goût de la révolte, ainsi qu’un peu de l’histoire des grandes utopies politiques, et c’est déjà beaucoup. Respectons-nous, révoltons-nous ! En d’autres termes, rebâtissons sur le champ de ruines de nos illusions et, surtout, de nos désillusions. EL

Petits remèdes à la dépression politique, de Jean-Christophe Brochier. Don Quichotte. 245 pages, 18 euros

 

2018 en séries

De toutes les addictions qui nous minent, celle aux séries TV est sans doute la plus bénigne. Elle peut même être bénéfique quand ces séries nous embarquent vers le côté face de décors dont nous n’aurions même pas songé à explorer le côté pile. Si le contour des nouveautés 2018 reste un peu nébuleux, on peut déjà recommander les prochaines saisons de séries qui ont fait leur preuves tant par leurs qualités que leur capacité d’accoutumance. Et déplorer la fin de parcours de la série américaine la plus intelligente et la plus fine… EL (Lire l’article)

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