Le haka smoothie de Daniel Linehan

Depuis ses premières pièces que l’on a découvertes fin des années 2000, dont un solo vertigineux, Not about everything où le danseur voltige, derviche tourneur à sa manière, très spirituelle, Daniel Linehan, né en 1982 à Seattle, nous enchante par son savoir-faire, qu’il ne s’intéresse qu’au mouvement “pur” ou qu’il s’aventure dans les jeux d’images et de vidéo. L’art de la composition est chez lui, fait peu courant, inné, même si l’on imagine le travail quotidien qu’il suppose. On l’aime bien, sa gentillesse, sa gueule d’ado et ses spectacles ludiques, roboratifs bien que légers. Installé à Bruxelles, résident à l’Opéra de Lille, le chorégraphe vient de présenter dbddbb au Centre Pompidou. C’est un spectacle qui marche, dans tous les sens possibles, joyeusement déplié dans l’espace.

Daniel Linehan, “dbddbb” ® Frédéric Lovino
® Frédéric Lovino

Convoquant la poésie sonore dada loin des schémas discursifs, s’amusant d’onomatopées comme le titre l’indique (dire dibi-didi-bibi), s’emparant de la marche comme geste premier de l’homme et de sa danse pour l’emmener loin, le chorégraphe et les cinq danseurs – dont il fait partie – nous offrent une belle mise en jambes. En remodelant les marches les plus pratiquées (les manifestations, les défilés, les processions, les carnavals etc.), ils nous invitent à intégrer la farandole. Invitation acceptée mais déception. En lui emboîtant le pas, on supposait qu’il tordrait le cou à quelques pas reçus, comme ont pu le faire d’autres chorégraphes comme Maguy Marin dans sa “carmagnole” revisitée, Christian Rizzo dans sa danse traditionnelle turque, revisitée aussi… Mais tout est absolument lisse.

Sous des tubulures qui tintinnabulent à la fin du spectacle et font se secouer quelques baskets, les danseurs dans des costumes asymétriques qui révèlent quelques morceaux de chair, semblent tellement absorbés par le compte et le timing, sans oublier le dire et le faire en un même temps, que l’on se sent oubliés, en dehors de la manif. Le haka en ligne face aux spectateurs qui s’annonce plutôt comme une bonne distraction et qui renvoie comme les dadaïstes les slogans au vestiaire n’est que prometteur et vire au smoothie, vraiment trop doucereux, comme l’ensemble de la pièce. Bien que l’on ne sache pas qui commande l’ensemble (la danse, la voix ?), ce qui n’est pas sans nous déplaire, on n’est guère secoué par ce bel exercice. De style, oui.

Marie-Christine Vernay
Danse

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Daniel Linehan, dbddbb, les 27 et 28 janvier au deSingel, Anvers, et les 3 et 4 février au Kaaitheater, Bruxelles.