La voix d’Isabelle Philippe, soprano

Sur une table bien mise, le cristal flamboyant coule à flot dans le palais transparent de la Dame du Lac. Des étincelles de miroir pétillent dans le feu.

Dehors, ivre de givre, une femme se roule aujourd’hui dans la neige. La neige a de longs yeux verts, la femme a les jambes nues, belles, affutées dans la glace douce comme la menthe.

Alors c’est un bain délicieux d’herbe sacrée, de glace et d’or. Pour attirer la neige, la caresse d’hermine, court sur un fil radieux la voix d’Isabelle Philippe, soprano.

Et comme un satin lamé, la voix affute la soie, aiguise les vents dorés.

C’est un élixir de saphir que l’on boit le front sur la vitre. Voix main fraîche sur la peau.

Et déferle en jaillissement un déluge translucide de soleil et de fjord, un hiver de braises glacées, l’éclat de rire des vitres d’or et d’émeraude

Soudain un écureuil bleu traverse la lumière, on le suit, il a fui. Ou bien c’est un chat perlé courant entre deux pics blancs, puis sautant dans les nuages pour exciter le paradis, ou toucher d’une griffe, comme un point sur le i, la lingerie fine du ciel.

Voix au pied marin dans le ciel, voix taquine, voix de chat sur la cheminée, habile entre deux porcelaines de chine.

Ailleurs, c’est une impératrice, aux yeux de banquise bleue qui pleurent des larmes dorées. Ou bien des femmes inouïes. Voix Lilith, voix Sophia qui émane de la nuit, et plus tard, au temps de l’absinthe, voix, dans les cafés sombres, de la fée électricité.

Et dans son char tiré par des chats turquoise, vient la déesse Freyda immensément nue sous le soleil d’hiver.

Les yeux de Romy Schneider embrassent à pleine bouche l’étrave d’un brise-glace.

La voix, donne à la nuit, la voix d’Isabelle Philippe, soprano, la voix donne à la nuit un baiser de diamant et d’amante.

Et la nuit fait un signe d’azur.

 

Air de Micaela, Carmen
Nuits Lyriques de Château Thierry, 2015
Piano François-René Duchâble

 

« Der Hölle Rache » (Air de la Reine de la Nuit)
Die Zauberflöte, Mozart
Saint-Céré, août 2012

 

« Comme autrefois »
Extrait des Pêcheurs de perles de Georges Bizet

 

« È strano », Traviata
Verdi festival de Saint-Céré, 2007

 

Air d’Isabeau de Bavière, Charles VI, Halévy,
Théâtre Impérial de Compiègne, 2005
Direction Miguel Ortega

 


Isabelle Philippe s’est produite au Covent Garden, à la Tonhalle de Zurich, au New Theater de Tokyo ; on l’a entendue au Théatre des Champs Élysées et à celui du Châtelet, à l’Opéra de Paris, de Montpellier, Marseille, Avignon, Metz… Elle y a incarné des rôles de premier plan, comme la Reine de la Nuit, Traviata, Thaïs, Lucia, Mimi, Micaëla, Leïla, Olympia/Giulietta/Antonia, Juliette (Gounod).
On a pu la voir à la télévision (TF1 et Câble) interprétant Dinorah dans Le Pardon de Ploërmel de Meyerbeer, et Marianne dans Les Caprices de Marianne de Sauguet, ou l’entendre sur France Musique lors des diffusions de l’opéra Serse de Cavalli (Romilda) donné au Théâtre des Champs Élysées avec Les Paladins et Jérôme Corréas, ou du Requiem allemand de Brahms donné au Théâtre du Châtelet.
Sa discographie compte, entre autres, l’enregistrement de rôles d’opéras français rares qu’elle a créés et enregistrés à l’invitation du Théâtre Impérial de Compiègne : Dinorah (DVD chez Cascadelle), Haydée (rôle titre) de Auber (DVD), Isabeau de Bavière dans Charles VI de Halévy (CD), Marianne dans les Caprices de Marianne de Sauguet (DVD). On peut également l’entendre interpréter le rôle de la Reine dans l’opéra contemporain de Pascal Dusapin, Perelà mis en scène par Peter Mussbach à l’Opéra National de Paris et à l’Opéra de Montpellier (CD Naïve).

Actualités

Durant la saison 2017-2018, Isabelle Philippe a été Leila dans Les Pêcheurs de perles, Donna Anna dans Don Giovanni (prise de rôle). On l’a entendue dans une Demoiselle en loterie d’Offenbach à l’Odéon de Marseille où elle reviendra en mai dans Tromb-al-ca-zar du même Offenbach. Pour 2019, elle prépare une nouvelle prise de rôle : Liù dans Turandot de Puccini.

Sophie Rabau
Portraits de voix lyriques

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