4. L’amour, le vrai

C’est devenu un lieu commun de dire qu’on est relié à cette ville comme par un cordon ombilical, attrapé dans un mélange d’amour et de haine. Je relis mes propres mots. Je me sens comme le dernier des Mohicans. Je constate, je confirme. Il n’y a pas de haine. Seulement un énorme, un infini sentiment d’amour pour la ville mutante où j’habite et qui m’habite, dont je rêve et qui me rêve. Une volonté d’amour qui se caractérise moins par la rage, la possession ou le désir sexuel que par une sorte de tendresse. Cela tient sans doute aux manifestations, aux reflets dorés de la lumière sur le Zócalo, aux livres à l’étalage, aux tacos de viande de porc grillé, aux fleuves de solidarité profonde, aux amis du petit garage qui me saluent quand je passe. Cela tient sans doute à ce merveilleux soleil d’hiver. Sans doute.

Paco Ignacio Taibo II

Traduit de l’espagnol (Mexique) par René Solis
© délibéré 2016

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