“2017, Année terrible” : chaque semaine, une petite phrase de la campagne des présidentielles passe sous l’hugoscope. Car en France, lorsqu’il n’y a plus rien, il reste Victor Hugo.
“Victor Hugo nous montre le chemin de la nouvelle France.” Le 21 août dernier à Frangy-en-Bresse, au terme de la grosse heure de discours qui formait l’écrin magnifique de sa candidature à l’élection présidentielle, Arnaud Montebourg s’est rangé sous la bannière du poète national. C’est curieux : on s’attendait plutôt à l’entendre invoquer Jeanne d’Arc. Depuis que l’Archange saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite réunis ont annoncé à Montebourg qu’il avait un destin national, le jeune homme laboure la Saône-et-Loire du Mont Beuvray jusqu’à Frangy-en-Bresse, levant des troupes pour bouter roidement la mondialisation hors du Royaume de France.
Or non, c’est derrière Hugo que l’ancien ministre du Redressement productif a déclaré marcher. Il est vrai que, politiquement, c’est mieux connoté que la Pucelle. Il est vrai aussi que le “chemin de la nouvelle France” est assez bien balisé : “La patrie est en danger. Je ne vous demande qu’une chose, l’union ! Par l’union, vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles. Serrons-nous tous autour de la République en face de l’invasion et soyons frères. Nous vaincrons.” Ainsi s’exprima Victor Hugo le 5 septembre 1870, de retour de vingt ans d’exil, alors que les Prussiens marchaient sur Paris. Ainsi répéta Arnaud Montebourg à Frangy-en-Bresse (biffant tout de même “en face de l’invasion” de son discours, c’eût pu être mal interprété), alors que “l’appauvrissement des Français des classes moyennes et populaires et l’explosion du nombre de chômeurs jette nos compatriotes par millions dans les bras de partis extrémistes et dangereux”.
L’union ! L’union ! Mais autour de quoi, de qui et pour quoi faire ? En 1870, il s’agissait de sauver Paris, ville de la civilisation. (“Et savez-vous pourquoi Paris est la ville de la civilisation ? C’est parce que Paris est la ville de la révolution” avait ajouté Hugo). En 2017, la menace est plus diffuse, plus complexe. La patrie en danger subit les coups de beaucoup d’assaillants : le burkini, le chômage, les drones, le néolibéralisme, les clowns maléfiques, la casse de l’Etat providence, les mabouls à ceintures explosives, les puissances obscures de la finance. Quant à la révolution…
Union est le mot que tous ceux qui ont l’Elysée en point de mire répètent en faisant des bonds de cabri. Tant de cabris et si peu d’union ! Le dernier grand unificateur, dans le fond, c’est Victor Hugo. Son discours de retour d’exil a été cité mille fois depuis le début de l’année, en tout ou partie. Dès le 10 janvier, il était lu place de la République lors de la cérémonie d’hommage aux victimes des attentats de 2015. Quantité de conseils municipaux l’ont entendu ensuite de la bouche de leur maire lors des cérémonies des vœux. En août, il résonnait encore dans les rues de Frangy. L’union face aux menaces multiples ! La patrie en danger de ne plus être une patrie ! La suite logique serait que l’on cite maintenant le discours du 2 octobre 1870 où la verve de Hugo montait d’un cran dans une nouvelle adresse aux parisiens. “Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir. Sous le soleil couchant, Notre-Dame à l’agonie est d’une gaîté superbe. Le Panthéon se demande comment il fera pour recevoir sous sa voûte tout ce peuple qui va avoir droit à son dôme.”
Arnaud, nous mourrons tous avec toi sur le Mont Beuvray !
Édouard Launet
2017, Année terrible
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