La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Femmes en attitudes
| 04 Mar 2016
Lenio Kaklea, Arranged by date © Marc Domage

Lenio Kaklea, Arranged by date © Marc Domage

La cinquième édition du festival DañsFabrik, moment fort de la saison du Quartz de Brest, est entièrement consacrée aux femmes chorégraphes. L’année précédente, Matthieu Banvillet, directeur de la Scène nationale avait constaté une forte présence non préméditée d’hommes dans le festival. “Il fallait rétablir un équilibre, dit-il, et finalement, c’est une édition entièrement féminine qui s’est imposée”. Pour notre plus grand plaisir. Parmi toutes les chorégraphes invitées, Lenio Kaklea, d’origine grecque, a eu carte blanche pour présenter un focus sur la création chorégraphique hellénique, mise à mal par la crise mais très résistante. Comme elle d’ailleurs, le regard de braises non éteintes, la chevelure noire et brillante et des poignets déliés à souhait. Son solo Arranged by date est d’une belle subtilité, même si, et c’est encore mieux, il semble couler de source. La danse extrêmement précise jusqu’au bout des doigts emmène cette femme hiératique dans les zones les plus difficilement contrôlables de la panique. Car l’histoire mise en scène avec un texte plutôt drôle raconte une perte, celle du code de sa carte bleue. Récit autobiographique romancé qui évoque les circulations d’argent et la dette jamais éteinte, le solo dit beaucoup sur notre dépendance à de simples chiffres, sur notre identité sociale construite sur ces chiffres et sur le corps déboussolé qui ne sait plus quelle attitude adopter : la grimace, l’agitation, le tremblement, le “faire face” dignement dans une sublime cambrure… jusqu’à l’acte final d’avaler les chiffres, de les incorporer.

Ce solo fait écho à tout ce que nous avons vu des donzelles : une obsession qui, à partir du quotidien, porte sur les glissements opérés de la pose à la position, de la position à la posture, de la posture à l’attitude. Aucune d’entre elles n’adopte bien sûr la pose de la danse académique mais toutes démontent les archétypes liés au féminin. Marcela Santander Corvalán, d’origine chilienne, choisit dans son solo Disparue, la position accroupie. Tout ce qu’il ne faut pas faire, le dogme étant, et on le voit bien avec les défilés des mannequins, de se tenir debout, quitte à tomber. Cette danseuse ne tombera pas de très haut. Sur un petit podium qu’elle investit avant de l’occuper, elle construit une danse d’en-bas où la femme n’a plus à baisser le regard car il est déjà ailleurs : ”Je cherche, dit-elle, un nouvel espace de fiction. Je raconte ce que je vois en bas et ce qui s’y passe. Les cheveux, les seins, le sexe et les jambes construiront une danse ’d’en-bas’. Je ne pourrai pas m’écrouler, je ne pourrai pas m’élancer, mes genoux seront pliés, je marcherai, je sauterai, je danserai”.

Marcela Santander Corvalán, Disparue © Alain Monot

Marcela Santander Corvalán, Disparue © Alain Monot

Dans une étape de travail pour un solo en construction A kind of fierce, Katerina Andreou, que l’on retrouve dans un duo Margin Release avec Lenio Kaklea, cherche ce point de tension ou de défoulement qui va lui permettre d’inventer sa propre danse libre. Pour ce faire, elle se débat avec les codes de son éducation de danseuse. Il lui faut oser et par cette audace, elle gagne des espaces mentaux inconnus où elle plonge allègrement, notamment en devenant une sorte de cheval emballé. Elle grimace elle aussi.

Madame, un trio ou plutôt trois solos de Betty Tchomanga est plus convenu. Il passe en revue des figures féminines supposées représenter la madame. Elles sont toutes le miroir d’une folie intérieure, des dames indignes. Mais le spectacle en reste à la caricature très dans l’air du temps, sans vraiment aborder la question qu’il suggère : celle de la fameuse hystérie féminine, surtout les soirs de pleine lune. 

Marie-Christine Vernay
Danse

DañsFabrik, festival du Quartz de Brest, proposé dans dix lieux de la ville, jusqu’à samedi 5 mars (de 10h à 22h30).

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