À qui se rendrait pour la première fois à Venise et serait en quête de lieux plus secrets que le Palais des doges ou le musée de l’Accademia, nous conseillerons toujours la visite de la sacristie de l’église San Polo, où l’on peut admirer le chemin de croix de Giovanni Domenico Tiepolo (1727-1804). Une œuvre de jeunesse, puisqu’il l’a réalisée en 1747, à seulement vingt ans! Il est vrai que, formé par son père Giovanni Battista Tiepolo, il fut très tôt à bonne école. Il y a dans ce cycle, dont il a publié en 1749 une version gravée à l’eau forte, une similitude avec les peintures de la première période de Goya (né en 1747), qui avait sûrement dû voir les peintures des Tiepolo père et fils réalisées entre 1762 et 1770 à Madrid pour le Palais Royal à la demande de Charles III, ainsi que les séries de gravures des mêmes, les Scherzi di fantasia du père et la fuite en Égypte du fils.
La confrontation de cette page des Scherzi de Tiepolo et du Songe de la raison de Goya permet de le penser.
La série de 25 eaux-fortes gravée entre 1750 et 1753 par Giovanni Domenico pour La Fuite en Égypte date de la période où il assistait son père dans la réalisation de l’immense fresque de 570m2 décorant le plafond de l’escalier d’honneur monumental de la Résidence de Würzburg commandée par le Prince-évêque Carl Philipp von Greiffenklau. Ce qui explique la présence de la forteresse de Marienburg, qui domine Würzburg, dans le décor de la gravure ouvrant la série. Une série terminée peu de temps avant le départ des Tiepolo de Würzburg et que Giovanni Domenico a dédiée au Prince-évêque. C’est la première fois qu’un artiste consacrait un tel ensemble à cet épisode de la Bible. En 1745, cinq ans avant de commencer sa propre Fuite en Égypte, Giovanni Domenico avait déjà gravé deux peintures de son père sur le même sujet.

Il est d’ailleurs souvent difficile de distinguer les œuvres des deux artistes à cette époque. Giovanni Battista a dû beaucoup conseiller son fils qui a certainement été également influencé par les collections de gravures qu’ils possédaient, de Rembrandt, Stefano della Bella, Benedetto Castiglione et Sébastien Bourdon, entre autres.
C’est en tout cas un ensemble exceptionnel, où l’on sent déjà ce qui différenciera le maître et l’élève, qui s’affirmera après la mort de Giovanni Battista (en 1770) dans les dessins des Pulcinella et les scènes de rue et de carnaval pour lesquelles il est plus connu. Une autre particularité étant de souvent représenter les personnages de premier plan de dos, ce qu’il fera souvent dans ses peintures vénitiennes plus tardives.
Voici la série complète de 1753 enrichie de deux peintures postérieures (datant d’après 1760) de Giovanni Battista sur le même thème.







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