La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Une miniature en audio-description
| 23 Juin 2015

©Antonia Baehr

On a déjà vu des spectacles en audio-description même s’ils demeurent trop rares. Mais jamais un comme on a pu le déguster au festival Uzès Danse. Des miss et des mystères de la performeuse et chorégraphe Antonia Baehr et de la comédienne Valérie Castan mêle les échelles, du plus petit objet au plus grand fantasme, dans le cadre ou hors cadre. Sur le plateau est déposé un genre de castelet, petit théâtre ou sorte de dînette qui évoque tout de suite l’enfance, ses cachotteries, ses rêves démesurés, ses jeux cruels, ses ennuis, ses bondissements imprévus. Tout démarre dans le noir même si l’on distingue côté jardin au pied de la scène la lectrice et la musicienne Andrea Neumann qui œuvre sur un piano et une table de mixage.

Lorsque la lumière de Rima Ben Brahim point, on se retrouve dans la chambre d’une fille ou d’un garçon. Antonia Baehr aime le mélange des genres. Il y a des rideaux transparents sauf celui de fond de scène bleu, une maison miniature où réside un couple supposé regarder quelque chose par la baie vitrée, un abat-jour made in RDA, une couverture écossaise. Déjà, nous sommes partis très loin, embarqués par la voix de Valérie Castan. Elle ne charge pas le texte, ne lui prête aucune niaise intention. Elle le livre dans sa musicalité, toute en élégance comme le fait également la musicienne.

On écoute, on regarde et, en catimini, apparaît le performer et chorégraphe William Wheeler. Il est la femme de ménage du petit cabaret. Il dispose les objets, tire les rideaux. Rien de plus banal et pourtant il a le don de se transformer en prince charmant un rien spécial et surtout en sorcière, figure burlesque rappelant la danseuse de cabaret Valeska Gert (le spectale est librement inspiré du film The Girl Ghewing Gum de John Smith de 1976, du Lac des Cygnes et de Tänzerische Pantominen de Valeska Gert). On voit tout de leur pays imaginaire, on est au théâtre et à la radio. Et c’est joli ce que l’on entend, même les scènes les plus cruelles. Mais qui n’a jamais mangé son semblable? Quel enfant dévoreur ne l’a pas fait? Ouvrir le corps de l’autre et comme à la dînette, manger son ventre à la petite cuillère?

On le sait, la danse a toujours cherché querelle à la narration. Ici, elle trouve un modus vivendi non illustratif. Outre l’envie de bouffer l’autre, on se régale de cette trouvaille. Antonia Baehr et Valérie Castan, les conceptrices du projet parlent de pièce de lesbiennes, “de petites filles que l’on appelle tomboys ou, de manière péjorative, garçons manqués”. En tout cas, elles ont réussi leur coup. Des miss et des mystères parle aux voyants comme aux mal voyants ou aux aveugles. De fait, on y voit plus clair.

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