Donald Trump (eh oui)

“L’Amérique de…” : une chronique éphémère sur des Américain.e.s qui font ou ont fait l’histoire des États-Unis. Cette semaine, l’Amérique de Donald Trump (eh oui).

Le 23 octobre dernier, le New York Times publiait la liste des “282 personnes, lieux et choses que Donald Trump a insultés sur Twitter”, depuis Barack Obama et Hillary Clinton jusqu’à l’opérateur de télécommunications T-Mobile (“Je pense que leur service est horrible !”) et le Super Bowl (“très ennuyeux), en passant par le Parti républicain. Le 8 novembre, Donald Trump recueille la majorité des grands électeurs et devient “President-elect”  des États-Unis, le titre qu’il portera jusqu’au jour de son investiture.

L’Amérique de Donald Trump, c’est le système électoral américain, dans lequel une candidate peut obtenir la majorité du vote populaire et perdre l’élection, comme Al Gore avant elle en 2000. Donald Trump sera formellement élu par les grand.e.s électeurs/te ices le 19 décembre. Il deviendra président des États-Unis le 20 janvier prochain.

L’Amérique de Donald Trump, c’est la famille : la mère écossaise, Mary Ann, qui émigre aux États-Unis en 1929 ; le père, Fred, le promoteur immobilier d’origine allemande, qui prête un million de dollars à son fils dans les années 1970 pour créer sa propre entreprise ; sa fille, ses deux fils, et son gendre, nommé.e.s dans son équipe de transition au lendemain de son élection.

L’Amérique de Donald Trump, c’est l’Amérique blanche qui l’a élu. Ce sont la Pennsylvanie, l’Ohio, le Michigan et le Wisconsin, ces États de la Rust Belt, qui ont subi la désindustrialisation de plein fouet et qui ont voté Trump. Ce sont les attaques racistes en hausse depuis mercredi sur les campus américains. C’est un journal du Ku Klux Klan qui annonçait son soutien pour Donald Trump le 1er novembre : “l’Amérique fut fondée à l’origine comme une république chrétienne et blanche. Et c’est en tant que république chrétienne et blanche qu’elle est devenue puissante.” C’est Donald Trump et son père qui font l’objet de poursuites en 1973 pour discrimination envers leurs locataires non-blanc.he.s. Ce sont les règles mises en place depuis 2013 dans certains États républicains pour rendre plus difficile le vote des minorités.

L’Amérique de Donald Trump, c’est Mike Pence, futur vice-président des États-Unis et actuel gouverneur de l’Indiana, opposant au droit à l’avortement et aux droits des LGBT, climato-sceptique. Il a reçu la note la plus élevée de la part de la National Rifle Association pour son opposition à toute restriction du port d’arme. En 2006, il déclare que le mariage homosexuel sera la cause d’un “effondrement de la société”. En 2015, il soutient une loi qui protège toute entreprise où l’on refuse de servir des client.e.s homosexuel.le.s à cause de ses convictions religieuses. En tant que gouverneur, il a redirigé des fonds des écoles publiques vers les établissements privés.

Mais l’Amérique de Donald Trump, c’est aussi une majorité d’électeurs/ices noir.e.s, latinos, et défavorisé.e.s qui ont voté pour Hillary Clinton. Ce sont aussi les “villes-sanctuaires” qui refusent toute coopération avec le gouvernement fédéral pour l’arrestation des immigré.e.s sans-papiers. Pendant sa campagne, Donald Trump a menacé de leur couper les fonds en provenance du gouvernement fédéral. Deux jours après l’élection, les maires de New York et Los Angeles ont réaffirmé le statut de “villes-sanctuaires”. Ce sont aussi les lettres d’universitaires qui demandent aux président.e.s d’université de sanctuariser leur campus. Ce sont aussi l’American Civil Liberties Union et le Planning Familial américain qui promettent au futur président de se battre contre toute atteinte aux libertés. Ce sont aussi : Adriano Espaillat, ancien immigré sans-papiers, élu à la Chambre des Représentants pour l’État de New York ; Tammy Duckworth, née en Thaïlande, double amputée après avoir servi pendant la guerre en Irak, élue sénatrice ; c’est Kamala Harris, première femme d’origine noire et amérindienne à être élue au Sénat. C’est aussi la Marche des Femmes prévue le lendemain de l’investiture de Donald Trump à Washington, D.C..

“Qu’elle soit enchaînée ou couronnée la liberté est toujours victorieuse.” Wendell Phillips © Hélène Quanquin
“Qu’elle soit enchaînée ou couronnée la liberté est toujours victorieuse.” Wendell Phillips

Hélène Quanquin
L’Amérique de…