Champagne sur le tarmac !

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Rencontre avec le PDG de FrenchAir

– Le secteur aéronautique a été durement touché par la crise. Comment réagissez-vous face à une telle situation ?

– Nous faisons preuve d’imagination. On a lu ici et là qu’il y aurait deux poids, deux mesures, que les salles de concert, cinémas, théâtres spacieux étaient fermés alors que certains vols – même transcontinentaux étaient maintenus, les passagers étant pourtant enfermés de longues heures dans un espace réduit.

– Reconnaissez qu’il y a tout de même là une contradiction.

– Je ne prétends pas le contraire et d’ailleurs c’est pour cela que nous avons décidé d’aérer en grand , toutes les 2 heures, les compartiments passagers, cabines de pilotage et toilettes. Les portes restant ouvertes pendant un quart d’heure minimum.

– Mais, et la dépressurisation ?

– Ce problème n’existe pas au niveau du sol.

– Je ne comprends pas, que voulez-vous dire ?

– C’est pourtant simple. À partir de lundi, aucun de nos avions ne quittera le tarmac.

– C’est fou ! Et qu’en pensent les passagers ?

– Nous avons eu quelques retours positifs, pas encore suffisamment pour en tirer des conclusions définitives. Mais l’on sent déjà comme un frémissement.

– Pouvez-vous être un peu plus clair ? Je ne suis pas sûr que nos lecteurs et nos lectrices comprennent bien où vous voulez en venir.

– Nos client·e·s sont des gens responsables. Elles ou ils ont parfaitement compris dans quelle situation nous nous trouvions. Peu d’entre eux nous ont demandé le remboursement des billets réservés pour des vols qui ont dû être annulés et nous leur en saurons gré.

– Vous voulez dire qu’ils font part de la même générosité que les vacanciers qui ont maintenu coûte que coûte leurs réservations à la montagne – malgré les fermetures des remontées mécaniques – afin de soutenir le secteur ?

– C’est à peu près cela. Nos voyageurs se présenteront donc à l’embarquement et s’installeront dans nos avions, où nous leur proposerons toute une gamme de films qui n’ont pu être montrés en salle. À chaque aération, nous les inviterons à rejoindre le tarmac, où une coupe de Champagne leur sera offerte, ainsi que quelques amuse-bouches. Nous essayerons d’affiner le concept en fonction de la durée virtuelle des voyages de nos clients. Ceux dont la destination prévue était à plus de 10 heures de vol de leur aéroport, se verront proposer des séries en 10 épisodes dans lesquelles ils pourront s’immerger, une pause étant prévue tous les deux épisodes. Je suis sûr que cette idée devrait rencontrer un vif succès !

– Étonnant !

– Pour rendre ce nouveau mode de « voyage » encore plus attractif, nous envisageons à présent de créer une carte de fidélité. Tous les dix « voyages », nos clients s’en verraient offrir un supplémentaire ! Nous sommes également en discussion avec des troupes de théâtres et des organisateurs de concerts. Nous allons proposer que des comédiens et musiciens, professions sinistrées comme vous le savez, puissent venir égayer les pauses-buffet en interprétant qui des petites saynètes, qui des mini-concerts. Le répertoire de ces courts interludes pourrait être composé en fonction des destinations des vols. Vous voyez, nous avons tout prévu. La solidarité avec le milieu de la Culture dans le respect des mesures sanitaires. Dans ces conditions, aucun risque de transmissions de la Covid, et ce ne sera pas au cours de ces « voyages » que nos clients attraperons la dengue, le chikungunya… ou la tourista (rires) !

Propos recueillis par Germaine Palarge
(suite de l’interview dans notre cahier central)

 

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