Les choix de délibéré – 5 déc. 2016

HIP HOP

Zulu

Zulu_rectoLa Place, Centre Culturel hip hop consacre trois jours à la Nation Zulu créée dans les années 70 par Afrika Bambaataa, mouvement hip hop international et fédérateur avec ses codes et ses valeurs destinés à préserver la paix et le respect de l’autre. La musique, la danse, les arts visuels en sont les vecteurs. Lancés par DJ Big W (Pologne) et Kind Jaïd (France), les trois jours gratuits de festivités et de rencontres célèbrent le 43ème anniversaire de la Nation où chaque Zulu trouve sa place à sa façon. MCV

UZN – 43ème anniversaire de la Zulu Nation, les 8, 9 et 10 décembre, La Place Centre culturel du hip hop, Forum des Halles, Paris, 01 70 22 45 48

 

THÉÂTRE

Thomas Bernhard scruté à la Lupa

© Natalia KabanowDu théâtre de Krystian Lupa, quand il est réussi, on voudrait ne plus jamais ressortir parce qu’il  est infiniment supérieur à la vie. La preuve par Wycinka Holzfällen (Des arbres à abattre), spectacle présenté au festival d’Avignon 2015. Le metteur en scène polonais tire du roman de Thomas Bernhard, cinglant règlement de compte avec le milieu artistique viennois, une fable politique sur le renoncement et le désarroi d’aujourd’hui. Portée par des acteurs qui allient ferveur, élégance et humour. RS

Wycinka Holzfällen (Des arbres à abattre), d’après Thomas Bernhard, mise en scène de Krystian Lupas, en polonais surtitré, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, 75006 Paris, du 30 novembre au 11 décembre.

Une chambre d’amour

Patrick Laffont, Projet MDPartition pour un plasticien et un acteur – Patrick Laffont et Nicolas Guimbard –, A love room of one’s own s’inspire de C’est tout et de La Pute de la côte normande de Marguerite Duras. Dans cette “chambre d’écho, espace de projections, le silence demeure le point de départ” avec “le désir d’en appeler à la disparition de tout et dans tout mais précisément pour lutter contre les puissances d’anéantissements qui régissent notre monde”. Vaste chantier. MCV

A love room of one’s own, les 8 et 9 décembre au Théâtre du Petit Matin de Marseille, 04 91 48 98 59 theatredupetitmatin@gmail.com

Crise exemplaire

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni © Elisabeth CarecchioQuatre retraitées grecques décident d’en finir “pour ne plus vous donner de soucis”. Cette histoire, qui figure dans Le Justicier d’Athènes, roman de Pétros Márkaris, est le fil conducteur de Ce ne andiamo par non darvi altre preoccupazione, le spectacle de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, qu’ils jouent en compagnie d’Anna Amadori et de Valentino Villa. Comment interpréter une histoire pareille ? Et comment aborder la crise ? Pour répondre aux deux questions, leur pièce va et vient entre les personnages et leurs interprètes, eux-mêmes acteurs dépressifs. Une heure exemplaire d’intelligence et de retenue. Avant, la semaine prochaine, de découvrir leur nouvelle création. RS

Ce ne andiamo par non darvi altre preoccupazione, mise en scène de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, en italien surtitré,  à l’Odéon-Théâtre de l’Europe (Ateliers Berthier), 75017 Paris, dans le cadre du Festival d’Automne jusqu’au 7 décembre (rencontre avec l’équipe artistique après la  représentation du mardi 6).
Il cielo non è un fondale, également aux Ateliers Berthier, du 9 au 18 décembre.


CIRQUE

Pas si bêtes

“Bestias”, un spectacle de Baro d'Evel Cirk CieLa piste de Bestias est comme un lieu de rendez-vous, un espace où se rencontrent des hommes, des femmes, des chevaux et des oiseaux pour former un chœur pas si désaccordé, où l’harmonie parfois naît du chaos, des faux-pas maîtrisés, des catastrophes suggérées avec humour. Tous virtuoses, chacun à sa manière, ils entrent, sortent, se croisent, se portent, manquent de s’effondrer, se rattrapent aux branches – ou au tronc. Ils réinventent le cirque et, pendant ce temps, on retient notre souffle. Et on en redemande. CV

BestiasBaro d’Evel Cirk Cie, au Parc des Chantiers (sous chapiteau), Esplanade des Traceurs de Coque, Île de Nantes, jusqu’au 16 décembre. À partir de 8 ans. (Photo : Frédéric Jean)

 

INTERACTIF

Plateforme numérique

data-danseRien de mieux, de plus sérieux et de plus ludique que cette nouvelle plateforme numérique, initiée par divers partenaires dont les Centre de développement chorégraphiques d’Aquitaine et de Roubaix. Data-danse, outil interactif guide le spectateur de 9 à 99 ans dans sa découverte de la danse. En libre accès sur internet, Data-Danse s’utilise de manière autonome ou accompagnée par un médiateur, un enseignant, un animateur… À partir de multiples informations (les lieux, le corps, les métiers, le vocabulaire, les repères), chacun peut proposer le récit de sa propre expérience, jusqu’à proposer l’édition d’une Une de journal. On peut y passer des heures ! 

 

LIVRES

Ainsi de suite

sophie-calle-ainsi-de-suite“Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle. Sa vie n’apparaît pas dans mon travail. Ça l’agaçait. Quand j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s’est exclamée: ‘Enfin.’” Et ainsi de suite : Sophie Calle a su transformer des tranches de vie en œuvres d’art. Des tranches de mort aussi. Xavier Barral en a fait un livre, un album photo, un carnet de notes, un coffre-fort, une cabine, un tombeau. Et ainsi de suite. CV

Sophie Calle, Ainsi de suite, éditions Xavier Barral, 508 p, 65 euros

 

La révolte des animaux

mentionMorts étranges. Frustration. Chasse. Alcool. Razorback de cinq cents kilos. Kangourous meurtriers. Serpents et oiseaux kookaburras qui attaquent en bande la dizaine d’humains qui survivent en plein outback australien matraqué par le soleil ; des hommes rendus fous par l’isolement et dont les femmes ont préféré se suicider plutôt que de vivre avec eux. Un huit-clos dans le désert. Du trash jusqu’à l’excès. LB

Bienvenue à Cotton’s Warwick, de Michaël Mention, Éditions Ombres Noires

 

Sulfatage

screenshot4Laurent Mauduit, Main basse sur l'information“Petit à petit, sans faire de bruit, on avait donc fini par en revenir à la presse du XIXe siècle, où les journaux étaient corrompus de fond en comble, certains vivant grâce aux fonds directement reçus du gouvernement pour le soutien à sa politique, d’autres grâce à la publicité financière déguisée.” Dans un tonique et réjouissant pamphlet, prix Renaudot de l’essai, Aude Lancelin règle son compte à l’Obs, son ancien employeur, et surtout elle dresse le portrait d’une presse sinistrée tant par les connivences politiques et les puissances économiques que par Internet (l’auteur n’insistant guère sur ce dernier point). Complétez cette lecture par Main sur l’information, de Laurent Mauduit (Médiapart), et vous aurez une vision complète de la dégringolade de la presse et du journalisme. Effrayant spectacle au moment où se dresse une Europe populiste. Et si les deux phénomènes étaient corrélés ? EL
Le monde libre, d’Aude Lancelin, éditions Les Liens qui Libèrent (19 euros).
Main basse sur l’information, de Laurent Mauduit, éditions Don Quichotte (19,90 euros).

 

CINÉMA

Sortie de secours

425022-jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxAutant le penchant trumpien de Clint Eastwood nous rend l’homme suspect, autant son œuvre nous épate. Car chacun des films du vieux Clint brille comme le dernier éclat d’un cinéma classique mais incroyablement efficace. Transformer un amerrissage en ode aux héros américains est une performance. Raconter cette histoire via une narration si peu linéaire est un exploit. EL 
Sully, de Clint Eastwood
 
 

EXPO

 

France-Algérie, mémoire hybride

Le prix Marcel Duchamp est revenu au plasticien français d’origine algérienne Kader Attia, né en 1970, explorateur et rebouteur du post-colonialisme. On avait médité sur ses “Terrasses” blanches à Marseille en 2013, qui hybridaient les rives contraires de la France et de l’Algérie. Et on peut aujourd’hui se laisser saisir par son installation Réfléchir la mémoire au Centre Pompidou. Où entre sculptures et documentaire, il file la métaphore du membre fantôme suite à une amputation. Mais il vient aussi d’installer sa réjouissante Colonie, un restaurant-bar-débats, au 128, rue La Fayette. Un nouveau repaire à déguster, pour discuterAMF

Kader Attia, Réfléchir la mémoire, Centre Pompidou, jusqu’au 30 janvier, galerie 3.