Essais transformés à l’ENSATT

Ils ont entre 20 et 25 ans, charmants ils affrontent pour la première fois le plateau et le public à l’ENSATT (École nationale supérieur de arts et techniques du théâtre) de Lyon. À l’aube de leur troisième et dernière année d’études des techniques et arts du théâtre, les étudiants ont l’air plutôt sûrs d’eux mais sans insolence. Ce qui rassure car on ne sait ce que l’on va découvrir en quatre fois 25 minutes. Disons-le de suite, la 77promotion placée sous la responsabilité de Joël Pommerat est de bon augure pour l’avenir du théâtre.

Les quatre propositions élaborées volontairement dans l’urgence pour préserver la part de spontanéité sont toutes recevables. Les « Essais », formes théâtrales courtes travaillées en cours de deuxième année de formation et mises à l’épreuve du plateau en quelques jours, révèlent d’intrigantes différences. Pas un essai ne ressemble à un autre, ce qui est bon signe quant à la santé mentale et à la liberté de création de la nouvelle génération… et Joël Pommerat y est sans doute pour quelque chose.

Passons sur les défauts de jeunesse qui réunissent toutes les propositions : une maîtrise assez relâchée de l’espace et du rythme, une envie de tout dire en un seul jet et un non choix stratégique, c’est-à-dire une dramaturgie et un art de la composition encore fragiles. Une tendance également à faire totale confiance à l’image, ce que souligne Simone Amouyal, chargée de missions pédagogiques et artistiques : « Les moyens que leur offre l’école sont importants et ils s’en servent aux dépends de la dramaturgie ».

431 45G 632 90D 5 180 © Hugo Fleurance

Pas encore sortis de l’auberge car pas encore entrés, ils auront tout le temps d’affronter les contraintes extérieures. En attendant, on aura vu 431 45G 632 90D 5 180, un essai mené par un costumier et une metteur en scène et qui réfléchit sur cet habit qui fait ou ne fait pas le moine dans un immense fatras de fripes. Hormis des placements assez conventionnels, notamment en ligne face au public et une gestuelle à l’arrache, le spectacle pourrait devenir un défilé de contre-mode. Avec Parade, mené par une étudiante en administration, changement de ton. Dans une boîte, un cabaret miteux où les employés s’ennuient et rechignent alors que leurs Ténardiers d’employeurs ressemblent à ces nouveaux chefs d’entreprise positivistes quoiqu’il en coûte, cela malgré leur ringardise, le public est invité à choisir sa pièce de théâtre. C’est amusant et bien fait, reste du travail sur le texte.

Parade © Hugo Fleurance

Les Métronomes nous entraînent dans une rame de métro où les personnages les plus caricaturaux mais bien réels (le toc toc avec ses tocs, celle qui chante plus fort que la musique dans ses écouteurs, celle qui se maquille…) sont une dénonciation de nos travers urbains, de nos styles de vie si peu stylés. La panne est bien traitée, la légèreté convient à ces scènes ordinaires. Mais le texte, notamment dans la rêverie bouffée d’air qui permet l’échappatoire, n’est pas assez mordant pour faire basculer le spectacle vers une vraie critique sociale.

Les Métronomes © Hugo Fleurance

Il en va de même pour Zone à Définir, projet porté par un étudiant en scénographie et un autre en lumières. Les images sont plastiquement plutôt convaincantes mais les personnages sont mal cadrés. La dénonciation d’un monde perdu dans l’excès médiatique est aussi un peu légère. On attendrait une prise de parole plus radicale, pas seulement un constat.

Réunissant tous les départements de l’école, ces « Essais » prouvent que tous les imaginaires peuvent trouver leurs formes. Peut-être qu’un intérêt plus approfondi de l’art-performance permettrait un engagement corporel et dramaturgique plus radical. À suivre donc.

Marie-Christine Vernay

ENSATT, 4 rue sœur Bouvier, Lyon 04 78 15 05 05, jusqu’au samedi 30 septembre 2017

 

 

 

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