La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Le haka smoothie de Daniel Linehan
| 24 Jan 2016

Depuis ses premières pièces que l’on a découvertes fin des années 2000, dont un solo vertigineux, Not about everything où le danseur voltige, derviche tourneur à sa manière, très spirituelle, Daniel Linehan, né en 1982 à Seattle, nous enchante par son savoir-faire, qu’il ne s’intéresse qu’au mouvement “pur” ou qu’il s’aventure dans les jeux d’images et de vidéo. L’art de la composition est chez lui, fait peu courant, inné, même si l’on imagine le travail quotidien qu’il suppose. On l’aime bien, sa gentillesse, sa gueule d’ado et ses spectacles ludiques, roboratifs bien que légers. Installé à Bruxelles, résident à l’Opéra de Lille, le chorégraphe vient de présenter dbddbb au Centre Pompidou. C’est un spectacle qui marche, dans tous les sens possibles, joyeusement déplié dans l’espace.

Daniel Linehan, “dbddbb” ® Frédéric Lovino

® Frédéric Lovino

Convoquant la poésie sonore dada loin des schémas discursifs, s’amusant d’onomatopées comme le titre l’indique (dire dibi-didi-bibi), s’emparant de la marche comme geste premier de l’homme et de sa danse pour l’emmener loin, le chorégraphe et les cinq danseurs – dont il fait partie – nous offrent une belle mise en jambes. En remodelant les marches les plus pratiquées (les manifestations, les défilés, les processions, les carnavals etc.), ils nous invitent à intégrer la farandole. Invitation acceptée mais déception. En lui emboîtant le pas, on supposait qu’il tordrait le cou à quelques pas reçus, comme ont pu le faire d’autres chorégraphes comme Maguy Marin dans sa “carmagnole” revisitée, Christian Rizzo dans sa danse traditionnelle turque, revisitée aussi… Mais tout est absolument lisse.

Sous des tubulures qui tintinnabulent à la fin du spectacle et font se secouer quelques baskets, les danseurs dans des costumes asymétriques qui révèlent quelques morceaux de chair, semblent tellement absorbés par le compte et le timing, sans oublier le dire et le faire en un même temps, que l’on se sent oubliés, en dehors de la manif. Le haka en ligne face aux spectateurs qui s’annonce plutôt comme une bonne distraction et qui renvoie comme les dadaïstes les slogans au vestiaire n’est que prometteur et vire au smoothie, vraiment trop doucereux, comme l’ensemble de la pièce. Bien que l’on ne sache pas qui commande l’ensemble (la danse, la voix ?), ce qui n’est pas sans nous déplaire, on n’est guère secoué par ce bel exercice. De style, oui.

Marie-Christine Vernay
Danse

[print_link]

Daniel Linehan, dbddbb, les 27 et 28 janvier au deSingel, Anvers, et les 3 et 4 février au Kaaitheater, Bruxelles.

0 commentaires

Dans la même catégorie

La danseuse inconnue

À partir d’une image acquise dans une vente en enchères, un voyage dans le temps à la poursuite de Marina Semenova, icône de la danse classique au temps de l’Union soviétique.

La Pavlova

Elle fut la première véritable diva du ballet. La star des tsars. Mondialement connue elle contribua à faire passer la danse de l’artisanat à l’industrie du rêve. Un livre, signé Martine Planells, retrace la vie d’Anna Pavlova, danseuse et chorégraphe de légende.

Bailographies à Mont-de Marsan

La 31e édition du festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan s’est tenue du 2 au 6 juillet. Programmation de qualité, mélange générationnel, la manifestation ne s’essouffle pas. En prime, une très belle expo photo signé Michel Dieuzaide.

Maguy Marin ou l’urgence

Œuvre d’amour, d’admiration, Maguy Marin : l’urgence d’agir, le film de David Mambouch sur sa mère chorégraphe n’a rien de convenu. Le réalisateur travaille l’épaisseur et la densité du vécu, sait laisser parler, prend lui-même la parole. Et l’on sent qu’il y a, de son côté, une exploration des origines, que le ballet May B, conçu par Maguy Marin alors qu’elle était enceinte de lui, est pour lui un second ventre maternel. 

Christian Rizzo en terre de lumière

Dans Une maison, sa nouvelle création, Christian Rizzo convie quatorze danseurs emportés dans un flux continu de mouvements ponctués par de nombreuses entrées et sorties. On est tantôt sous un chapiteau avec des personnages qui portent des chapeaux pointus, turlututu !, dans une boîte de nuit pour un slow, dans une mascarade basque, dans un carnaval masqué où les mains se saisissent pour une ronde et autres farandoles. Le spectacle, créé après résidence à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, part pour une tournée internationale avant qu’on ne le retrouve en France avec de nombreuses dates l’an prochain et en ouverture du prochain festival Montpellier Danse en juin. (Lire l’article)