Être un homme comme vous

Signes précurseurs de la fin du monde : chaque semaine, l’Apocalypse en cinquante leçons et chansons. Ou peut-être moins si elle survenait plus tôt que prévu.

Collapsologie : étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder. Née grosso modo avec la parution du best-seller Collapse de Jared Diamond en 2006, la discipline se porte fort bien : il ne se passe guère de semaine sans qu’un nouvel essai, un article ou une tribune sur le sujet ne soit publié. Pour beaucoup, le grand effondrement ne fait plus de doute, aussi l’important est-il de se pencher sur ce qui se passera après : guerres, famines, délitement des démocraties, etc. Les plus optimistes diront que c’est un mauvais moment à passer, sans coupes du monde de foot et sans sorties annuelles de nouveaux iPhones, mais qu’après l’écroulement de l’empire industriel et des régimes sociaux-démocrates rongés par un libéralisme économique sans foi ni raison viendra un nouveau Moyen-Âge d’une durée difficile à prévoir, puis une Renaissance, et ça sera reparti, quoique sur des bases différentes. Les autres pensent que nous courons vers une apocalypse en bonne et due forme dont ne se relèveront que quelques tribus de survivants en haillons, celles que l’on voit s’ébattre dans les films post-apocalyptiques ou dans La Jetée de Chris Marker.

Quoiqu’il en soit, et quoi qu’il arrive, il serait prudent que chacun se prépare d’ores et déjà au grand effondrement. D’où ces quelques directives :

– Quittez les grandes villes au plus tôt. C’est là que l’approvisionnement alimentaire sera le plus difficile. C’est là que les violences seront les plus terribles.
– Installez-vous au bord de la mer. Initiez-vous à la pêche à pied, il reste quelques coquillages comestibles sur le littoral de la Manche. Pour les bulots, ajoutez un goutte d’anisette dans le court-bouillon.
– Apprenez à vivre sans ordinateur ni portable. C’est un peu difficile au début, mais, vous verrez, on peut connaître l’horaire des marées sans appli.
– Liquidez vos actions Google et Apple pour investir dans des panneaux solaires, des éoliennes et des soupes en sachet.
– Débarrassez votre bibliothèque de tout son rayon philosophie pour y ranger des ouvrages de jardinage et des guides des plantes sauvages. Ne mangez pas n’importe quel champignon, demandez conseil à votre pharmacien si son officine n’a pas encore été saccagée.
– Comme Léo Ferré sur son île bretonne, offrez-vous la compagnie d’un chimpanzé. Dans La Planète des singes, l’écrivain Pierre Boulle avait livré une version particulièrement croquignolette de l’après-effondrement, les primates prenant le pouvoir et les derniers hommes le chemin des cages. Hélas pour nous, il y a peu de chances pour que, dans ce qu’il restera du monde réel, les singes ne viennent remettre de l’ordre dans la maison. Mais sait-on jamais : Ben l’Oncle Soul, reprenant la célèbre chanson du Livre de la Jungle version Disney, ne s’est-il pas égosillé naguère :

Être un homme comme vous
Oh oupidou
Je voudrais marcher comme vous
Et parler comme vous
Faire comme vous, tout
Un singe comme moi
Pourrait, je crois,
Être parfois bien plus humain que vous
Ouais, oh, oh, oh ouh

Édouard Launet
Signes précurseurs de la fin du monde