Les choix de délibéré – 15 février 2017

URBANISME – ARCHITECTURE

   

L’Île de la Cité embarque vers le futur

Mission Ile de la Cité, Philippe Bélaval, Dominique Perrault - Exposition à la Conciergerie, ParisCette île-monument n’a fait l’objet d’aucun réaménagement depuis les travaux d’Haussmann. Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux, et l’architecte Dominique Perrault ont remis à François Hollande les 35 propositions de leur rapport :  Mission Île de la Cité, le cœur du cœur. À quoi pourrait-elle ressembler, selon leur étude, à court terme et en 2040 ? Réponse à la Conciergerie, dans une exposition-balade interactive, de la place centrale de Lutèce au débarcadère du parvis de Notre-Dame. AMF

Salle des gens d’armes, Conciergerie, exposition du 15 février au 17 avril. Accès libre et gratuit du 15 au 19 février et le 5 mars. 2 boulevard du Palais, 75001 Paris

   

THÉÂTRE

   

Bonjour Tristan

Tristan, texte et mise en scène d'Éric Vigner @ Jean-Louis FernandezIl y a des philtres d’amour dans des thermos, des rideaux de bambous dorés, une grande épée, des écrans télé, et un héros mutique. Directeur jusqu’en 2015 du Théâtre de Lorient, Éric Vigner avait choisi, en guise de spectacle d’adieu, de réécrire la légende de Tristan et Yseult, en mélangeant les genres, les références, les époques. Metteur en scène, scénographe, et pour une fois auteur, il raconte l’histoire d’un jeune Breton qui lui ressemble, « saisi sans raison par la passion du théâtre, oscillant entre la quête et la fuite ». Le charme opère. RS

Tristan, texte et mise en scène d’Éric Vigner, Théâtre de Gennevilliers, du 21 au 26 février.

   

SOCIOLOGIE

   

La Saint-Valentin n’est plus ce qu’elle était

Christophe Giraud, L'Amour réaliste. La nouvelle expérience amoureuse des jeunes femmes, Armand ColinUn jour mon prince viendra, un jour on s’aimera dans son château, heureux, s’en allant goûter le bonheur qui nous attend… Ce scénario « comporte trois éléments notables : l’évidence des sentiments partagés […], l’articulation étroite et durable de la vie féminine avec celle de l’être aimé, et la cohabitation dans le château du prince comme mode de vie normal ». C’est cette normalité que le sociologue Christophe Giraud interroge dans son ouvrage consacré à la nouvelle expérience amoureuse des jeunes femmes. Elles ont de 18 à 25 ans, sont hétérosexuelles, issues du milieu étudiant, et ont été questionnées (car le questionnaire est l’arme secrète du sociologue) entre 2005 et 2014. Point commun : elles entamaient une nouvelle « histoire » au moment du premier entretien. L’auteur classe, analyse et rend compte de la complexité de nommer les étapes et les catégories de ces histoires « en train de se faire », depuis l’expérience de la rencontre amoureuse et durant les phases de « conjugalisation ». Et la désillusion amoureuse ? Loin d’être la conclusion systématique de ces histoires – pas plus que celle du livre – elle est souvent un élément fondateur, antérieur à cet amour réaliste. CV

Christophe Giraud, L’Amour réaliste. La nouvelle expérience amoureuse des jeunes femmes, Armand Colin, 22,90 euros

 

EXPO

   

La source Bazille

Frédéric Bazille (1841-1870), Scène d'été (1869) - Huile sur toile - H. 158 ; L. 158 cm - Cambridge, Massachusetts, Fogg Art Museum © President and Fellows of Harvard College« Voilà deux peintres besogneux que je loge. C’est une véritable infirmerie. J’en suis enchanté ». Nous sommes en 1866 et les deux « besogneux » s’appellent Monet et Renoir. Leur infirmier n’a pas 25 ans. Fils d’une famille aisée de Montpellier, Frédéric Bazille est monté à Paris pour peindre. Il partage  sa bourse et son atelier, côtoie Degas, Manet, Cézanne, Sisley, Pissarro, s’engage dans l’armée au moment de la guerre de 1870 et meurt à 28 ans. L’exposition du musée d’Orsay le remet en lumière, celle de la naissance de l’impressionnisme. Du plein soleil d’une Réunion de famille à Montpellier, où tous posent pour la photo – existe-t-elle ? – à la nuit pré-chagallienne de Booz endormi, sa dernière toile, la source est vive. RS

Frédéric Bazille (1841-1870). La jeunesse de l’impressionnisme. Musée d’Orsay, Paris, jusqu’au 5 mars 2017

  

CINÉMA

   

Lucarne

Lumière ! l’aventure commence, un documentaire de et avec Thierry FrémauxVoici, offertes à notre émerveillement, 108 bobines de 50 secondes, sur les 1422 tournées ou commandées par les deux frères industriels qui créèrent le Cinématographe, et ici sublimées en grâce par les violons de Camille Saint-Saëns qui leur furent contemporains, et la voix rauque éraillée de Thierry Frémaux – à la tête de l’Institut Lumière de Lyon comme du Festival de Cannes. S’il abuse sans doute du superlatif pour forcer notre admiration, tels acteurs et figurants Lumière nous adressant un regard-caméra, son humour et sa poésie, accordés sur ceux des tout premiers cinéastes, nous guident à travers 11 chapitres, comme autant de « points de vue » sur la France et le monde d’alors. Car plus qu’à une dramaturgie ou une démonstration, nous sommes invités ici à une promenade, au point de décrocher du commentaire parfois pour s’abandonner à la contemplation. D’un cadre unique en large focale, les Lumière et leurs opérateurs inventent des réussites de cinéma, compositions, perspectives, hors champs, travellings déjà – et déjà aussi tant de genres, du documentaire d’actualité aux suspenses et gags de la fiction comique. Et du Paris Belle Époque aux cartes postales de Brooklyn ou du Siam, le cinéma, premier agent plutôt que simple témoin de la mondialisation, de révéler à eux-mêmes une planète qui mute et un art qui naît. TG

Lumière ! l’aventure commence, un documentaire de et avec Thierry Frémaux