Les choix de délibéré – 3 mai 2017

EXPO

 

Photographieurs

Mais qu’est-ce que la photographie au XXIe siècle ? s’interroge Olivier Kotor. Téléphones portables et tablettes multiplient aujourd’hui le monde à l’infini et, d’une certaine façon, le dématérialisent. Jean Manuel Simoes a ainsi suivi les manifestations parisiennes contre la loi travail en 2016 : photographier les affrontements, se retourner et prendre ceux qui, juste derrière, brandissent leurs téléphones pour filmer et capturer leurs propres images ; juxtaposer le tout. Une histoire du spectacle de la violence. Jean-Claude Beaumont, lui, installé à la terrasse d’un café, saisit le manège des photographes amateurs qui défilent sous ses yeux : une société de photographieurs, épinglée en soixante photos elles-mêmes fixées sur les téléphones portables collés sur un mur. « Faire comme ceux d’en face, shooter toute une journée », nous dit-il. NP

« The Show Must Go On » (Jean-Claude Beaumont, Jean Manuel Simoes, Olivier Kotor), Galerie KO 21 (78, rue Haxo, Paris 75020), jusqu’au 18 mai.

   

ARCHITECTURE

    

A/NM/A en débat

L’agence A/NM/A, des architectes associés Nicolas Michelin, Cyril Trétout et Michel Delplace, publie une monographie, présentant son travail de 2001 à 2017. En 22 projets, dont la Halle aux farines/Université Paris 7, les logements Neptune à Dunkerque, la réorganisation des Bassins à flot de Bordeaux, Artem, le pôle universitaire de Nancy, Balard, le nouveau ministère de la Défense à Paris, est proposé la « philosophie » de ces concepteurs. Dont les thèmes de « l’ultra conceptuel, l’ordinaire extra, les énergies naturelles, la légèreté économique »… Un ouvrage à verser au débat. AMF

A/NM/A, Architecture 2001-2017, éditions espagnoles TC cuadernos, trilingue, 30 euros.

    

REM, au-delà de Rem Koolhaas ?

Le Néerlandais Rem Koolhaas est le plus souvent assorti aux mêmes qualificatifs : le plus grand penseur ou théoricien de l’architecture, la star mondiale voire le « mythe » de l’architecture. Avec le film documentaire REM, déjà présenté à la Mostra de Venise, son fils Tomas Koolhaas permettra t-il de relativiser ou d’étayer ces superlatifs ? «J’ai décidé de tirer parti de ma perspective subjective pour éclairer le public et lui faire découvrir des pans de la vie de mon père, notamment son travail et sa pensée, qu’aucun autre cinéaste n’aurait pu révéler » dit-il. Réponse à Bordeaux, le 11 mai. AMF

Bordeaux, cinéma UGC, le 11 mai, à 18h.

 

LIVRES

 

Branko, l’homme du vingtième siècle

Les Enfants du Romanestan de Moris Farhi, traduit de l’anglais par Martine Chard-Hutchinson et Agnès Chevallier, Éditions Bleu autour« Mieux vaut devenir qui on est plutôt que de vouloir être quelqu’un d’autre. » Mujula, de son nom secret Branko, seulement connu du vent et de ses parents, orphelin rescapé de Birkenau et du génocide tzigane, puis confronté au nettoyage ethnique de la Roumanie de Ceausescu, est devenu citoyen suisse sous une troisième identité. Il prend la tête, à travers l’Europe, d’un exode truffé d’obstacles vers le pays imaginaire du Romanestan, terre promise des gitans. Scepticisme des siens et haine des autres, cette promesse d’un ailleurs vers des « vallées ondoyantes » pose la question toujours vive de l’identité. Sur l’arbre, dans une Europe retranchée dans des forteresses d’ignorance et de mépris, repousseront les feuilles mangées par les ânes, imagine Moris Farhi dans ce grand roman populaire nourri de légendes. LB.

Les Enfants du Romanestan de Moris Farhi, traduit de l’anglais par Martine Chard-Hutchinson et Agnès Chevallier, Éditions Bleu autour

 

BANDE DESSINÉE

 

Un monde de rêve

Soft City de Pushwagner, Éditions InculteSoft City a tout du miracle. Ou de l’OVNI. Dessiné entre 1969 et 1975, égaré jusqu’en 2008, la BD raconte la journée dans une vie des millions de famille dans une mégalopole impersonnelle digne de Metropolis de Fritz Lang. Travail, pilule, consommation, anonymat. Gagner du blé pour l’unique qui contrôle. Tout est soft même les bombes. « Si vous n’êtes pas à l’heure, vous êtes viré. Si vous êtes viré, vous êtes mort. » Le tout en noir et blanc avec des très rares tâches de couleur et un texte minimaliste. Avec pour autre leitmotiv : « Nous sommes confiants et vous devez nous faire confiance ». Vraiment ? LB

Soft City de Pushwagner, Éditions Inculte

 

Au cœur des cases

Bande dessinée : l’art invisible, Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique, LyonPrésentée sous la forme d’une bande dessinée, l’exposition en explique de manière ludique les différentes étapes de la conception et de l’élaboration. Du scénario à l’impression de l’album en passant par le découpage en séquences, l’utilisation de l’ellipse, de la couleur, des bulles, de l’expression de la temporalité ou même des multiples choix typographiques ou des onomatopées, cette balade est une réussite. Basée sur L’art invisible de Scott McCloud, elle décrypte le « neuvième art », en dévoile les mécanismes et les codes et en montre l’extraordinaire diversité. Le visiteur devient progressivement un acteur de ce qu’il découvre, comme aspiré par les planches. La BD ? Nous n’avons pas fini d’en lire. LB

Bande dessinée : l’art invisible, Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique, 13 rue de la Poulaillerie, Lyon 2e, jusqu’au 20 septembre 2017.