Nous nous demandions depuis quelques temps ce que pouvait bien fabriquer le plus français* de tous les milliardaires américains. Nous nous étonnions de ne pas avoir de nouvelles de lui depuis le retour de Donald Trump à la maison blanche. Après bien des recherches, c’est en Lozère que nous avons retrouvé Bill Vuzay! Depuis plus d’un an, il s’est installé dans une ancienne ferme située sur le flanc sud du mont Lozère. Cette magnifique bâtisse restaurée à grands frais par des compagnons et les meilleurs artisans offre une vue spectaculaire sur le causse Méjean.
Bill Vuzay, qu’est-ce qui vous a décidé à vous installer en France et, qui plus est, dans une région si isolée?
J’avais juré que je quitterais les États-Unis si la fou furieuse** était réélu. Mes malles étaient prêtes. Le 6 novembre 2024, j’ai pris sans attendre l’avion pour le France. Et je dois dire que je ne regrette pas cette choix**.
Auriez-vous donc décidé de vous retirer des affaires?
Mais pas du tout! Je ne me suis pas tout de suite remis au travail. Le chantier de restauration de ce masse** (Bill Vuzay commence à maîtriser l’accent du Sud. NDLR) n’était pas achevé et il restait encore beaucoup de bricolage**s à finir avant que je puisse recommencer mes activités. Et je ne pouvais tout de même pas recevoir mes assistants sous la tente!
Quels sont vos nouveaux projets en cours?
Pour le moment, marcher, respirer le bon air de la France, chercher des morilles, rien que des broutilles… à part peut-être mettre en route mon grand projet pour sauver définitivement Venise.
Vous auriez donc une trouvé solution à ce qui parait insoluble à tous les spécialistes?
Bien sûr! Les soi-disant spécialistes dont vous parlez se compliquent toujours la vie. Il y a toujours une solution simple à chaque problème. Il suffit de bien le poser et de chercher le moyen de le régler pour longtemps, plutôt que d’y revenir sans cesse.
Pouvez-vous nous exposer les grandes lignes de votre projet?
Disons plutôt LA grande ligne, une ligne droite d’un point à un autre, puisque c’est de cela qu’il s’agit!
Expliquez-nous.
Faisons un rapide retour en arrière, si vous le veux bien**. Vous connaissez bien sûr tous les projets qui ont été mis en œuvre ces dernières décennies pour sauver la Sérénissime, dont le plus ambitieux lancé en 1984 était le projet de digues mobiles MO.S.E. (Modulo Sperimentale Elettromecanico) seulement mis en service en 2020. Tous ces systèmes seront vite dépassés par la montée des eaux dues au réchauffement climatique et la ville ainsi que les plus de 100 îlots de la lagune seront irrémédiablement noyés. À moins que…
À moins que?
Que j’arrive à convaincre du bien fondé de mon projet!
Quel est-il donc? Vous nous faites languir!
Il est tout simple. Fermer l’Adriatique en construisant une haute et large digue au niveau le plus étroit du canal d’Otrante, des environs d’Otrante à la base de la péninsule albanaise de Karaburun à proximité d’Orikum. Des écluses seront aménagées à l’intention des bateaux qui tiendraient absolument à passer en mer Méditerranée – ou inversement – pour des raisons qui ne nous regardent pas (rires). Il serait ensuite aisé de maintenir un niveau constant à ce qui deviendrait ainsi une mer fermée… ou presque.
Mais ces deux rives sont très éloignées!
Pas du tout, seulement 72 km, même pas la moitié du projet saoudien de The Line! Vous m’objecterez que c’est beaucoup plus que le détroit de Gibraltar – seulement 14 km et une profondeur de la mer moindre, seulement 300m au plus profond, contre environ 800m – moins haut tout de même que la tour Burj Khalifa! – au centre du canal d’Otrante – mais beaucoup de pays riverains ne semblent pas encore prêts à fermer la mer Méditerranée.
Avez-vous déjà pris des contacts au plus haut niveau?
Oui, au plus haut niveau comme vous dîtes, avant qu’il ne monte encore (rires) mais nous avons demandé à nos interlocuteurs de rester discrets tant que nous n’aurons pas finalisé le projet, achevé les études de faisabilité et estimé le coût des travaux.
Ce devrait être une dépense considérable!
En effet, comme disent les français, ça devrait coûter une bras… de mer** (rires). Mais que ne ferait-on pas pour que Venise ne devienne pas une nouvelle Atlantide!
*Il a épousé une française et s’exprime souvent en français (approximatif. NDLR)
** En français (!) dans le texte.
Propos recueillis par Edmonde Daprais










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